Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Archives > Janvier 2007

Faire l'amour / Paris-Tokyo à Mains d'Oeuvres

Posté par Catherine le 26.01.07 à 17:37 | tags : théâtre

Ce que certains préfèrent, dans la relation amoureuse, c'est le moment de la rupture. Une belle séparation romantique dans les rues enneigées de Tokyo, c'est ce que raconte avec de jolis mots le roman de Jean-Philippe Toussaint Faire l'amour. Véronique Caye aime le Japon et elle aime s'emparer de littérature pour créer ses propres images. Sur des boucles de guitare électrique, univers musical en parfaite adéquation avec la génération Inrocks du romancier, monsieur qui parle envoie promener madame qui danse. Ce que je préfère dans les créations de Véronique Caye, ce sont, en grand sur les murs, les images de Tokyo.

Faire l'amour, spectacle de Véronique Caye
D'après le texte de Jean-Philippe Toussaint (Editions de Minuit)
les 25, 26, 27 janvier 2007 à 20 h à Mains d'Oeuvres (Saint-Ouen)
les 9, 10, 11 février 2007 au Red Brick warehouse Number 1 (Yokohama)



Timon d'Athènes - Denis Lavant fait son show

Posté par Catherine le 26.01.07 à 17:32 | tags : théâtre
Evoquez le nom de Denis Lavant et tout le monde vous dira « ah, quel merveilleux acteur ! ». Le problème, c'est que les projets que rejoint le comédien sont assez inégaux. Nous en avions d'ailleurs déjà parlé... Un peu drogué des planches, le comédien est toujours plus ou moins en train de jouer quelque-part. En ce moment, c'est au théâtre de la Boutonnière que vous le trouverez. Il y interprète le rôle titre dans Timon d'Athènes de Shakespeare. Cette pièce, l'une des dernières écrites par le grand William, est assez étrange dans sa forme puisque, après quelques scènes d'exposition assez traditionnelles, le texte vire quasiment au monologue... L'occasion rêvée pour Denis Lavant de mettre toutes ses tripes dans la désolation et de la souffrance du personnage, et l'occasion pour les spectateurs de voir l'animal de très près. Mise en scène minimaliste, où, on l'a compris, tout repose sur le jeu de l'acteur et en particulier sur le charisme d'un Denis Lavant en roue libre. Mais malheureusement aucun éclairage sur le texte : pourquoi Timon reste-t-il si désespérement aveugle face à la banqueroute qui le guette, pourquoi ne comprend-il pas que ses prétendus amis ne sont que des profiteurs ? Mystère et boule de gomme.

Timon d'Athènes, de William Shakespeare, jusqu'au 3 février 2007 au Théâtre de la Boutonnière (www).






Marivaudages en série

Posté par Nedjma le 20.01.07 à 19:55 | tags : chaillot, théâtre

Quatre pièces de Marivaux sont à l'affiche en ce moment en région parisienne. Faux semblants et travestissements, jeux de l'amour et du hasard, légèreté plus profonde qu'il n'y paraît sont autant de constantes dans sa belle écriture.

Dans La double inconstance, présentée à Chaillot, Silvia, jeune paysanne est arrachée à son amoureux, Arlequin, par le prince épris d'elle, tandis que Flaminia, complice du prince tente de se faire aimer d'Arlequin. Oubliable, et évitable, cette version portée à la scène par Christian Colin dont on ne comprend pas la volonté de mise en scène. Dans un quatuor d'acteurs maladroits, la palme revient à Isild le Besco, insupportable de mièvrerie, dont ce sont ici les premiers pas sur une scène. Mieux vaut filer à Ivry voir La fausse suivante. Une femme travestie en chevalier pour mieux percer le mystère de l'époux qu'on lui destine. Truculent jeu de rôles, où l'envers du décor dévoile les hommes dans toute leur cruauté et leur imposture. Mise en scène par Elisabeth Chailloux, une comédie rondement menée qui fait la part belle aux comédiens. Et si Natalie Royer force un peu trop le trait en fausse suivante, Charlie Windelshmidt campe un sous-Don Juan habile et convaincant, et Adel Hakim un Trivelin réjouissant.

La double inconstance, Théâtre national de Chaillot, mis en scène par Christian Colin (à droite, photo Brigitte Enguerand) jusqu'au 4 février.
La fausse suivante, Théâtre des quartiers d'Ivry, mis en scène par Elisabeth Chailloux (à gauche, photo Hervé Bellamy) jusqu'au 4 février.
Et aussi La dispute à la MC 93 Bobigny et Le triomphe de l'amour au Théâtre Jean Arp de Clamart.




Un froid de Kronos - spectacle pour jeune public averti

Posté par Catherine le 19.01.07 à 18:23 | tags : jeune public, la commune/aubervilliers

Il me semble que les petits élèves qui ont assisté mardi après-midi à la représentation de Un froid de Kronos au théâtre de la Commune sont prêts à assurer la relève du public dans la catégorie "spectacles plastiques obscurs". En effet, leur attitude de spectateur m'a rappelé celle de certains de leurs aînés, disons par exemple, les habitués des spectacles de Romeo Castellucci. Ces élèves de sixième, préparés à la représentation, c'est-à-dire qu'ils ont lu le conte d'Andersen dont est inspiré le spectacle et qu'on leur a bien précisé qu'il n'y aura pas de paroles, sont pour ainsi dire "avertis". Sur scène, une dame en bleu manipule deux petits visages qui, lentement, vont, viennent, tournent, se retournent. Puis tout se passe autour d'une espèce de cocon géant (une trappe s'ouvre et un visage apparaît, tout doucement, une fois, deux fois, trois fois...), lumière, ombre, lumière, trois ou quatre motifs musicaux échappés en boucle d'un synthé... Images lentes, lointaines et répétitives. Tout averti qu'il est, le jeune public (à qui ce spectacle s'adresse bien) ne peut s'empêcher de remuer, de tousser, de parler (« c'est nul » « on comprend rien » « c'est toujours pareil » « je regrette mes 5 euros » « tu viens à mon anniversaire ? »). Certains se raclent ostensiblement la gorge, respirent bruyamment (!), d'autres mettent des coups de pieds dans mon siège, rappel bienvenu à l'ordre : je ne suis pas venue ici pour dormir. L'ennui général est avéré. Mais ils restent finalement bien sages, ces petits sixième. La contestation est constante mais maîtrisée, et son niveau sonore maintenu à un degré poli. Les applaudissements sont d'ailleurs très polis. Seule une poignée de têtes brûlées ose quelques « ouh ! » (non sans craindre de le payer en heures de colle). Ils n'ont pas aimé et se le disent entre eux, mais ils font bonne figure devant les profs et posent des questions tout à fait honorables lors de la rencontre avec Mary Sharp après le spectacle (« vous avez commencé à manipuler des marionnettes à quelle âge ?», « ça vous a pris combien de temps pour monter le spectacle ?»). Ils savent endurer un spectacle obscur, ils savent identifier ses faiblesses (trop répétitif, pas assez lisible, manque de proximité avec le public), ils ont déjà des références (« j'ai préféré Le Petit Chaperon Rouge »), bref, ils sont plutôt épatants, ces gamins !

Un Froid de Kronos, au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers
du mardi 16 au vendredi 26 janvier 2007, le mardi, le mercredi et le vendredi à 14h15
Avec Mary Sharp, mise en scène Ilka Schönbein

Profitons-en pour mentionner le très beau spectacle d'Ilka Schönbein, Chair de ma Chair, où l'on retrouve la même lenteur mais sur des images tout à fait splendides. Lire la chronique du spectacle et l'interview d'Ilka Schönbein dans le magazine.




L'Autre : Enzo Cormann à la Colline

Posté par Catherine le 18.01.07 à 11:10 | tags : colline, théâtre

Quelques jours seulement après avoir assisté à la représentation de Quatre femmes et le soleil au Théâtre de l'Opprimé, voici que je me retrouve devant L'Autre, la dernière pièce d'Enzo Cormann, mise en scène par l'auteur au Théâtre de la Colline. Là aussi il s'agit d'une histoire de femmes, avec une distribution exclusivement féminine. Ah ! Moi qui déplore si souvent la sur-représentation, pour ne pas dire la domination agaçante, de la gent masculine sur les plateaux de théâtre, je soupire d'aise ! Allez les filles, m'écrierais-je presque ! Mais au fur et à mesure que la pièce se déroule - passionnante pour son synopsis et pour son texte aux allures d'énoncé de problème mathématique, caractéristique du sieur Cormann, éprouvante pour sa mise en scène si typiquement collinesque : prononciation appuyée, décor ultra-épuré, réalisme apprêté, émotion annihilée - il m'apparaît qu'ici comme dans la pièce de Jordi Pere Cerdà, les héroïnes sont certes des femmes, mais des femmes tueuses d'hommes... C'est que dans un cas comme dans l'autre, le grand manipulateur, le dieu créateur de ces personnages, bref, l'auteur, est... un homme. Dites, vous ne trouvez pas que le théâtre manque cruellement de femmes aux manettes ?

L'Autre, texte et mise en scène Enzo Cormann (présentation de la pièce sur le site du théâtre : www), jusqu'au 4 février au Théâtre National de la Colline
A noter : mardi 30 janvier, rencontre à l'issue de la représentation avec Enzo Cormann et l'équipe artistique du spectacle




Le regard de l'anatomiste : l'Ignorant et le Fou de Thomas Bernhard

Posté par JdF le 16.01.07 à 16:43 | tags : gérard philipe/saint-denis, théâtre

Dérangeant comme tout le théâtre de Thomas Bernhard , L'Ignorant et le Fou met aux prises trois personnages : une cantatrice, son médecin (et amant sans doute) et son père. Deux tableaux. Le premier se déroule dans la loge : attente, nervosité de cet alcoolique de père qui vire à l'angoisse au fur et à mesure qu'approche le moment où sa fille doit entrer en scène de sa fille qui, chaque soir, retarde un peu plus son arrivée. Le médecin tente desespérement de distraire le vieil homme en lui faisant une leçon d'anatomie. Lorsque la cantatrice paraît, la tension atteint son paroxisme : l'entrée en scène se prépare comme s'il s'agissait d'un sacrifice, ce qui se confirmera dans le second tableau de la pièce, lorsque les trois personnages s'étant réunis dans le cabinet particulier d'un restaurant luxueux, la cantatrice crache son sang en montrant tous les symptomes de la phtisie. Maladie emblématique de la femme de spectacle (et de la prostituée) la phtisie, c'est un peu la tuberculose vu au XIXe siècle, à travers le prisme de la hantise de l'excès, de cette démesure qui caractérise précisément ce père et cette fille, elle dans son art, lui dans son addiction, et les deux dans l'amour qui les lient l'un à l'autre.

La mise en scène de Célie Pauthe choisit de forcer l'effet de réel : décor où le réalisme est soigné, mur, portes, moulures sombres, tout reproduit l'univers oppressant de cette action qui peut aussi bien se passer dans l'Autriche d'aujourd'hui que dans un XIXe siècle qui n'en finit pas de finir : l'opéra comme art suprême, l'anatomie comme science de l'homme, renvoient toutes deux à une Histoire déjà lointaine et encore présente. Le médecin, joué par Pierre Baux, dont le rôle est incertain dans l'économie de la pièce est pourtant celui qui parle (de dissection) et qui, par la même occasion, dissèque les hantises et les obsessions des deux autres. Mais Pierre Baux le donne superbement à comprendre : perdu dans le vertige de sa propre discusivité, le regard de l'anatomiste, loin dêtre neutre, est intimement lié au type d'humanité qu'elle s'attache à disséquer.

L'Ignorant et le Fou, de Thomas Bernard, mise en scène de Célie Pauthe au Théâtre Gérad Philipe de Saint-Denis, jusqu'au 4 février.




Entretien avec Eric Lacascade

Posté par Puck le 12.01.07 à 10:40 | tags : entretien

" Mais qui sont les barbares, en fait ? " Comme son adapation des Barbares de Gorki est programmée cette semaine à Paris (au théâtre de la Colline), j'en profite pour vous signaler la parution d'un entretien original avec le metteur en scène Eric Lacascade sur le mag Scènes. Celui-ci avait été réalisé par Nedjma cet été, lors de la création du spectacle en Avignon. Où il est question d'adaption ( et de vie et mort) au théâtre, d'horizontalité de la mise en scène et d'étrangeté. (Réjouissez-vous, c'est bientôt le festival d'Avignon 2007). Bon week end !




Quatre femmes et le soleil : temps de chien pour les dames

Posté par Catherine le 12.01.07 à 10:25 | tags : théâtre

Quatre femmes dans les montagne catalanes. Deux jeunes, deux vieilles. Quatre situations maritales différentes : une vieille mariée, une vieille célibataire, une jeune mariée, et une jeune en âge de se marier. Les hommes sont absents - à la guerre ou aux champs. Ou morts. C’est Margarida, la mère, qui commande à tous. C’est surtout elle la gardienne de la vie dure et dépourvue de plaisir : interdiction d’aller au-delà du col, là où il fait soleil, interdiction de rêver, obligation de cacher ses joies et ses peines. « La vie est faite de résignation », « l’homme est une illusion », « une femme qui ne sait pas tuer le mâle dans son coeur est une femme perdue », tels sont ses principes... Et naturellement, à force de tant de refoulement imposé, ces femmes ont le désir à fleur de peau et l’homme est au centre de toutes leurs conversations : celui qui est la cause d’un drame survenu il y a vingt-cinq ans, celui qui pourrait bien causer le même genre de drame aujourd’hui, le bel ouvrier étranger, jeune et vigoureux.
La pièce de Jordi Pere Cerdà, auteur catalan né en 1920, n’est pas sans rappeler les textes du grand auteur espagnol de la génération précédente, Federico Garcia Lorca. Dans Quatre femmes et le soleil, publiée en catalan en 1955, représentée pour la première fois en 1964 et présentée pour la première fois en France, on retrouve l’ambiance lourde de tabous de Yerma, Noces de Sang ou encore Dona Rosita. Mais ici les femmes parlent beaucoup. Leurs conversations tournent d'ailleurs souvent à la jacasserie. Elles expriment leurs désirs et leurs frustrations, cherchent à comprendre le passé et à imaginer l’avenir. Cette parole finalement assez libre constitue peut-être un espoir pour la condition féminine...
En tout cas, la mise en scène très sobre permet au spectateur d'entendre pleinement ce texte qui tend à montrer que la femme est un loup pour la femme et que sa libération ne pourra venir que d’elle-même...
 
Quatre femmes et le soleil de Jordi Pere Cerdà
Mise en scène de Neus Vila, Compagnie du Sarment au théâtre de l’Opprimé jusqu’au 27 janvier 2007, du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 17 heures.
 
A noter, samedi 13 janvier 2007 à 18 heures au Théâtre de l’Opprimé : rencontre autour de l’oeuvre de Jordi Pere Cerdà  avec l'auteur, Jean-Baptiste Para (poète, rédacteur en chef de la revue Europe) et Lionel Richard (poète, essayiste, collaborateur au Magazine Littéraire et au Monde Diplomatique)
 



Campagne de buzz

Posté par Puck le 10.01.07 à 12:21 | tags : videos en scènes
" Qui c'est celui-là ? ", demande le titre de cette vidéo publiée hier sur le site de Dailymotion. La pièce, qui a relancé sa promo, adopte pour promouvoir un spectacle des techniques de buzz empruntées au marketing. C'est gonflé, ca ne donne aucun gage sur la qualité du spectacle mais la vidéo virale est sympa. (Pa contre, pour le simulacre de candidature à l'élection présidentielle, il repassera : on avait déjà vu la même campagne d'affichage en 2002, et je suppose en 95, en 88, en 81). Mais peu importe, c'est qui déjà ?



Le théâtre à la télé : une bonne idée ?

Posté par Nedjma le 04.01.07 à 15:04 | tags : théâtre

Le théâtre à la télé, comme aux grandes heures de nos parents et grands-parents? Le service public s'est pris à rêver de succès d'audience en transposant les planches au petit écran. Voilà quelques mois, France 2 avait diffusé "Cyrano de Bergerac", pièce multi-moliérisée - et très réussie - de la Comédie Française, dans une mise en scène de Denis Podalydès. Las, l'initiative avait fait flop, du coup France 2 semblait traîner un peu plus des pieds. Mais Sacha Guitry est passé par là. En plein cinquantenaire de la disparition du grand maître de théâtre, le 3 novembre dernier voyait la diffusion de "Faisons un rêve", avec Pierre Arditi, Michèle Laroque et François Berléand, dans une mise en scène de Bernard Murat. Résultat : 5,4 millions de personnes ont répondu présent et la chaîne promet un Feydeau d'ici à la fin 2008. En outre, le 5 janvier prochain, rebelote avec la retransmission, en direct de "Fugueuses", dernière représentation de la comédie-grosse cavalerie qui réunit Muriel Robin et Line Renaud. Aura-t-elle le même succès ? Et à quand un retour au théâtre... public sur les chaînes... publiques ? Encore faut-il de bons réalisateurs dans le genre - car les spectacles retransmis ne souffrent pas la médiocrité -, pour espérer, pourquoi pas faire (re)trouver le chemin des théâtres aux télévores...






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