Archives > Décembre 2006Les Débutantes - premiers pas d'un nouveau lieuPosté par Catherine le 21.12.06 à 10:09
![]() "C'est pas possible de vivre du théâtre" "il y a trop de théâtres à Paris" "le théâtre n'intéresse personne". Les grincheux ont pourtant encore fort à faire pour dégoûter tous les passionnés et certains rêveurs vont même jusqu'à ouvrir encore de nouveaux lieux et proposer encore de nouveaux auteurs ! Prenez ce repaire de fous furieux des planches qui a ouvert ses portes il y a quelques semaines à peine : du haut de ses cent quinze places et de sa situation géographique imprenable à deux pas du théâtre des Abbesses, prétextant un passé de hangar commercial, il s'appelle désormais la Manufacture des Abbesses et entend bien oeuvrer aussi vaillamment que possible à la cause théâtrale. Parce que le défi ne vaut que s'il est très difficile à relever, la Manufacture des Abbesses a la volonté de tenir une ligne de programmation très précise (des auteurs contemporains qui proposent des histoires fortes et uniques), et signe son acte de naissance avec une création originale de Yann Reuzeau, les Débutantes. Il s'agit de la deuxième pièce de Yann Reuzeau, après La Secte il y a quelques années, oeuvre pleine de naïve jeunesse. C'est avec un peu plus de bouteille - et aussi plus de muscles acquis à transformer au marteau-piqueur un hangar en théâtre, si ça se trouve, ça aide... - que Yann Reuzeau s'empare d'un sujet tout ce qu'il y a de plus dans l'air du temps : la prostitution via internet. Nous entrons donc dans l'univers de Marion, étudiante de 19 ans qui décide de créer son site d'escorte et de se prostituer pour financer ses études. Entre ses clients, pas tous totalement antipathiques, sa collègue Sonia et sa petite soeur au destin pas plus enviable que le sien, sa vie n'avance guère et l'argent facile s'avère n'être qu'un leurre... Une fable finalement assez morale, à apprécier pour son parfait casting et son jeu de comédiens tendance Actors Studio. Ceux qui se plaignent qu'au théâtre on ne parle pas comme dans la vraie vie seront ici parfaitement ravis. Les Débutantes , jeudi, vendredi, samedi à 21 heures, dimanche à 16 heures
A la Manufacture des Abbesses (www), 7 rue Véron, Paris 18ème
Réservations 01 42 33 42 03 Sentires, flamenco sous influences
Un conseil, quand même : Ne vous mettez pas aux premiers rangs, vous risquerez d’être séduit et ensorcelé par leur puissant regard, peut-être même éclaboussé par leur généreuse sueur. Avec Maria-Inès Sandras (Tsigane), Karine Gonzalez (Iran), Macarena Vergara (Chili, clavenco) et Raquel Gomez (Madrid) suit une formation à l’école Royale supérieure de danse et à l’école de Flamenco à Madrid. Elles sont au Vingtième théâtre parisien jusqu’à fin décembre (www) ! Sentires, Flamenco sous influences (www) a été révélé meilleur spectacle off au Festival d’Avignon 2004 Le cul de Judas au Théâtre Marigny « Si j’avais 15 théâtres, je programmerais 15 fois par jour le Cul de Judas. Comme je n’ai pas de théâtre, je me suis contenté de le voir 15 fois ». La phrase, signée Daniel Pennac, est placée en exergue du programme du spectacle. On ne partage pas franchement son avis. La pièce, grand succès du festival off d'Avignon en 2005 et 2006 montre selon nous, les limites de l’exercice du monologue au théâtre. Le très beau texte d’Antonio Lobo Antunes est le récit de la descente aux enfers d’un médecin des armées dans l’enfer du bourbier angolais. L’écriture est ténue, imagée, l’histoire poignante et l’acteur, François Duval, plutôt convaincant. Pourtant, le spectacle tient difficilement la durée, et la mise en scène quasi-inexistante – un homme assis seul sur une chaise pendant une heure quarante - nous fait perdre le fil d’un récit qui aurait pu nous passionner. Le cul de Judas d’Antonio Lobo Antunes, mis en scène et interprété par François Duval, jusqu’au 30 décembre, mar-sam 21h, dim 16h30. 01 53 96 70 00. (www) Un cabaret follement gai Le cabaret des hommes perdus, on sait quand on y rentre, mais pas quand –et surtout comment- on en sortira… Les protagonistes vous mettent en garde, sur l’air du " surtout ne restez pas vous ne savez pas où vous mettez les pieds " (mais c’est beaucoup mieux écrit et chanté)… Pourtant vous restez, et ne le regretterez pas. Sur scène, Lullaby, Bandolina, Marpessa, Debbie et le Destin, alias Dédé, nous content l’ascension et la chute fulgurantes de Dickie Teyer, petit gars richement doté par la nature humaine et propulsé presque malgré lui star du porno gay. Aux textes, Christian Siméon, à la mise en scène Jean-Luc Revol, au piano Patrick Laviosa. Et sur scène, quatre créatures purement hallucinantes (on avoue un faible tout particulier pour Denis d’Arcangelo, incroyable maître de cérémonie et le virtuose Sinan Bertrand) qui se travestissent à l’envi et campent mille et un personnages pour une épopée joyeusement déjantée. De décors interlopes en costumes tous strass et plumes dehors, de chansons délirantes en saynètes improbables, de rires éclatants en passages plus obscurs – la mort n’est jamais très loin -, un voyage follement gai. Et un nouveau triomphe au Théâtre Pépinière-Opéra après le Rond-Point en septembre dernier. Le cabaret des hommes perdus de Christian Siméon mis en scène par Jean-Luc Revol avec Alexandre Bonstein, Jérôme Pradon, Sinan Bertrand, Denis d'Arcangelo, Jérôme Pradon au Théâtre Pépinière-Opéra jusqu’à fin janvier. Réservations au 01 42 61 44 16. Plus loin que loin au TEP![]() Leur langue n'est pas vraiment de l'anglais est la marque la plus forte de leur appartenance à un autre monde, un autre temps. Elle a été admirablement rendue en français par Dominique Hollier et Blandine Pélissier. Les acteur, à commencer par Martine Schambacher, rendent admirablement cette impression de familière étrangeté propres à ces êtres, proches et lointains, dont on apprendra qu'il ont subi une tragédie, reproduisant à l'échelle de leur île celle qui a affecté tant d'autres humains, vingt ans auparavant, durant la deuxième Guerre Mondiale. La pièce entremêle le malheur individuel aux destinées collectives. Au réalisme du jeu des acteurs s'oppose un décor abstrait. Si étranges qu'ils nous paraissent de prime abord, ces hommes et femmes imposent la vérité de leur existence et la réalité de leur monde. Plus loin que loin de Zinnie Harris Mise en scène Guy Delamotte, avec Véro Dahuron, Philippe Mercier, Martine Schambacher, Alex Selmane, Timo Torikka. Jusqu'au 22 décembre au Théâtre de l'Est parisien 159 avenue Gambette, 75019 Paris (www) Réservations au : 01 43 64 80 80 Olivier Py prend l’OdéonTelex : On l’attendait à la Colline, il vient d’être nommé à l’Odéon, et il en est le premier surpris !
Olivier Py, après huit ans de bons et loyaux services à la tête du CDN d’Orléans avait annoncé son souhait de quitter la structure pour diriger un théâtre à Paris. Renaud Donnedieu de Vabres aurait manifestement préféré lui confier le festival d’Avignon, où il a finalement confirmé le tandem Archambault/ Baudriller. Il lui a en fait donné l’Odéon, et a écarté Georges Lavaudant, en poste depuis 1996 et candidat à sa propre succession. Auteur-poète foisonnant, metteur en scène, acteur de théâtre et de cinéma, chanteur, homme de troupe, Olivier Py a 41 ans. En poste à partir de mars prochain, il assure qu’il n’abandonnera pas sa lyre et ouvrira sa programmation à toute une jeune génération d’auteurs et metteurs en scène. Lire aussi notre entretien avec Olivier Py (mai 2006). Copinage : Abîme de Philippe MinyanaPosté par Puck le 09.12.06 à 16:39 | tags : spectacle à paris
La Cagnotte : un Labiche très classique
Souvenez-vous, à Avignon l'été dernier j'étais venue partager avec vous ma joie enthousiaste d'avoir découvert un jeune auteur Suisse, Markus Köbeli, à travers la présentation que faisait le théâtre régional des Pays de Loire de Peepshow dans les Alpes. Je me suis donc précipitée au Théâtre 14 où la même troupe, toujours sous la férule de Patrick Pelloquet, présente actuellement La Cagnotte de Eugène Labiche. Evidemment, là où la mise en scène de Peepshow dans les Alpes surprenait par son côté totalement hors-tendances avec ses décors ultra-réalistes et un jeu d'acteurs parfaitement naturaliste en totale adéquation avec la pièce, présenter un Labiche en costumes d'époque est moins exotique. Les comédiens sont très bons, l'écriture de Labiche est très bien servie et son génie vaudevillesque fonctionne à plein. Surtout si vous voulez rire un bon coup, n'hésitez pas, allez redécouvrir cette pièce aussi intelligente que drôle. Simplement, j'en attendais certainement trop mais je suis bien obligée d'avouer que j'ai été déçue par cette mise en scène un peu trop classique. La Cagnotte, d'Eugène Labiche, mise en scène Patrick Pelloquet L'éclipse du 11 août : partie de campagne à la Colline
Quand on découvre le décor, on se dit qu'on se trouve bien dans le temple du théâtre contemporain qu'est le Théâtre de la Colline : espace parallépipédique aux murs blancs barbouillés d'énormes tourbillons noirs, deux lignes courbes métalliques pour suggérer un véhicule, un étrange totem couleur terre. C'est froid, c'est épuré, c'est actuel. Puis entrent les comédiennes et on se demande si elles ne se sont pas trompé de théâtre. Voici sur scène Béatrix, vieille bigotte plus vraie que nature avec ses sandales en cuir, sa longue jupe informe, sa voix aigrelette et sa diction appuyée, et voilà Christine, sa demi-soeur, vieille belle à la démarche gênée sur ses talons hauts. Nous sommes en rase campagne. Elles ne se voient quasiment pas à Nice où elles habitent toutes deux mais on décidé de faire le voyage jusqu'au village de leur enfance, en Lorraine, pour regarder l'éclipse. Nous sommes le 11 août 1999. Souvenir d'une autre éclipse, celle de 1961. La mémoire s'éveille à l'approche du village qui refuse d'apparaître. Elles se remémorent le passé, le pèse à l'aune du brouillard qui tombe sur la campagne... Décalage à nouveau entre un jeu parfaitement naturel et incarné, et un texte très littéraire, souvent poétique. Un prêtre en goguette plus tard, on termine sur la voix envoûtante d'une troisième demi-soeur et on garde l'image d'un étrange mix théâtral aussi statique qu'énigmatique... L'éclipse du 11 août, de Bruno Bayen, mise en scène Jean-Pierre Vincent Boris Charmatz à Beaubourg Fluctuat a déjà parlé à plusieurs reprises de Boris Charmatz, jeune chorégraphe novateur qui n'a de cesse de réinterroger la danse et ses présupposés. On pourra lire ici la chronique de son spectacle Régi. Or, sur le forum, Jac-michel attire à juste titre notre attention sur la chorégraphie Quintette Circle que Charmatz propose en ce moment à Beaubourg dans le cadre du Festival d'automne, spectacle qui n'est pas sans rappeler le précédent éâtre/élévision. Voici ce qu'il nous en dit : "Vu hier soir à beaubourg. Une fulgurance étrange, sortie de éâtre/ élévision. Plutôt recommandé oui, des gestes qui prêtent à sourire, un temps seulement parce qu'on se retrouve vite dans qqch qui rappelle Vol au dessus d'un nid de coucou et qui devient très vite inquiétant. Les 5 danseurs présents, tous absolument remarquables, ne se ménagent pas. Oui c'est fulgurant. Un travail sur la voix fascinant..." C'est à voir jusqu'à dimanche, deux représentations par jour (vendredi, samedi : 19h30-21h, dimanche : 16h, 18h), 35 minutes, tarif unique 10 euros. Merci Jac-michel ! |
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