Quand le rideau se baisse sur Ubu roi, la scène n'est qu'un gigantesque champ de bataille, amas de papier froissé, déchiré, en boule. Grand carré blanc sur le plateau. En hauteur, un écran blanc, tout en longueur, où une écriture nerveuse commente le récit. Les comédiens, en justaucorps beige étirable à l'envi donnent de la note sur des cuivres agités. Ils sont six (Marie-Charlotte Biais, Paul Camus, Alexandra Castellon, Sophie Mangin, Jean-Erns Marie-Louise et Roland Pichaud). Six "ububerlus", comme les rebaptise le metteur en scène. Tous à tour de rôle, démolisseurs rageurs, révoltés inlassables, campent les affreux Ubu, mais aussi leurs courtisans, deux armées et des fantômes. Le papier, vaste rouleau qu'ils activent à vue en fond de scène, est tour à tour chair qui vient renflouer leurs corps minces, armes féroces, cape ou colerette. Il y a là une inventivité folle, une révolte débridée, une absurdité caustique dans la forme qui rejoint celle du texte même. C'est foisonnant et férocement drôle, réglé au millimètre et mis en scène au cordeau derrière le foutoir apparent.
Ubu Roi d'Alfred Jarry mis en scène par Alain Timar. Festival Off d'Avignon au Théâtre des Halles (17h30).
Photo : © Manuel Pascual.