Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Les paravents - Genet par Fisbach

Posté par Catherine le 12.07.07 à 14:41 | tags : festival d'avignon

paraventsChaque année à Avignon, un artiste associé. Et cette année, Frédéric Fisbach. Parmi les oeuvres qu'il a choisi de présenter, Les Paravents de Jean Genet, reprise d'un spectacle qu'il avait créé en 2002.
"Les Paravents, c'est comment ?" demandait un de nos lecteurs impatients.
Les Paravents, c'est étrange. C'est inhabituel, c'est long et ça bouscule. A l'entrée, distribution de jumelles, comme à l'opéra. Premier tableau : une mère conduit son fils à ses noces. Il est pauvre et doit se contenter d'une fille moche. Suit une scène dans un bordel jouée par des marionnettes japonaises (d'où l'utilité des jumelles), dont les voix émanent d'un homme et d'une femme en costumes gris qui lisent le texte depuis un côté du plateau. Une lecture non pas plate et sérieuse, mais vive et habitée, avec ce qu'il faut d'accents, de hauteurs de ton et de défauts d'élocution pour caractériser clairement les différents protagonistes. Les deux comédiens chargés des voix sont appelés des "vociférateurs", du terme correspondant à la tradition des marionnettes japonaises. Mais cela ne veut pas dire qu'ils hurlent dans leur micro (car oui, toutes les voix, mêmes celles des comédiens sur scène, sont reprises au micro). Ils jouent, ils s'amusent, tout simplement, avec modulation...
Suivent ensuite différents tableaux où personnages de chair et d'os - la mère, le fils (Saïd) et la brue (Leïla), succèdent ou rencontrent pléthore de personnages de bois, mus par des fils qu'actionnent des marionnettistes japonais, silhouettes invisibles, quoique pas toujours hors action. Des images vidéos prolongent également l'espace, que traversent parfois des ombres...
Les Paravents démarre avec une traditionnelle histoire de dot, mais la pièce emprunte rapidement des chemins aussi divers qu'imprécis, où les morts ne sont pas nécessairement inertes et muets et où l'amour faillit même jaillir entre Saïd et Leïla, les époux maudits. Le spectateur sait que le soufre de la guerre d'Algérie empeste par dessous tout ça. Au bout des quatre heures de spectacle (entracte comprise), il n'a pas forcément tout compris - ou il n'a forcément rien compris - mais il a l'impression d'avoir suivi. Et c'est tout le mérite de la mise en scène de Frédéric Fisbach que de réussir à rendre concret le long poème délirant de Jean Genet.

Les Paravents de Jean Genet, mise en scène Frédéric Fisbach, au Théâtre Municipal d'Avignon
Avignon In 2007
Photo @D.R.

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