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Istanbul, programmation du week-end dernier (23 au 27 février) à la Cité de la Musique (cf. programmation
musiques d'ailleurs).

Présenter une ville sous ses multiples facettes musicales est le pari tenté par la Cité de la Musique, cette saison. Avec Istanbul, aux mille influences au travers des siècles et de l'histoire, la tâche est de taille ! D'autant plus que les traditions se muent aujourd'hui en scènes « branchées », pas toujours digestes.
La parabole du riz
Quand on a envie de manger du riz en plat principal, on y ajoute du sel ; du sucre pour le désert ; du vinaigre, pour le manger en salade. Cette parabole, rappelée par le joueur de ney, Kudsi Erguner lors de la table ronde consacrée à Istanbul et ses musiques, illustre parfaitement le propos. Les maqams, ces modes musicaux si différents de la musique occidentale, peuvent se pister dans la musique sacrée soufie comme dans la musique de cour ottomane. Bref, « tout est dans tout ». Les derviches de la confrérie mevlevie d'Istanbul en feront d'ailleurs la démonstration : premiers tours avec leur propre orchestre, derniers accompagnés par un chœur interprétant des chants populaires grecs ... Musique byzantine, ottomane, sacrée, profane, grecque, arménienne (on ne dit pas « minoritaire ») : tout cela compose l'archipel stanbouliote, à l'image de sa population.
Le marais mésopotamien
Mélanges de styles, emprunts, partages : l'histoire de la musique en Turquie n'est faite que de cela, et de progrès aussi, d'une irrépressible envie de garder ses racines tout en allant de l'avant, au diapason des scènes occidentales. Cela donne de riches étincelles quand les clarinettes tsiganes de Selim Sesler rencontrent le dub de Techno Roman Project ; mais la sauce peut s'avérer indigeste.
Moment de grâce, dimanche, quand la communauté turque de Paris, rassemblée dans la grande salle de la Cité de la Musique, applaudit à tout rompre deux joueurs de saz (ce luth à long manche) qui s'adressent à eux dans leur langue, et reprend en chœur les chansons anatoliennes traditionnelles. Juste après, à grand renfort de guitare électrique et de set de batterie, l'ensemble Kardes Türküler s'enfonce dans le marais de la modernisation à tout crin de ces mêmes refrains traditionnels issus, nous dit-on, de Perse et de Mésopotamie. Pourquoi pas ? Relooker les vieilles mélodies, c'est ce que font les tubes de turbo folk sur lesquels on s'agite allègrement dans les boîtes des Balkans, et les plus attentifs de reconnaître là une chanson de Thrace, là un rythme grec ou encore un solo d'origine plus orientale. Mais qu'au nom de la « modernité », on fasse de la pop rock de pas très bonne qualité, c'est différent.
Un grand éventail, donc, proposé à la Cité de la Musique et à Pleyel ce week-end, face à des salles combles et comblées. Décidément, il n'y a pas que des kebab en Turquie !