
Politique, le In du festival d’Aurillac se le voulait, programmant trois spectacles ayant trait aux réflexions socio-électorales. C’est pourtant d’une quatrième, affichée comme inspirée du Paradis de Dante, qu’est venue la plus grande claque du festival ; un portrait, sans concession et porté par l’urgence, de la condition des émigrés et sans papiers dans la France d’aujourd’hui, signé Teatro del Silencio. Certains s’émeuvent lorsque le metteur en scène, Mauricio Celedon, fait référence à la situation qu’il a connue sous la dictature au Chili, pour évoquer la peur qui tord le ventre de ces exilés. Rien de plus juste, pourtant, que ses textes quand ils décrivent le déni d’humanité qui leur est fait aujourd’hui. La violence de la peur, des rafles, des bombes ; et la douleur, comme celle de cette femme en pleurs, hurlant « Merci à la vie » avant d’expirer et d’être enterrée, symboliquement, dans sa valise. Tout cela sent l’urgence à dire, à dénoncer, à accuser, Sarkozy, pour le nommer (puisqu’il l’est dans le spectacle). C’est un étranger qui a le courage de le faire ; on ne peut que l’en remercier !
A l’opposé, de la ville, de l’imaginaire, les Colporteurs ont donné naissance à une petite merveille de chant d’amour sur fil ; amour de la vie, amour d’homme et de femme. Antoine Rigot évoque en voix Off, en début de spectacle, l’accident qui l’a cloué au sol, il y a quelques années. Danseur de corde depuis 20 ans, le drame aurait pu lui être fatal. Mais c’était compter sans Agathe, qui l’avait initié au fil, avait mené avec lui la danse de l’amour et de l’équilibre au cours des créations en duo, puis avec la compagnie. Agathe qui, comme à la fin de ce Fil sous la neige, le soutient et l’aide à tenir debout. Les néophytes y verront de belles histoires d’amour, des duos inédits sur des fils à différentes hauteurs ; les professionnels salueront l’immense qualité technique des interprètes et les finesses de l’écriture de ce spectacle entièrement dédié à cette discipline, une grande première. Tous remercieront ce couple d’avoir été solide, et de continuer à créer, de façon de plus en plus originale, sans jamais baisser les bras.
© Jean-Pierre Estournet