Spectacle déroutant que cette oeuvre de Fédérico Garcia Lorca mise en scène par Matthias Langhoff aux Amandiers de Nanterre. Démarrage en fanfare pour un premier acte plein d'entrain, de rire, de musique, de jeunesse et de robes froufroutantes, puis un temps qui patine au deuxième acte - le pétard était mouillé -, tandis que le troisième acte n'est que feu, mort et désolation.
Déroutants aussi les décors et les costumes, tout imbibés du regard, aussi moqueur que nostalgique, que porte Lorca sur le goût kitsch sucré de l'époque : roses peintes en carton, accumulation de bibelots, napperons en dentelles, Vierge de Lourdes en plastique, chapeaux à fleurs...
Nous sommes à la fin du XIXe siècle en Espagne et Rosita est fiancée. Son amoureux part pour l'Argentine. Elle vieillit à préparer son trousseau. Contrairement à la fleur étonnante que cultive son oncle, une rose qui ne vit qu'un jour, rouge le matin, encore plus rouge à midi et blanche le soir, éternelle célibataire, elle passera sans jamais avoir atteint le rouge glorieux du mariage. La Doña Rosita de Garcia Lorca est secrète et résignée ; Langhoff, dans un traitement assez radical, en fait une fille carrément fade, presque absente, quasiment morte. Mais il n'a pas pu laisser une telle absence de vie triompher, offrant à Madame Rose un beau bouquet final, négatif surréaliste et osé du désir absent de l'existence de la célibataire...
Doña Rosita la célibataire ou le langage des fleurs
Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu'au 5 février 2006