Il me semble que les petits élèves qui ont assisté mardi après-midi à la représentation de Un froid de Kronos au théâtre de la Commune sont prêts à assurer la relève du public dans la catégorie "spectacles plastiques obscurs". En effet, leur attitude de spectateur m'a rappelé celle de certains de leurs aînés, disons par exemple, les habitués des spectacles de Romeo Castellucci. Ces élèves de sixième, préparés à la représentation, c'est-à-dire qu'ils ont lu le conte d'Andersen dont est inspiré le spectacle et qu'on leur a bien précisé qu'il n'y aura pas de paroles, sont pour ainsi dire "avertis". Sur scène, une dame en bleu manipule deux petits visages qui, lentement, vont, viennent, tournent, se retournent. Puis tout se passe autour d'une espèce de cocon géant (une trappe s'ouvre et un visage apparaît, tout doucement, une fois, deux fois, trois fois...), lumière, ombre, lumière, trois ou quatre motifs musicaux échappés en boucle d'un synthé... Images lentes, lointaines et répétitives. Tout averti qu'il est, le jeune public (à qui ce spectacle s'adresse bien) ne peut s'empêcher de remuer, de tousser, de parler (« c'est nul » « on comprend rien » « c'est toujours pareil » « je regrette mes 5 euros » « tu viens à mon anniversaire ? »). Certains se raclent ostensiblement la gorge, respirent bruyamment (!), d'autres mettent des coups de pieds dans mon siège, rappel bienvenu à l'ordre : je ne suis pas venue ici pour dormir. L'ennui général est avéré. Mais ils restent finalement bien sages, ces petits sixième. La contestation est constante mais maîtrisée, et son niveau sonore maintenu à un degré poli. Les applaudissements sont d'ailleurs très polis. Seule une poignée de têtes brûlées ose quelques « ouh ! » (non sans craindre de le payer en heures de colle). Ils n'ont pas aimé et se le disent entre eux, mais ils font bonne figure devant les profs et posent des questions tout à fait honorables lors de la rencontre avec Mary Sharp après le spectacle (« vous avez commencé à manipuler des marionnettes à quelle âge ?», « ça vous a pris combien de temps pour monter le spectacle ?»). Ils savent endurer un spectacle obscur, ils savent identifier ses faiblesses (trop répétitif, pas assez lisible, manque de proximité avec le public), ils ont déjà des références (« j'ai préféré Le Petit Chaperon Rouge »), bref, ils sont plutôt épatants, ces gamins !
Un Froid de Kronos, au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers
du mardi 16 au vendredi 26 janvier 2007, le mardi, le mercredi et le vendredi à 14h15
Avec Mary Sharp, mise en scène Ilka Schönbein
Profitons-en pour mentionner le très beau spectacle d', Chair de ma Chair, où l'on retrouve la même lenteur mais sur des images tout à fait splendides. Lire la chronique du spectacle et l'interview d'Ilka Schönbein dans le magazine.