Archives > Octobre 2006Oh les beaux jours au Vieux Colombier![]() « La chose la plus terrible qui puisse arriver serait de n’être jamais autorisé à dormir (…) comme si au moment où vous êtes en train de vous assoupir, un grand dring vous obligeait à rester éveillé. Il n’y a pas un pouce d’ombre, rien que cette sonnerie qui réveille tout le temps. J’ai pensé qu’il n’y avait qu’une femme pour affronter cette situation et sombrer en chantant », commentait Samuel Beckett. Voilà sans doute pourquoi il fait de Winnie le premier personnage féminin central d’une de ses pièces, Oh ! les beaux jours ! La voilà, Winnie, dame d’un âge certain, « avec de beaux restes » et qui sombre en chantant. Winnie, qu’on découvre entravée jusqu’à la taille par une pyramide de sable gris-écru sous un ciel bleu et un soleil de plomb.
Souvent, l’auteur a exploré le thème du vide existentiel, qu’on comble comme on peut. Winnie donc, passe le temps, comme elle le peut, avec trois accessoires de rien : une ombrelle, un revolver, un miroir, une brosse à dents. Dresse l’inventaire de son sac, se coiffe, se regarde, égrène les souvenirs, répète, inlassablement, les mêmes gestes. S’apprête. A quoi ? A rien. Et se cherche une oreille attentive en la personne de Willy, compagnon de toujours, vissé à son journal, qui ne communique que par bruits. Le moindre signe de vie est pourtant bon à prendre pour Winnie, grave et légère à la fois, nostalgique fervente, gaie et frivole, qui se convainc que ses jours, qui se suivent, et se ressemblent, sont beaux.
Dans le deuxième acte, elle est ensevelie, plus profondément encore. Hors du tas de sable ne persiste que son visage. Et c’est là qu’éclate tout le talent de Catherine Samie, doyenne de la Comédie Française, dirigée par Frédérick Wiseman. D’une inflexion de voix, d’un regard, d’un sourire mélancolique, elle donne toute la profondeur de son personnage. Ses silences même sont précieux. C’est magnifique.
Oh ! les beaux jours de Samuel Beckett. Jusqu’au 4 novembre, puis du 22 mai au 12 juin 2007 au théâtre du Vieux Colombier. (Photo Lot). Plus d'infos sur le Festival Paris Beckett Fin de partie à l’AthénéeLe festival Paris Beckett a commencé voilà près d’un mois. C’est le moment ou jamais pour une plongée en profondeur… Et pourquoi pas commencer par le mythique Fin de partie, encore pour quelques jours au théâtre de l’Athénée. Une sage, fidèle, mais réjouissante version, mise en scène par Bernard Levy. Qui a d’abord choisi de respecter scrupuleusement les indications de l’auteur. Le ton est donné dès le début avec la projection, sur une vaste toile, de la couverture du livre édité chez Minuit. Avec, ensuite le décor installé : une boîte très blanche et des fils très noirs, doublés de lignes fluorescentes, posés, comme dessinant la géométrie de l’espace, réel et mental. Avec, enfin, les didascalies suivies à la virgule près. Quelle liberté trouver dans ce cadre posé ? Celle des acteurs, tous magnifiques.
Thierry Bosc, Gilles Arbona, Marie-Françoise Audollent et Georges Ser. Alias Hamm, aveugle paralytique qui souhaite être « au centre » et tyrannise son monde, Clov, ami-souffre-douleur, boiteux et corvéable à merci, qui rêve de mettre les voiles. Mais aussi Nell et Nagg les parents du premier, condamnés à finir leurs jours au fond d’une poubelle.
C’est implacable, cruel, absurde –la vie ne l’est-elle pas-, mais aussi drôlissime et traversé d’éclats poétiques de toute beauté. Très beckettien en somme.
Fábrica n°7 : théâtre gestuel Le théâtre de l’Opprimé, en dépit de son origine, accueille plus souvent des créations contemporaines diverses que des oeuvres qui répondent strictement aux convictions développées par Augusto Boal. Or en ce moment, et pour quelques représentations seulement, il est possible d’y goûter un spectacle en totale adéquation avec les principes de l’Opprimé – et en parfaite harmonie avec le lieu, si beau dans sa simplicité nue. Point de mots, quelques grommelots à portée universelle, des mouvements répétitifs, des actions qui se succèdent et s’imbriquent, des rires, de l’oppression, de la rébellion : rien n’est imposé, tout est suggéré par les corps, par les gestes, par les sons. Quelque part en Amérique du Sud, deux ouvrières travaillent dans une fabrique de haricots. Toute une aventure...Fabrica n°7 par la compagnie Fabrica Teatro. Au Théâtre de l'Opprimé, jusqu'au 28 octobre Durée 55 minutes (super, un spectacle court !) 2007, année Jean-Luc Lagarce![]() On en parle et on en reparlera. C'est en 2007 le dixième anniversaire de la mort de Jean-Luc Lagarce, immense auteur de théâtre contemporain, mort du sida en 97. Ce sera aussi le cinquantième anniversaire de sa naisssance (l'auteur est né en 57). De nombreux spectacles, colloques etc... sont prévues. Mais les festivités ont déjà commencé depuis septembre. Pour suivre cette saison, Théâtre Contemporains.net vient de mettre en ligne un site programme, très bien fait. A noter, la reprise en ce moment des Illusions comiques, qu'Olivier Py avait dédié à Lagarce (jusqu'en décembre). Forêts de Wajdi Mouawad : une impression de déjà-vu
Forêts, de Wajdi Mouawad, mise en scène de l'auteur Jérôme Savary monte La Veuve Joyeuse : Ach, Paris...![]() L'histoire n'est pas compliquée (il est question d'argent justement : une jolie veuve à marier, 50.000 francs à la clé), les clins d'oeil à l'actualité sauce Savary ne sont pas trop lourdingues, la musique est sympathique et éveillera forcément quelques souvenirs enfouis. Bref, prévenez-les quand même que des surtitres sont à disposition (pour vos parents, je veux dire. Vos amis anglais ne comprendront rien de toute façon). Je croyais me souvenir qu'à l'opérette on comprenait les paroles des textes chantés, j'ai dû me tromper... Vos invités trouveront certainement le couple d'amoureux très beaux et ne remarqueront pas comme vous, féru de théâtre, que l'étrange sourire figé de Missia est loin d'évoquer l'amour fou. Mais tout ceci n’est pas bien grave. Vos invités seront forcément gagnés par la frénésie du Cancan et vos finances seront sauves. La Veuve Joyeuse, opérette en trois actes de Franz Lehàr, mise en scène Jérôme Savary
à l’Opéra Comique, jusqu’au 15 novembre. Places de 7 à 45 euros. Les Histrions (détail)... de Marion Aubert : Oh, déception ! On attendait beaucoup de ce spectacle (Cf le billet d'annonce), sans doute trop… Marion Aubert est une jeune auteure prometteuse, déjà remarquée aux Moussons d’été en 2003, entourée d’une troupe de jeunes comédiens issus pour beaucoup du conservatoire de Montpellier et dirigés ici par le metteur en scène Richard Mitou (dont on avait beaucoup aimé Le sportif au lit). Tous semblent portés par un même désir d’innovation et habités par une énergie certes débordante mais hélas ! non communicative. Nous sommes donc conviés à une grande cérémonie théâtrale qui a pour ambition de faire revivre, sous nos yeux, toute « l’histoire de l’humanité ». L’Histoire du soleil, des étoiles, de la lune, du premier couple, de l’enfant étrange, de l’homme sécateur, de la femme sève etc. Et l’on nous prévient d’emblée que le spectacle va être long, très long, interminable ! … En effet... Et il faut supporter vaillamment cette traversée multiforme et bigarrée des origines, tant le texte semble faire feu de tout bois. Cette grande fable n’est pas sans rappeler le spectacle flamboyant de Valère Novarina, La Scène, que l’on avait pu admirer à la Colline il y a quelques années. On retrouve avec les Histrions un même dispositif scénique, un même maître des cérémonies, un même jeu sur la langue. Mais autant le texte de Novarina nous entraînait dans un tourbillon de langage insensé et par là même fascinant, autant le texte de Aubert s’emballe tout seul, nous laissant extérieur à son jeu. Et comble du comble, on assiste médusé à une très démagogique mise en abyme du rapport au public avec « la spectatrice du premier rang » : le personnage clame son ennui, son agacement, sa faim, et finalement sa haine du théâtre (et bien sûr ses frustrations sexuelles !) Eh bien non, a-t-on envie de répondre à Marion Aubert, on peut être amoureux fou de théâtre et se désoler d’un tel spectacle. Comme quoi, les meilleures intentions du monde, aussi festives soient-elles, ne suffisent pas à provoquer une expérience théâtrale partagée. Au théâtre de la Colline, jusqu'au 28 octobre 2006 Samuel Beckett : Not I / Pas moiPièce en un acte pour une bouche, écrite d'abord en anglais puis traduite en français par Samuel Beckett lui-même, Not I est un "monologue-syphon", une spirale de mots qui semble aspirer l'existence de la comédienne toute entière... A lire - sur le mag - notre dossier sur le Festival Paris Beckett. Et si vous êtes in a mood for video, direction la sélection Youtube de Playlist. Le vol entravé du flamant J'avais déjà annoncé le Vol du flamant, spectacle de Franck Esnée qui se donne actuellment à l'Échangeur. Aujourd'hui que je l'ai vu, je ne peux qu'enjoindre les lecteurs de ce blog de s'y rendre. La proposition se déroule en deux temps : d'abord Intra-muros mouvemt, film qui retrace cinq années de l'atelier que Frack Esnée à mené avec des détenus de la maison d'arrêt de Besançon, puis le spectacle proprement dit. La danse ou plutôt l'apprentissage de ce qu'on peut faire de son corps devant les autres, est le sujet du film. Durant une demi-heure, on voit des hommes qui apprennent à s'exprimer par le geste et la voix, par la démarche et le contact avec l'autre. Les difficulté qui semblent insurmontables au début, s'amanuisent avec le temps. Ce qui n'empèchera pas un de ces hommes de se donner la mort. C'est à sa mémoire que le film est dédié. Le spectacle qui suit renvoie précisement au desespoir suscité par l'enfermenent : trois hommes parlent à un micro, sans s'adresser aux autres. Chacun monologue autours d'une indicible souffrance. L'ensemble laisse un souvenir poignant. Jusqu'au 21 octobre Un cabaret à la Villette L'espace chapitaux du Parc de la Vilette propose un dîner-spectacle mis en scène par Serge Noyelle. Ce Cabaret Nono ambitionne d'offrir aux spectateurs un voyage dans un univers magique et décalé tout en étant servi par un personnel improbable. Sous un immense lustre composé de 3 500 glaçons installé au centre de la salle, les comédiens du Styx Théâtre présentent des numéros inspiré du cabaret traditionnel : strip-tease, tour de force, illusion, chorégraphie, travestissement, marionnettes et musiciens…. tout en perturbant un peu la tradition.... Du 29 septembre au 4 novembre, Espace Chapiteaux, Parc de la Villette. --------------- Concurrence déloyale !Oh la la, cela se presse sur le forum et je n’ai toujours pas écrit sur Quartett, le déjà fameux spectacle de Bob Wilson. Damned… ce n’était pourtant pas l’envie qui me manquait en sortant de la première. Eh oui, c’était il y a plus d’une semaine. Oui, j’avoue : c’est mal.
Bon mais quand même, je me disais : cela dure plus de deux mois, et puis de toute façon les billets sont déjà achetés : l’effet Isabelle Huppert, cela s’appelle. Lisant donc la discussion sur le forum, voilà que la panique me prend : celui ou celle qui a lancé la discussion a fait une superbe chronique ! Les effets sont précisément détaillés, l’enthousiasme de l'auteur est contagieux… En voilà une bien bonne ! Que va-t-on devenir si les visiteurs du forum se mettent à écrire des chroniques ? Je vous le demande... Et quelle aubaine pour la direction : des papiers qui leur arrivent sans avoir été réclamés avec pleurs et grincements de dents et qui ne nécessitent pas de remplir de feuilles de paie ni de signer des chèques à la fin du mois… Concurrence déloyale, va ! Si ça continue, je porte plainte. P. S. ça y est : la flemme est vaincue, la chronique est en ligne.... Vaincre la fatigue et la vieillesse... (en musique)
Gregory Sporton et Jonathan Green, respectivement performeur et compositeur, ont mis en scène les Trente exercices en six mouvements (Thirty exercices in Six movements) de Sanford Bennett. Cette "méthode miracle" écrite à la fin du XIXème siècle faisait semble-t-il écho au rationnalisme de Descartes : si nous devons mourir parce que nous pensons que nous allons mourir, alors pensons autrement, et commençons par repenser nos mouvements. Une méditation méta-physique réalisée par le Visualisation Research Unit britannique (VRU).
Théâtre importuniste : définition in virtuPosté par Life on Mars le 04.10.06 à 23:11
Une définition et un appel à contribution envoyés par Jean-Pierre Texier :
"Théâtre importunistE : théâtre où se consume, sur scène, comme à vue d’œil, la question de qui parle, qui agit, qui vit ou meurt … au profit d’une tentation/tentative de réponse dans le plan de ce que c’est que de parler, d’agir, de vivre ou de mourir. Ce théâtre récuse ainsi la médiation de la contradiction - considérée le plus souvent comme l’essence de la théâtralité par la mise en scène d’un qui parle à qui ? - pour lui substituer la « dialectique de la contre-diction ». Celle-ci cherche à participer, à sa manière, aux grands débats de notre temps en regardant du côté des forces impersonnelles, en plongeant acteurs et spectateurs dans l’énigme vivifiante du rapport aux choses. Les expressions françaises telles que « faire avec », « être chose » restituent synthétiquement l’axe principal et le climat propre aux contributions au théâtre importuniste dans lequel les objets ne sont plus mis en scène comme autant d’accessoires mais deviennent des composantes inséparables, à la limite indifférenciables de notre être et de notre rapport à l'autre. Voilà une première tentative de définition, figurant sur le blog. A partir de ce point de départ (dans lequel est sous entendu un point d’interrogation suivi d’un point d’exclamation), l’idée est de collecter des contributions (textes, images, podcasts...) susceptibles d’illustrer l’ « empirisme intuitif » de ce propos intempestif. Vos commentaires sont les bienvenus sur http://evap.typepad.fr/journal_de_bord_evap/ (Promis, si vous insistez, nous ouvrirons un blog spécifique sur ce thème)". |
Discussions en cours sur le forum théâtre :
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