Christophe Fiat : l'interviewPosté par JdF le 15.07.07 à 22:22 | tags : festival d'avignon
Dans mon précédent billet, je disais tout le bien que je pensais des performances que Christophe Fiat a présenté durant le festival. Voici donc l'interview promis : Fluctuat : Vous avez instauré un dispositif déroutant pour le public : les lecteurs/acteurs se présentent dos au public, cherchez-vous par là à casser l'accès direct à la fiction ? Christophe Fiat : Je ne veux rien casser du tout, ce qui m'intéresse, c'est le dispositif de la scène rock : des individus postés devant des pieds de micro pour faire une lecture amplifiée. Les punks chantent de dos : les clash, le velvet. Ce qui fait partie de la scène rock, c'est jouer sa vie comme si on était toujours filmé. Les majors du rock des années 50 se sont inspirés des studios de cinéma hollywoodiens. À partir du moment où il y avait une caméra sur scène qui symbolisait la société de contrôle et que je travaille sur un dispositif rock, il fallait, pour que cela fonctionne, non pas tourner le dos au public, mais que la camera filme quelque chose qui se passe sur scène que le public ne voit pas. Cela peut-être interprété comme une provocation ou une rupture avec le représentation traditionnelle de la fiction, mais ce n'est pas mon problème. Je ne vois aucun intérêt à faire jouer des acteurs qui connaîtraient mon texte par cœur et qui font croire que c'est une histoire. J'aime bien aller au théâtre, mais quand je vois des comédiens qui récitent un texte par cœur, je n'y crois pas. Cela ne correspond à rien de ce qui est dans la vie, je préfère le cinéma. Flu : La figure de Stephen King, qui est au cœur de la performance que vous intitulez précisément Strepehn King's stories, est aussi présente dans La jeune fille à la bombe. Vous voyez en lui un "mythe contemporain". Vous lui rendez un hommage qui, me semble-t-il est aussi un hommage à la culture populaire. C. F. : Pas à la culture populaire "en général", je rends hommage à un écrivain dont il n'y a pas d'équivalent en France. Donnez-moi un exemple d'un écrivain qui raconte des histoire intéressantes et qui vend beaucoup d'exemplaires... Il n'y en a pas, voilà. Ce qui est intéressant avec Stephen King, c'est que c'est un vrai écrivain pour adolescents. En France, on prend les adolescents pour des cons. Peut-être, si, il y aurait l'équivalent de ce point de vu là, même s'il n'a pas publié de best-sellers, c'est Boris Vian. C'est un des rares écrivains à s'adresser aux adolescents. sinon, il y a une rupture en France entre la littérature pour enfants et la littérature pour adultes. Les nouveaux auteurs de best-sellers français n'arrivent pas à la cheville de Stephen King en terme d'œuvre et de proposition d'imaginaire. Carrie, c'est un libre sublime. En France, il y a une sorte de tabou : il faut être désintéressé pour faire de la bonne littérature. Ce qui est aberrant : depuis quand doit-on être désintéressé pour faire de l'art ? On peut être intéressé et être un bon artiste. Flu : Vous n'hésitez ni à rendre hommage à Stephen King, ni à emprunter à la série b, aux films de Fung fu ou au cinéma fantastique, pour tirer la matière de vos spectaclese. Vous contester la hierarchie entre les genres ou plutôt, vous ne la considérez pas comme donnée. C. F. : Pourtant elle existe, cette hiérarchie, mais c'est de l'idéologie, c'est une fabrication : J'aime beaucoup le livre d'Adorno et Horkeimer, La Dialectique de la raison, dans lequel ils expliquent que cette hiérarchie a été construite de toutes pièces. Lorsque Adorno et Horkeimer se demandent comment cela se fait que le cinéma abrutisse les gens, Pour eux, l'art doit être populaire, mais dans un système qui ne soit pas capitaliste, ni bourgeois. Ils se demandent comment l'art a raté le courant du divertissemnt : pas le divertissemnt, dans son sens pascalien, divertissemnt qui permet à l'esprit de se reposer pour ensuite être plus productif au boulot, l'art doit devenir un art de vivre. Selon Hannah Arendt le fait qu'il n'y ait pas de culture populaire intéressante, c'est quand elle est un instument de domination. Cela s'appelle le philistinisme, c'est-à-dire quand le bourgois ont intérêt à faire croire aux artistes et aux masses populaires que tout cela c'est du fun. Moi, je ne crais pas non plus à un art populaire, mais ce que je fais dans La jeune fille à la bombe et dans Stepehn King's story, c'est attaquer la culture d'élite. Ce qui est paradoxal de s'y attaquer dans le cadre du Festival d'Avignon. Mais si je veux m'adresser à beaucoup de monde, il faut bien être invité dans des lieux comme celui-là. N'allez pas croire que je suis dans le relativisme: que Wagner vaut Stephen King, ou que Nijinsky vaut Courtney Love ou Sissi. Quand on lit les portraits que je leur ai consacrés, on voit bien que je n'en parle pas dans la même manière. Ce que je traque, dans ces figures de la culture populaire, c'est le moyen de démystifier la culture d'élite. Le site de Christophe Fiat : www Commentaires
De Nabab, posté le 16.07.07 à 17:06
![]() > il y aurait l'équivalent de ce point de vu là, même s'il n'a pas publié de best-sellers, c'est Boris Vian Juste pour préciser : l'Ecume des jours est un best seller ! Je lisais récemment dans un journal britannique que c'était le "roman pour adolescents" le plus lu dans le monde (sans doute faut-il mettre à part Harry Potter, certes...) Ajouter un commentaire |
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