Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Les Murgeros déconcertent le public du In

Posté par JdF le 14.07.07 à 13:41 | tags : festival d'avignon

Je ne comprends pas : dehors une foule qui fait la queue des heures durant et parmi laquelle certains deviennent hystériques lorsqu'ils comprennent qu'ils n'auront pas de place ce soir pour Bleue. Saigante. À point. Carbonisée de Rodrigo Garcia, et dedans, une foule de spectateurs qui font la fine bouche devant un spectacle qui, s'il n'a pas la cruauté poigante de Jardinage humain, se situe quand même haut par rapport à la moyenne de la production théâtrale. Qu'est-ce que les gens s'attendent donc à voir ? C'est connu maintenat que Garcia aiement faire exploser les poulets, pisser les acteurs sur scène et leur faire faire s'enfoncer des spagetthi (cuites) dans l'anus. À côté des réjouissances de Jardinage humain ou de J'ai acheté une pelle chez Ikéa pour creuser ma tombe, Rodrigo Garcia, avec Bleue. Saigante. À point. Carbonisée paraît bien assagi. Rien de décevant pourtant. Garcia ne tient pas un discours misérabiliste et ne cherche pas à que les spectateurs s'appitoient sur ses personnnages. Ce que le programme explique est bien ce qu'on voit Garcia fait jouer des Murgeros, gamins de la rue, ceux qui ont déserté le toît familial, ou qui en ont été chassé, ou qui n'en ont jamais eu et qui inventent une socialbiiité qui leur est propre (toute masculine pour ce que le spectacle donne à en voir).

Alors quoi ? Ils emploient des codes que l'on retrouve dans toutes les cités des pays riches, dans tous les bidonsvilles des pays pauvres : une gestuelle expressive et très tactile, des interjections, une manière d'occuper l'espace par leur corps et par leur voix qui témoigne que sa possession est crucial pour ceux qui n'ont pas de refuge hors de la rue. Ces codes culturels internes sont internes à chaque communauté de Murgeros, mais renvoient tous à un modèle dominant : une culture transmise par la télé, consumériste, celle dont toutes les sociétés du monde abreuvent leurs pauvres. Eh pourtant, s'y greffe une autre forme de culture populaire : celle du carnaval, de la fête durant laquellela collectivité se réappropprie la rue, qui, pendant quelques heures, n'est plus le théâtre et l'enjeux d'affrontements entre des groupes d'enfants, de traficants, de policiers, mais est rendue à sa vocation d'espace communautaire.

La seconde partie aborde l'idée d'un lien problématique entre la mémoire et le langage. Déjà, au début du spectacle, l'écran avait présenté l'assertion suivante : "L'histoire est une répétition qui a juste à voir avec les hormones". Bon, à méditer... Ensuite, l'acteur Juan Loriente raconte l'histoire d'une vache rendue folle par la disparition de son veau qui se conduit comme une enragée, démolit la porte de son étable ("comme Tex Avery lorsqu'il laisse sa silhouette parfaite dans un mur de brique au travers duquel il est passé"), et terrorrise le village. À la question de savoir combien de temps dure un tel état,la fermière répond "Deux jours"; Et à Loriente de se demander si une telle propension à se remettre d'un désespoir aussi violent ne pouvait être appliquer à l'homme. Est-ce une question d'hormones comme le suggère la phrase citée plus haut, et que le stimuli chimique de la sensation de perte peut être maîtrisé ? Sauf qu'il y a le langage, dont Garcia dit que ce n'est pas nous qui l'avons en nous, mais lui qui nous a en lui. Novarina dit aussi cela mais en tire d'autres conclusions. Car si la vache se souvient durant deux jours et nous, durant toute notre vie, c'est peut-être parce que nous verbalisons et donc archivons nos affects. Et si c'est ainsi, où est le remède ?

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage





Commentaires

De Zephyr, posté le 15.07.07 à 20:45 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Se faire enfoncer des spaghettis cuits dans l'anus ??? Mais comment, diable, est-ce possible ????

De Rodrigo, posté le 15.07.07 à 23:58 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'est peut-être tout simplement plus facile que des spaghettis crus, ché pas moi...

De Perform'Arts, posté le 19.07.07 à 02:43 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Il me semble que tu n'aimes pas beaucoup le théâtre contemporain???...bref...
Novarina??, L'acte inconnu??...une belle pièce, mais trop de déclamation peut-être?...on ne peut pas comparer ce deux metteurs en scène...("creo yo")...

"...ce genre de spectacles, où deux mecs se tapent dessus, où ving-deux mecs courrent après le ballon, où des acteurs déguisés déclament, c'est le comble de la non-communication, bordel."

Prometeo, RODRIGO GARCIA.





De jdf, posté le 20.07.07 à 21:58 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Cher Perform'Arts c'est à moi que tu t'adresses en écrivant que (je) n'aimerai pas beaucoup le théâtre contemporain ? Si c'est le cas, c'est une plaisanterie, je pense. S'il y a des spectacles décevants dans ce festival (comme tous les ans), je crois avoir été suffisamment dythirambique sur certains (pour ne pas nommer Fiat...). Quant au Garcia, il est réussi, je trouve, et je m'étonnais précisément dans mon billet de la froideur du public avignonais à son égard...

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