Archives > Mars 2006Rizzomatique Étrange d'être confronté au spectacle de Christian Rizzo, Autant vouloir le bleu du ciel et s'en aller sur un âne. Le titre, déjà est tout un programme. Le spectacle ressemble beaucoup à une performance. Christian Rizzo est seul sur une scène divisée en deux espaces éclairés en rouge. Il se prête à des métamorphoses, s'enroule les membres dans des chiffons, qu’il couvre d'un bas pour le découper ensuite et en extraire du tissu qui ressemble alors à des oreilles de lapin. Il se met une perruque, se frotte le visage sur une surface couverte de paillettes et apparaît alors comme recouvert d'un masque scintillant. Tout cela se déroule lentement. Rizzo prend son temps, au point d'impatienter quelques spectateurs qui quittent les travées. Ils ont eu tort, à mon avis car tout à coup, le corps de Rizzo s'est mis en mouvement : sur une musique assez violente, il oscille, se cabre et le spectacle capte alors intensément l'attention. Mais déjà tout s'éteint et Rizzo vient saluer, il nous laisse avec des interrogations sur ce qu'on a vu. Il s'est passé quelque chose.Le spectacle ne dure que jusqu'à mardi 4 avril et demain samedi 1er, à 17h, le Théâtre de la Cité Internationale propose une conférence sur la danse contemporaine et ses rapports aux autres arts. De quoi nourrir la réflexion que le spectacle nous aura inspirée. Automne et hiver, miroir de toutes nos névroses![]() Automne et hiver, au théâtre de la Bastille, jusqu'au 8 avril (photo Christian Berthelot) Théâtre à la sicilienne Toujours vers le Sud (cela fait rêver en ces temps de grisaille), nous nous arrêterons aujourd'hui en Sicile : Cent ans de théâtre sicilien, c'est un livre qui vient de paraître aux éditions de l'Harmattan. L'auteure, Evelyne Donnarel passe en revue une soixantaine de pièces écrites au cours du XXe siècle, analyse les liens qui existent entre elles, leurs rapports à la réalité sicilienne, enclavement, poid de la la tradition, violence, et l'usage, par leurs auteurs, du langage dialectal.Evelyne Donnarel, qui enseigne à l'université de Toulouse II, a aussi fondé une compagnie de théâtre étudiant qui joue les pièces de ces auteurs siciliens. L'occasion de découvrir une production théâtrale qui, à l'exception de l'œuvre de Pirandello, demeure encore mal connue. Vers le Sud![]() Antoine et Cléopâtre à la Tempête
C'est un spectacle singulier, mis en scène par Noël Casale. Le plateau, d’une profondeur immense, est presque vide de décor, seulement parsemé de bougies. Ambiance… contemplative. Cléopâtre et Antoine, tandem d’amants terribles, font leur entrée. On croit difficilement à leur histoire d’amour. La distribution et la partition des acteurs surprennent. Un César fluet, une Cléopâtre qui manque de charisme, un Lepide aux allures de dandy, un Enobarbus sautillant. On se demande un certain temps ce que c’est que cet otni (objet théâtral non identifié ?!) puis peu à peu le charme opère. Avignon d'août à juin Bon, puisque je viens de m'éreinter à expliquer que mon propos n'était pas de moquer les efforts de ceux qui s'emploient à développer une vie culturelle dans les villes laissées pour compte de la décentralisation théâtrale, je m'attaque à l'autre versant du problème : Avignon et sa sur-offre culturelle (si vous me permettez le néologisme). Vous me direz, cela ne dure que trois semaines : en comptant le off, cela fait donc plusieurs dizaine de spectacles différents par jours. Le reste de l'année, néanmoins, le Théâtre municipal (illus.), le Théâtre du Chêne noir ou le Théâtre des Carmes programment des spectacles toute l'année. Bref, je voulais parler de la programmation du Festival 2006, mais voilà que je me suis laissée entraîner à parler de tout autre chose. Vous ne perdez rien pour attendre : j'y reviendrai.Enfin le jour présente M'apercevant que, dans ce blog, nous parlons de manifestations parisiennes, bruxelloises, avignonaises, et de certaines bien plus exotiques, mais qu'il y a un grand vide : quid des régions de notre beau pays qui n'ont pas la chance d'accueillir, quelques semaines par an, un festival de renommée internationale ? Eh bien, j'y remédie aujourd'hui en évoquant la bonne ville de Pau. Pau, c'est joli, c'était une station thermale fort courue au XIX e siècle, George Sand en parle dans ses mémoires et un épisode des Faux-Monnayeurs (qui ne l'a pas lu pour préparer le bac français ?) s'y déroule. Bref, Pau, c'est un petite ville au pieds des Pyrennées où l'association "Enfin le jour" programme des spectacles, mais aussi des films et des conférences. La prochaine : "La plupart du temps la danse contemporaine m'ennuie" - Prometteur, non ? - aura lieu jeudi 30 à 18h30 et cela se passe dans l'amphithéâtre de l'ESAC, Villa Formose, 74 allée de Morlaàs. Pour ceux qui habitent à Pau ou dans la région ou qui auraient l'occasion d'y passer, le site propose un agenda recensant les manifestations des prochains mois : au programme, films de Marguerite Duras et un stage de Buto. Pourquoi ne pas envisager d'aller au mois d'août s'exercer à cet art et contempler les premières cimes des Pyrennées ?L’imaginaire : encore et toujours !Posté par Floriane le 24.03.06 à 12:43 | tags : international
Le Festival de l’Imaginaire concocté par la Maison des cultures du monde en partenariat avec différents théâtres parisiens, poursuit sa route jusqu’au 9 avril. Plus que quelques jours, donc, pour profiter de l’incroyable programmation que Chérif Khaznadar et son équipe ont mise au point pour cette dixième édition. Spectacles et rituels du monde entier se sont succédés, jusqu’à présent, à un rythme étourdissant : danses de cour de Solo (Java), musique des Acholi d’Ouganda, rituel du Zâr (Iran), danses des bissu de Sulawesi, pleureuses de Colombie, Tchiloli de Sao Tome … La tête tourne rien qu’à lire cette richesse, cette variété, cette profonde connaissance, ce respect et cet amour de l’autre et de ses expressions qui président à ce travail de recherche, depuis des décennies, et dont le festival n’est que la quintessence, offerte aux spectateurs parisiens.Reste à découvrir, ce week-end, les Danses et tracés sur le sable de Vanuatu; les Mille et une nuits contées par l’Egyptienne Chirine Al Ansari. La semaine suivante, les marionnettes sur eau du Vietnam feront leur retour à Paris. Un concert de musique abbasside et des chants et danses des Pwöpwöp de Nouvelle-Calédonie plus tard, et le festival 2006 fermera ses portes, déjà. Mais l’essentiel, à chaque édition qui se termine, est l’ouverture qu’elle a permis d’ancrer, on l’espère, dans l’âme et les yeux des spectateurs. Et ce n’est pas un luxe, dans nos sociétés de plus en plus frileuses. A noter : Le programme complet du festival se trouve sur le site de la Maison des Cultures du monde, ou en téléphonant au 01 45 44 72 30. Françoise Gründ vient de faire paraître Tchiloli, Charlemagne à Sao Tomé sur l'île du milieu du monde, aux éditions Magellan Last Exit to CréteilPosté par JdF le 23.03.06 à 12:51 | tags : mac/créteil
![]() Mauvais rêve - Le Songe à la Cité Internationale![]() Le Songe d'August Strindberg, mise en scène Jacques Osinski, au Théâtre de la Cité Internationale jusqu'au 2 avril. Bambi l'exilée
Saint Patrick à Dublin : à vos souhaits !3° à tout casser ; le vent, la pluie et les rafales de pluie fondue et traîtresse n’auront pourtant pas raison des pageants ni des marching bands venus des quatre coins de l’Europe et des Etats-Unis. La Saint Patrick se fête dignement, que diable, à Dublin et ce n’est pas une péripétie météorologique qui pourra avoir raison de l’énergie et de la bonne volonté que des milliers de participants mettent dans l’aventure !
Une parade de Saint Patrick, ça se prépare pendant un an : on répète les chorégraphies, on invente les costumes, les décors mobiles, on les construit, bien souvent une formation musicale se joint au groupe. Et tout cela, ce sont des amateurs, des enfants des écoles, des adolescents, des associations de quartiers, bref, les " communautés " qui le pensent, le produisent et l’offrent au public. Bien sûr, des professionnels viennent en renfort, ici un chorégraphe, là un musicien, là un costumier ou un constructeur ; et les résultats sont toujours surprenants. La parade présentée à Dublin, la semaine dernière, offrait une incroyable variété de propositions, preuve d’une vitalité et d’un intérêt sans cesse renouvelés pour le genre. Les vainqueurs de cette année, Inishowen Carnival, sont issus de Donegal, un no man’s land culturel absolu, où pourtant depuis douze ans, le groupe s’active, pour que la communauté reste vivante et inventive. Les jeunes groupies d’hier sont devenus les instructeurs et les collaborateurs d’aujourd’hui, et ont offert une aide précieuse à Mark Hill, l’artiste visionnaire qui a su s’emparer d’un thème comme " Vos vœux les plus chers " et composer un déambulatoire diapré, aux incroyables, très simples et très poétiques machines volantes. Qui a dit que les arts de la rue n’existaient pas en Irlande ? Lisbeth est complètement pétée - completamente trabada
Sous ses faux airs de bluette tendance trash, la pièce d'Armando Llamas cache un certain ressort poétique que Régis Hebette a su exploiter à fond... en jouant la carte de la distanciation. Les personnages, coiffés de perruques caricaturales, récitent leur texte dans des poses totalement désincarnées tandis que le décor est suggéré, tel le jardin anglais où l'on se trouve, simplement dessiné au rouleau, avec de l'eau, sur le sol. La mise à distance est bénéfique quand les scènes deviennent un peu trop explicitement pornographiques, elle permet de suivre l'enchaînement souvent inattendu des idées et d'en apprécier autant la pertinence intellectuelle que le comique qui en résulte souvent. Et, ce qui est finalement le plus surprenant, cette distanciation totale n'empêche pas l'émotion de sourdre parfois. Etrange, inhabituel. Une expérience à tenter. Perec : un peu de lecture Eh oui pour changer, je vous enjoins d'aller écouter Carlo Brandt (dit comme ça, c'est déjà prometteur) lire W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec, au Musée D'art et d'histoire du Judaïsme. Ceux qui ne connaissent pas ce livre doivent d'urgence se le procurer : sa lecture procure un choc que je ne suis pas prête d'oublier. L'histoire extraordinaire d'un voyage dans un monde régi par d'étranges règles et mû par un idéal d'excellence alterne avec le récit d'épisodes de l'enfance de l'auteur que la déportation de ses parents avait rendu orphelin à six ans. Oscillant entre le bizarre et le poignant, W imbrique la mémoire de l'individu et du collectif à la réflexion sur les pouvoirs de l'imaginaire : en cela, ce livre concentre les multiples facettes de l'écrivain.The Changeling Jusqu'au 2 avril, le Théâtre des Gémeaux, à Sceaux, présente The Changeling, d'après Thomas Middletown et William Rowley, mis en scène par Declan Donellan. La pièce raconte une sombre histoire de désir et de mort : parce qu'elle en aime un autre, Béatrice charge Flores, son serviteur, d'assassiner celui que son père lui destine comme mari. En guise de récompense, Flores réclamera Béatrice elle-même. Dirigeant ses acteurs selon la tradition anglo-saxonne, Declan Donellan a déjà présenté plusieurs spectacles qui furent tous remarqués pour la qualité de leur interprétation. Une occasion aussi de découvrir un drame elisabethain tout à fait inconnu en France. Philippe Genty à Chaillot Pendant que les duettistes Perez et Boussiron dynamitent la salle Gémier de Chaillot, Philippe Genty et Mary Underwood ont pris leurs quartiers salle Jean Vilar. Une fois encore, la compagnie construit son spectacle sur la part de rêve et d’inconscient qui sommeille en chacun de nous. Pas de fil narratif donc, mais un thème : un homme tente de retrouver une femme qui s’est perdue. Mails, courriers, fil brouillé par les rêves et cauchemars d’enfants : comment établir le contact ? Danse, jeu, les images se suivent et ne se ressemblent pas. Des hommes chapeautés et costumés à la Magritte s’élancent dans des lumières bleutées, des poupées colossales tentent de s’approcher, un insecte animé frétillant emprisonne une femme (une scène superbe), une mer de plastique recrache des créatures dérisoires, de petites maisons englouties par le sol évoquent le deuil de l’enfance. Sur la partition de Torgue et Houppin, on se laisse porter par le spectacle comme on feuillette un grand livre d’images. Interprètes aériens, belles images, éclairages au cordeau, tout ça est très bien léché… Il manque pourtant quelque chose pour émouvoir vraiment votre serviteur. Le supplément d’âme ? La Fin des terres, jusqu’au 8 avril, salle Jean Vilar de Chaillot. (illus. La Fin des terres, répétitions. (c) Cie Philippe Genty) Josef Nadj, l’oiseau au regard halluciné![]() Ah Nadj, dont le passé de mime, les passions graphiques et une époustouflante maîtrise corporelle rejaillissent à chacun des instants de ce Last Landscape, présenté pour quelques jours au Théâtre de la Ville. C’est de sa Voïvodine natale que lui viennent ces sons de grelots, bruits de carillons lointains, et les chants d’oiseaux qui les accompagnent tout au long de ce spectacle ébouriffé. Les percussions complices et inventives de Vladimir Tarasov, prétextes et prolongements de la gestuelle, tendent le dialogue entre le corps, la musique et le mouvement plastique. Ah Nadj, cet Artiste, n’a pas fini de nous étonner ! Korsunovas à Aubervilliers Oskaras Korsunovas est lithuanien (vous me direz qu'avec un nom pareil, on ne s'attendrait pas à ce qu'il soit breton) et jusqu'à preuve du contraire, c'est un des grands metteurs en scène vivants. Il travaille dans la tradition propre à l'Europe de l’Est, c'est-à-dire avec une troupe soudée qui le suit de spectacle en spectacle. Il canalise ainsi l' énergie de ses acteurs dans une dynamique collective qui donne à ses mises en scène un rythme et une charge émotionnelle tout à fait exceptionnels.À partir d'aujourd'hui et jusqu'à dimanche 19 mars, il présente une adaptation du Maître et Marguerite au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers. Il va falloir se battre pour avoir des places, mais un spectacle de Korsunovas vaut bien quelques uppercuts. Le Cas Avignon... retour sur une polémiquePosté par JdF le 15.03.06 à 13:26 | tags : des planches et des livres, festival d'avignon 2006, théâtre
MAJ : Voir aussi le festival d'Avignon 2006 sur le blog Saisons. Pessoa à Saint-DenisAlain Ollivier met en scène Le Marin de Pessoa au Théâtre Gérard Philipe. Ce texte s'inscrit parfaitement dans son univers, fait de pénombre et de chuchotements. La présence d'Anne Alvaro est évidement pour beaucoup dans la beauté du spectacle. Admirables sont sa voix et son expressivité et la maîtrise des effets. Le jeu, la scénographie, la mise en scène demeurent en retrait et laissent parler Pessoa. Jusqu'au 9 avril. Du cirque à la FermeLa Ferme du Buisson, à Marne-la-Vallée, propose une programmation mêlant tous les genres : arts visuels, musique électronique, cinéma. Voici l'occcasion de découvrir ce week-end un spectacle de cirque imbriquant la musique, la danse, l'acrobatie, la jonglerie, le texte et le jeu théâtral : TAïTEUL est un spectacle où le public est comme embarqué dans une fable, drôle et cauchemardesque, truffée de situations incongrues.
Pour ceux qui ne pourront aller ce samedi à 20h45 ou demain dimanche à 18h, nous annoncerons les prochaines dates et les lieux où se produira TAÏTEUL. Eric Vigner en AvignonLorsqu'en 1999, Eric Vigner avait présenté Marion Delorme au Théâtre de la ville, puis l'année suivante, L'École des Femmes à la Comédie Française, certains criaient à l'imposture, d'autres au génie. Personnellement, je me rangeais plutôt dans la seconde catégorie, considérant qu'il menait une réflexion passionnante sur le jeu de l'acteur.
Dans Marion Delorme, le drame romantique écrit par Victor Hugo à la veille de la Révolution de Juillet, Marion, fine et retorse comme la courtisane "ancien Régime" qu'elle était, opposait à la Didier un jeu baroque alors que ce dernier, en bon héros romantique, fier et droit, économisait ses gestes. Chaque personnage incarnait une époque et leur malheur résidait dans cette dischronie. Depuis, Vigner a choisi des textes plus contemporains, pour lesquels l'historisation du geste a moins de sens. Après avoir présenté Où boivent les vaches de Roland Dubillard, La Bête dans la jungle, de Henry James, et Savannah Bay de Marguerite Duras, Eric Vigner vient au Festival d'Avignon 2006 avec un spectacle composé de deux textes de Duras, La Pluie d'été et Hiroshima, mon amour, ainsi qu'Hiroshima de John Hersey. N’ayant pas eu l'occasion de les voir, je me réjouis de rattraper mon retard lorsque sous la probable canicule avignonaise, la pluie d’été sera plus que bienvenue. Antipodes, place aux indisciplinaires"Choc du Divers, des esthétiques, des altérités.
Voici un festival bariolé, sous-tendu par un amour du corps et de la langue et animé de passions peu raisonnables. Une apologie des sens. Beaucoup de créations, des "inédits"et des oeuvres emblématiques, toutes, signes forts d'un art qui reprend son souffle. (...) Tous confrontent corps et textes, danse et littérature, pensée et physicalité, intimement mêlés, indissociables. Ils contribuent à renouveler puissamment les arts de la scène. (...) Ils métissent les arts, inventent de nouvelles formes, se confrontent aux effondrements d'un monde désenchanté. On les dit "indisciplinaires". Bienvenue aux Antipodes." Du 7 au 18 mars 2006 au Quartz Brest. (illus. Jeux d'intention 2, Raphaëlle Delaunay ; (c) Alain Monot) Virtuose ! En plus d'être l'acteur que l'on connaît pour l'avoir vu dans les sketches des Deschiens et dans le cinéma français (films d'auteur et film grand public, il y en a pour tout les goûts), François Morel compose des chansons et chante. Ce qu'il fait présentement dans Collection particulière, le tour de chant qu'il présente au Théâtre du Rond Point. Mais il joue aussi : il joue un chanteur vaniteux et jaloux du talent de son accompagnateur (il faut dire qu'avec un nom pareil, il a de quoi être jaloux : Reinhardt Wagner, au demeurant, excellent pianiste et compositeur). Parce qu'il a le sens de la musique, François Morel, il chante juste, mais on ne peut pas dire que c'est Tino Rossi. Et il le sait. C'est pourquoi il a imaginé un spectacle tout en drôlerie et en effets décalés. Car en ce domaine, François Morel est un virtuose.
Le meilleur et le pire à la MC 93...Surtout, n'allez pas voir Silures, à la MC 93, tel est le conseil que je peux donner une fois sortie de ce spectacle indescriptible d'ennui. La configuration scénique, avec ses grandes citernes d'eau scintillant sous le reflet des spots, est engageante et ne saurait laisser présager de cette morne pièce où l'on voit des personnages sans relief qui hurlent et gesticulent pour tenter de compenser leur absence totale d'intériorité. Le poème de Coleridge dont Jean-Yves Ruf s'est inspiré raconte l'histoire d'un vieux marin prisonnier d'un bateau immobile. L'auteur du spectacle a imaginé de la transposer dans un bar où, pour lui "se créent de nouveaux codes, de nouveaux rapports dus à l'immobilisation volontaire ou forcée, à la proximité, à la promiscuité, à l'impossibilité de s'en échapper". Peut-être, mais en l'occurrence, le spectateur est lui même dans l'impossibilité d'échapper à cette manifestation affligeante de prétention, puisque la sortie se trouve, à dessein, sans doute, à l'arrière de la scène. Et de prendre son mal en patience.
En revanche, toujours à la MC 93, Nicolas Bigards met en scène Nothing hurts, où dispositif video, et musique composée pour l'occasion par Abstrakt Keal Agram démultiplient les formes d'expression, tandis qu'Aurélia Petit et Sophie Rodrigues donnent chair à la pièce de Falk Richter. Elles sont formidables et si on voir mêler le "cool" au "tragique", c'est ce que dit le programme, il faut y aller. Théâtre rock : Top Dogs, au CND MontreuilTop Dogs est une expression qui désigne les chiens de race, dans le milieu des compétitions canines. Tout impitoyable, le milieu économique contemporain où l'imagination du dramaturge autrichien Urs Widmer a eu l'idée de la transposer. Sur scène, cinq parfaits spécimens de Top dogs, ces cadres de très haut vol accros aux règles du marketing et au marché mondial viennent d'apprendre qu'il se sont fait virer.... Dans la guerre économique mondiale, il est si terrible de déchoir... Comment vont-ils réagir ? Comment vont-ils se comporter ? A l'occasion d'un stage de réinsertion, il leur est proposé des jeux de rôle, qui leur permet de tout exprimer. Quand tous n'ont qu'une envie : continuer comme avant, à tout prix, recommencer ! Attention, il s'agit d'une farce comique, virtuose et féroce. Un Bourgeois Gentilhomme, tout droit sorti du XVIIe siècle !Si vous en avez l’occasion, ne ratez sous aucun prétexte la dernière représentation ce soir, 6 mars, du Bourgeois Gentilhomme que le théâtre des Champs-Elysées a eu l’excellente idée de programmer à nouveau pour quelques dates après l’immense succès du spectacle en 2004. Benjamin Lazar, metteur en scène, et Vincent Dumestre, directeur artistique, ont littéralement ressuscité la pièce de Molière telle qu’on pouvait la voir au XVIIe. Difficile peut-être de se sentir interpellé par les élucubrations de Monsieur Jourdain qui ont bercé nos années d’école ! Et pourtant, ce qui nous est présenté par cette troupe, c’est la comédie-ballet de Molière et de Lully, qui alterne dialogues, ballets et chants : elle n’avait jamais été montée sous cette forme en France depuis plus de deux siècles.
Simple curiosité historique alors ? Loin s’en faut ! La musique de Lully, les ballets ne sont pas des éléments du décor, mais appartiennent pleinement à l’action et au déroulement de la pièce. Le Bourgeois Gentilhomme est la onzième comédie-ballet créée par Molière et Lully, véritable apothéose de leur collaboration. Et c’est à la demande de Louis XIV lui-même qu’ils avaient entrepris de « coudre » ensemble théâtre, musique et danse. Comme quoi, le mélange des genres n’est pas une réalité nouvelle ! On ne se privera donc pas de ce spectacle total réjouissant, qui reprend la diction du XVIIe, ne s’éclaire qu’à la bougie, et assume l’étrangeté, la distance du baroque. Attention, chef-d’œuvre ! Le spectacle a été filmé, les renseignements pour le DVD, c’est par ici. (Illus. Robin Davies) Festival 2006 : L'Avignon nouveau est arrivéMAJ : à suivre, l'actualité du festival d'Avignon 2006 sur Saisons + entretien avec Vincent Baudriller Ca y est : l'avant-programme du Festival est disponible (contrairement à ce que j'avais avancé dans mon billet précédent, l'avant-programme ne comporte pas les horaires des spectacles, mais bien leurs dates). Pour cette 60e édition, un très beau visuel représente une sorte de carte de géographie d'un territoire imaginaire, où les spectacles sont disséminés. Mnouchkine à l'écranSurtout gardez libres de grandes plages dans vos agendas, entre le 21 mars et le 1er avril ! Le Magic Cinéma de Bobigny a la bonne idée, en effet, dans le cadre du festival qu'il consacre à Robert Kramer et à Ariane Mnouchkine, de présenter toute une série de documents sur le travail de cette dernière. Des grands classiques (1789, Molière, Tambours sur la digue) mais aussi des inédits (et pour cause, le montage est en cours !) du Dernier Caravansérail notamment. Des rencontres également, avec Hélène Cixous qui a si souvent prêté sa plume au Soleil, avec les comédiens du Théâtre et Mnouchkine elle-même qui viendra présenter son dernier-né, le 1er avril (ce n'est pas une blague !). A noter également, une table ronde sur le thème " Comment filmer le théâtre aujourd'hui ? ", le mercredi 29 mars à 16 heures. Bref, une foule de bonnes raisons de prendre un abonnement vers Bobigny, en ce début de printemps !
Avignon : en avant pour la 60e !Posté par JdF le 03.03.06 à 10:34 | tags : festival d'avignon 2006
![]() La 60e de quoi, bon dieu ? Eh, bien voyons ! Le Festival d'Avignon, créé en 1947 par Jean Vilar, (à l'époque, cela s'appelait une "semaine dramatique", il n'y avait que sa troupe qui jouait et tout se passait au Palais des Papes (illus.), si vous voulez tout savoir), le Festival d'Avignon, donc, en est à sa 60ème édition. Elle se tiendra cette année du 6 au 27 juillet. Le préprogramme (c'est-à-dire la présentation des spectacles, mais pas les dates de représentation) sera disponible dès le 3 mars sur le site du Festival. Nous le commenterons alors à loisir. À suivre, donc... MAJ 01.06.06 : Lire le guide des temps fort du festival d'Avignon 2006 |
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