Sang pour sang
Le Sang des Atrides - d'après d'Eschyle
Sur la scène du théâtre de la Bastille, le sang coule et coagule, les plaies s'ouvrent sans jamais cicatriser. Jean-Michel Rabeux nous offre là une mise en scène un peu bancale du tragique de notre destinée, de celle des Atrides exposée dans l' Orestie d'Eschyle.
Musique et chants sacrés de Malaisie
Corps en danger et invocations constituent les éléments essentiels du Dabus.
« Deux frères »
Les Brigands - Paul Desveaux
Une mise en scène pleine d'énergie et de beauté, des comédiens expressifs et danseurs, des répliques, bouffonnes et tragiques, qui claquent : Paul Desveaux réussit à nous plonger dans le « Sturm und Drang » d'une fraternité atroce.
60s Chrono
Morceau - Loïc Touzé
Pièce multiple ou pièce-tiroir, Loïc Touzé et ses complices présentent 'Morceau', déjà connu du public depuis 3 ans. Les danseurs le convient à un dispositif d'expérimentation dont les règles de jeu lui apparaissent rapidement : chaque danseur à son tour occupe l'espace le temps réduit d'une minute.
Le grand bal des truands
Spendid's - Laurent Gutmann
Ils sont sept truands, costumes de flanelle rose, blanc ou noir, mitraillettes en bandoulière, aux abois. L'heure de la rémission est proche. La bande de la Rafale, dans un palace du Paname des années 50, est assiégée par la police, le cadavre d'une otage sur les bras. La mort rode, la gloire guette. L'honneur, la bravoure, l'amour. Crèveront ? Crèveront pas ?
Ibsen le centrifugeur
Hedda Gabler - Eric Lacascade
On attendait beaucoup de ce spectacle qui devait consacrer Eric Lacascade comme le grand novateur de sa génération, et qui sait, l'égal de ce que Chéreau fut en son temps... Las ! il ne parvient pas à faire dérailler la mécanique (trop) bien huilée de la pièce d'Ibsen.
Un Schulz en technicolor
La République des rêves - Cie De Onderneming
En adaptant l'œuvre littéraire de l'écrivain juif polonais Bruno Schulz dans les Docks du port du Havre, la compagnie flamande De Onderneming transpose l'imaginaire propre à l'auteur de l'angoisse à celui, exclusif, de la fantaisie.
1001 façons de défaillir sans faillir
Sonic Boom - Wim Vandekeybus
Wim Vandekeybus embarque le spectateur à travers une folie de corps dans le récit d'un souvenir doux-amer : une rencontre, une nuit, quelque part, entre un homme et une femme. A partir d'un texte de l'auteur flamand Peter Verheist, danseurs et comédiens se retrouvent au cœur d'un véritable théâtre du corps et du mouvement.
Rencontre post mortem
La révolte des anges - Enzo Cormann
Sur scène, le dramaturge Enzo Cormann peine à faire se rencontrer les trois artistes maudits que sont Bernard-Marie Koltès, le desperado joyeux, Chet Baker, le prince de la fêlure et Jean-Michel Basquiat, l'enfant radiant respectivement incarnés par Thierry Blanc, Carlo Brandt et Jean-Louis Loca.
L'art du contrepoint
Dialogues des Carmélites - Francis Poulenc
Dialogues des Carmélites, de Francis Poulenc, est un opéra improbable. Ni romantique ni jazz, et encore moins liée aux avant-gardes musicales des années cinquante, l'oeuvre se veut avant tout proche du texte éponyme de Georges Bernanos.
Comme un éléphant dans l'espace
The Elephant Vanishes - Simon McBurney
Le metteur en scène Simon McBurney a adapté trois nouvelles de Murakami avec des comédiens japonais. Une mise en scène en apesanteur, parfaite image de l'univers de l'écrivain japonais, à la fois quotidien et irréel. Retour sur un spectacle aussi vertigineux que son sujet, Tokyo.
Métempsycose musicale
Saint François d'Assise - Olivier Messiaen
S'il ne s'agit pas à proprement parler d'une très grande œuvre, le Saint François d'Assise d'Olivier Messiaen (1908-1992) est pour le moins une œuvre monumentale : près de six heures de musique, huit tableaux scéniques différents, deux cents musiciens... L'Opéra-Bastille a donné vendredi la dernière d'une excellente version dirigée par Sylvain Cambreling et mise en scène par Stanislas Nordey.
Investir un chantier
Livraison-chantier n°9 - Mark Tompkins
Du 4 au 11 octobre 2004, Mark Tompkins ouvrait les portes du Théâtre de la Cité Internationale entièrement rénové. Durant trois ans, sa compagnie a suivi l'ensemble des travaux, a vécu la démolition et la reconstruction du théâtre.
Une pièce hybride
Le Dragon - Christophe Rauck
Adoptant la structure et les thématiques récurrentes du conte (Evgueni Schwartz était aussi un auteur de littérature destinée aux enfants), Le Dragon , qui se donnait comme une parabole anti-nazie et qui a finalement été interdite en U.R.S.S. pour son caractère anti-stalinien, mélange les genres. Le metteur en scène Christophe Rauck en tire parti et présente un spectacle à la fois déroutant et rassurant.
Chemins et chants de vie
La Mort est un champ de bleuets - Jean-Frédéric Vernier
Pour accueillir le spectacle écrit par Jean-Frédéric Vernier pour la comédienne Clémentine Amouroux, La mort est un champ de bleuets , l'espace du Colombier s'habille d'arbres en ombres chinoises et recouvre son sol d'îlots d'arbres en tronçons et de pommes alignées méthodiquement.
Les Bonnes de l'au-delà
Les Bonnes - Bruno Boëglin
En mettant en scène Les Bonnes , Bruno Boëglin a su s'attacher à tout ce que la première pièce de Jean Genet a de profondément troublant. Pas tant la violence du jeu, l'érotisation du rituel ou la critique sociale. Mais la subversion de la vérité par le jeu et vice-versa.
En compagnie de Michel Foucault
Michel Foucault, choses dites, choses vues - Jean Jourdheuil
Entre les travées où sont assis les spectateurs, puis sur le plateau dénudé du Théâtre de la Bastille, Marc Barbé cite Michel Foucault. Il ne l'incarne pas, pas plus qu'il n'expose la pensée de ce dernier comme le ferait un conférencier, mais il donne à entendre les fragments d'un discours dont s'est tue la voix qui l'avait énoncé.
Poches de sang
La Mort et le jeune homme - Rachid Ouramdane
Retour sur la dernière création du chorégraphe Rachid Ouramdane, La Mort et le jeune homme , présentée en mai dernier aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.
A la craie
Léonie est en avance - Compagnie 78 Folie Théâtre
Une femme enceinte acariâtre, un mari débordé, une sage femme dominatrice, une belle mère castratrice, un médecin moqueur et une naissance qui n'en finit plus de ne plus finir.
New York vu d'Europe
L'Amérique, suite - Biljana Srbljanovic
Au début du XXème siècle, Franz Kafka publie L'Amérique , récit gai et optimiste des tribulations d'un jeune Allemand fraîchement débarqué à New York. La suite qu'en propose Biljana Srbljanovic un siècle plus tard est irrévocablement désespérée.
Une courte pièce décapante
J'ai léché le déodorant d'une pute - Jim Cartwright
Jim Cartwright est peu monté en France et bien moins connu que nombre de ses contemporains anglais, tels Sarah Kane, Edward Bond, Gregory Motton ou encore Martin Crimp… C'est dire qu'il serait dommage de rater l'occasion de découvrir cette pièce inédite en France pourtant traduite par Jean-Marc Lateri dès l'année 2000, aux éditions Les Solitaires Intempestifs.
La rue … ailleurs
Internationaal Straattheaterfestival Gand 2004
Pour sa dixième édition, le festival s'est payé le luxe de deux trouvailles dont la rigueur artistique faisait largement ombrage aux autres animations, jetées comme en pâture entre deux baraques à frites et les nombreuses scènes dressées pour les inénarrables Fêtes de Gand.
Mais où est la relève ?
18 ème festival de rue à Chalon
Passés de petits ajustements bien nécessaires, on se retrouve en fin de festival un peu interloqué : mais où est la relève que semblait souhaiter la municipalité lorsqu'elle a congédié sans appel les fondateurs du festival, Pierre et Quentin ?
Sous le regard des créateurs
Premiers « Rayons frais » à Tours
Annulé l'an dernier pour les raisons que l'on sait (protocole, lutte des intermittents, etc), le festival « Rayon frais » a enfin pu voir le jour cette année à Tours. Une expérience mûrement réfléchie par des co-programmateurs solides dans leur domaine (Maud Le Floch de la Compagnie Off, Laurent Barré du Centre Chorégraphique, Karin Romer du Centre Dramatique et le Groupe Lara) et suffisamment implantés pour connaître les ressorts et les sensibilités de cette ville hautement patrimoniale.
Curieux voyage
Là où vous savez - La Valise compagnie
Titre oxymore, titre jeu de mots pour un voyage très particulier au cœur de soi-même. Le public ne sait pas où il met les pieds lorsqu'il s'inscrit sur le grand cahier aux feuilles parcheminées tenu par un aboyeur aux allures de maton du XVIIIème. Pas plus qu'il ne sait à quoi l'engage le fait de grimper dans ce bus un peu branlant, aux vitres opacifiées, après qu'un deuxième garde chiourme lui a intimé l'ordre écrit : « A la sonnette, ouvrez vos lunettes ».
Bouillonnant Poznan
Le 14 ème festival international de théâtre à Poznan
Le lac artificiel Malta est connu, en Pologne, pour ses compétitions de canoé kayak, sa base de vacances et ses artistes de rue qui, depuis près de trois lustres, viennent chaque été troubler la surface de ses eaux calmes. Cette année - pluvieuse - n'a pas failli à la tradition : chapiteaux, concerts, spectacles ont envahi ses berges mais, plus encore, l'ensemble des théâtres et des lieux pouvant accueillir des spectacles dans la ville.
Sibiu baroque !
La rue se réinvente à Sibiu
Héritage : le festival de Sibiu, cette année, porte bien son sous-titre, pas seulement parce que des auteurs ou des œuvres du patrimoine y ont été conviés mais parce qu'au cœur d'une région où les villages et les artisanats traditionnels sont préservés jalousement, souffle dans la rue et dans les spectacles qui y sont proposés, comme une bonne odeur de four où se sont préparées les meilleures recettes.
Situation anodine
Le Fait d'habiter Bagnolet - Vincent Delerm
A Paris comme en Normandie, le théâtre de Vincent Delerm attire tous les fans du chanteur. Son écriture de l'anecdotique attendrit, agace parfois et finira peut-être par lasser ses plus fervents admirateurs.
Un petit prince à l'italienne
Gente di plastica - Pippo Delbono
Dernier spectacle de la rétrospective que le théâtre du Rond-Point dédie au plus philanthrope des saltimbanques contemporains, Gente Di Plastica rend hommage aux grandes passions de Pippo Delbono : l'éclectique musique du rebelle Franck Zappa, les maux de Sarah Kane, la danse de la vie... Hommage à l'être tout simplement, dans sa plus poétique humanité.
Regard et tradition
5ème festival international de théâtre et d'arts de la rue
Bon an mal an, le festival de Valladolid a réussi à s'imposer sur la scène européenne des festivals de théâtre de rue. Pour sa cinquième édition, une large représentation internationale était présente, des artistes aux journalistes, et aux nombreux professionnels qui composaient le jury. Un souci d'ouverture, bien nécessaire aujourd'hui en Espagne où la relève semble se faire attendre.
Antigone sur le ring
Antigone - Jacques Nichet
La dernière mise en scène de Nichet, servie par l'incisive densité du texte traduit par Malika Hammou et Irène Bonnaud, est néanmoins décevante ; portée par des choix dramaturgiques discutables, elle manque à la fois d'ampleur et de conviction.
L'artiste bouc-émissaire
Van Gogh le suicidé de la société - Claude Confortès
Avec "Van Gogh le suicidé de la société", Antonin Artaud poursuit une lutte frénétique contre l'empoisonnement moral des exécuteurs de génies. Il érige la vindicte d'une société qui martyrise et assassine ses artistes sans jamais sonder la profondeur, ni même interroger la nature de leur travail.
La langue à Levin
Kroum l'ectoplasme - Hanokh Levin
Hanokh Levin a tellement marqué la vie théâtrale de la fin du XXème siècle en Israël qu'on a parlé d'« ère Levin ». Ce n'est qu'en 2000 à Avignon que la France a découvert ce dramaturge exceptionnel. L'œuvre de Hanokh Levin est si puissante et foisonnante qu'on pourrait bien assister ces prochaines années à une extension de l'ère Levin au reste du monde.
Aux confins du silence
Les Aveugles - Denis Marleau
Dans la forêt de la déraison, douze êtres se confrontent sans se voir. Douze aveugles égarés de leur hospice espèrent le retour du guide, un prêtre qui est mort au milieu d'eux. Leurs repères spatio-temporels sont complètement brouillés, tout comme ceux des spectateurs qui se retrouvent dans une même situation de cécité.
Hamlet chez les Russes
Ivanov - Alain Françon
Avec "Ivanov" Tchekhov dressait le tableau d'une Russie "fin de siècle" pourrissante, Françon en fait une farce revigorante, où pourtant "le comique n'offre pas d'issue". Alors qu'Ivanov se barricade dans une solitude qui le condamne à l'irréparable, sa seule action visible retentit au final comme un déni, un refus de vivre dans l'illusion romanesque comme dans la supercherie sociale.
Dans la peau d'Henri Michaux
Le sportif au lit - Richard Mitou
Ânonnement, balbutiement, accumulation verbale : des mots qui s'assemblent et qui se suivent selon des associations phonétiques. C'est par immersion dans la trame sonore tissée par Richard Mitou à partir de textes d'Henri Michaux que débute Le sportif au lit .
La Diffraction faite spectacle
Hamlet-Machine - Clyde Chabot
« Hamlet-Machine » d'Heiner Müller continue à être interrogé par la Compagnie La Communauté inavouable : depuis quatre ans, Clyde Chabot travaille ce texte dont la densité ne semble pas épuiser les expérimentations chaque fois différentes.
Le sublime bordel du monde
Grace Ellen Barkey - [And]
Danseuse-chorégraphe membre de la Needcompany et interprète explosive de Jan Lauwers, Grace Ellen Barkey signe avec [And] une sixième création décapante et sublime. Où il n'est plus question de danse, de théâtre ni de musique, mais de bordel et de beauté.
Marthaler n'a pas la foi
Les Dix Commandements - Christoph Marthaler
Christoph Marthaler, manifestement, ne croit pas aux Dix Commandemments. Ni en ceux de Moïse, c'est son droit, ni en ceux de Viviani, auteur Napolitain de l'entre-deux-guerres, c'est aussi son droit. Mais pourquoi alors vouloir en faire un spectacle qui, par manque de ferveur en ce qui est raconté, en reste opaque, sans consistance malgré sa grande beauté plastique et sonore ?
Le mort bouge encore
Le suicidé - Jean-Jacques Mateu
Le Suicidé , pièce écrite en Union Soviétique en 1928 par Nicolaï Erdmann, raconte les déboires d'un individu dénommé Semione Semionovitch, homme sans relief au demeurant, que l'on croit, à tort, prêt à mettre fin à ses jours.