Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Jürgen Gosch : Macbeth dans son plus simple appareil

Posté par Catherine le 01.03.07 à 12:56 | tags : standard idéal, mc93

Samedi 24 février, 23h30, grande salle de la MC93 à Bobigny. Ultimes minutes du Standard Idéal 2007. Sur scène deux hommes luttent au corps à corps. Le sol est glissant, les peaux sont nues, rouges et visqueuses. Un troisième homme, nu également, égrène délicatement un doux air de guitare. Le combat est ardu, acharné, et pourtant aérien, tranquille. L'un des deux corps s'arrête de bouger. L'autre glisse en tentant de le relever. Macbeth est mort. La guitare se tait. En silence, les comédiens viennent saluer. Le public est abasourdi. Il commence à applaudir, puis frappe de plus en plus fort dans ses mains, puis se lève et continue d'applaudir, et continue, continue. Ovation longue et émue aux comédiens allemands de la Düsseldorfer Schauspielhaus qui, sous la direction de Jürgen Gosch, viennent d'offrir un Macbeth aussi osé qu'intelligent et drôle.

Osé car tous les rôles sont tenus par des hommes dont l'accoutrement par défaut est la nudité. Seuls quelques éléments de costumes - une couronne, un pantalon ou une jupe, une perruque, un bonnet... - marquent les différents personnages que les sept comédiens interprètent tour à tour. Osé car dépourvu de tout jeu de lumière : l'éclairage est blanc et cru et la salle reste allumée pendant toute la durée du spectacle. De même, peu d'éléments de décor, et pas des plus attendus : des tables de bureau, des chaises en plastique rouge. Tout comme un enfant s'invente un monde avec un carton, les comédiens se serviront de ces seuls éléments pour créer l'univers désolé de Macbeth. Un minimum d'accessoires : quelques récipients d'eau, quelques canettes de bière, et surtout, quelques couteaux accompagnés d'un nombre suffisant de bouteilles de faux sang... C'est que la tragédie de Macbeth regorge de meurtres en tous genres. Avant de venir jouer le personnage qui relate de la tuerie dont il vient d'être le témoin, le comédien se déverse sur la tête une bonne dose de liquide rouge. Simplicité élémentaire qui, en faisant couler le sang et en laissant les comédiens s'y vautrer, plonge au coeur du texte.

La presse a beaucoup parlé des corps nus, du sang et aussi du caca, celui des sorcières. Bien sûr ces images occasionnent quelques sorties de spectateurs - à moins que ce ne soit la difficulté de suivre Shakespeare en allemand. C'est qu'elles vont très loin dans l'expression de leur diarrhée, les trois sorcières dans leurs latrines. Elles goûtent avec délectation à leurs déjections, elles se promènent les fesses barbouillées... mais qu'est-ce qu'on rigole ! Car nous assistons à des scènes de pure farce comme on n'a plus guère l'occasion d'en voir. En effet, la mise en scène laisse la dimension tragique s'exprimer d'elle-même et revêt une forme très minimale, très en retrait, et qui fait la part belle à la comédie inhérente aux situations. On rit aux éclats, on est épaté de la virtuosité des comédiens, on est frappé par la force des images. On adore !

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène Jürgen Gosch, Düsseldorfer Schauspielhaus (photos © Sonja Rothweiler)
Présenté à la MC93 les 24 et 25 février seulement, dans le cadre du Standard Idéal (www).
Désigné meilleur travail de mise en scène de l'année aux Theatertreffen de Berlin 2006

Commentaires

De moi, posté le 01.03.07 à 22:42 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Plus marrant que Carstof, alors...

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