

En ces fraîches soirées de fin d’automne, qu’il est doux de s’aller calfeutrer en le joli théâtre de l’Athénée et de se laisser conter les amours contrariés de la Princesse et du porcher... Quelle chance, un conte pour adultes ! Non qu’il y ait des scènes cochonnes - juste quelques cochons sur scène - et, bien sûr, un monsieur tout nu, titre oblige. « Pour adultes » donc, à cause du langage moins évident que celui des livres d’enfants et de la portée politique clairement affirmée de la pièce. Ceci dit, pas de crainte à avoir : le message politique du Roi nu, pour subtil qu’il soit, n’est ni pesant ni compliqué, ni même sujet à débat.
Evguéni Schwartz, auteur Russe mort en 1958 et que la France découvre depuis quelques années, aimait à utiliser la forme du conte, allant même jusqu’à reprendre les thèmes et les personnages des contes classiques pour les retraiter de sa plume énergique et acérée. Ici, sur la trame traditionnelle du mariage impossible, Schwartz greffe trois contes empruntés à Andersen, et en fait éclore une critique du pouvoir et de la bêtise qu’il engendre. Le roi nu, c’est le souverain des Habits neufs de l’empereur. Il paraît que Schwartz écrivit cette pièce en pensant à Hitler. Il n’allait pas dire qu’il pensait à Staline. La censure soviétique interdit malgré tout la pièce. L’hypocrisie, le manque de courage politique que dénonce ce conte sont, hélas, toujours d’actualité.
Trois contes pour une seule et même pièce, l’histoire ouvre forcément des chemins qu’elle abandonne ensuite : le chaudron magique du porcher laisse place au Petit pois de la princesse, qui est lui-même évacué au profit des habits neufs de l’empereur. Cette pièce écrite en 1934 n’a pas l’étoffe du Dragon que Schwartz livrera dix ans plus tard. Mais quel émerveillement que de découvrir enfin à quoi ressemble l’amoncellement de matelas sur lesquels dorment les princesses et les rois. Maintenant qu’on est grand, on réalise qu’il faut une corde pour descendre d’une telle couche ! Attention cependant, si c’est un ravissement de voir se matérialiser les objets et personnages des contes de notre enfance, surtout tels qu’imaginés et agencés par Laurent Pelly, l’opération n’est pas sans risques. Pour ma part, j’ai été très déçue par les allures de vieille lessiveuse du chaudron magique.
Le roi nu d'Evguéni Schwartz, mise en scène Laurent Pelly
Au théâtre Athénée-Louis Jouvet, jusqu'au 3 décembre 2005
Lire l'interview de Laurent Pelly pour La Terrasse
De aurélie, posté le 29.12.08 à 16:44 
Sauf que le roi nu est passé au travers de la censure...