Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

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Les mille rives d’Istanbul

Posté par Floriane le 28.02.07 à 16:56 | tags : ici et là
Retour sur Istanbul, programmation du week-end dernier (23 au 27 février) à la Cité de la Musique (cf. programmation musiques d'ailleurs).

Présenter une ville sous ses multiples facettes musicales est le pari tenté par la Cité de la Musique, cette saison. Avec Istanbul, aux mille influences au travers des siècles et de l'histoire, la tâche est de taille ! D'autant plus que les traditions se muent aujourd'hui en scènes « branchées », pas toujours digestes.

La parabole du riz
Quand on a envie de manger du riz en plat principal, on y ajoute du sel ; du sucre pour le désert ; du vinaigre, pour le manger en salade. Cette parabole, rappelée par le joueur de ney, Kudsi Erguner lors de la table ronde consacrée à Istanbul et ses musiques, illustre parfaitement le propos. Les maqams, ces modes musicaux si différents de la musique occidentale, peuvent se pister dans la musique sacrée soufie comme dans la musique de cour ottomane. Bref, « tout est dans tout ». Les derviches de la confrérie mevlevie d'Istanbul en feront d'ailleurs la démonstration : premiers tours avec leur propre orchestre, derniers accompagnés par un chœur interprétant des chants populaires grecs ... Musique byzantine, ottomane, sacrée, profane, grecque, arménienne (on ne dit pas « minoritaire ») : tout cela compose l'archipel stanbouliote, à l'image de sa population.

Le marais mésopotamien
Mélanges de styles, emprunts, partages : l'histoire de la musique en Turquie n'est faite que de cela, et de progrès aussi, d'une irrépressible envie de garder ses racines tout en allant de l'avant, au diapason des scènes occidentales. Cela donne de riches étincelles quand les clarinettes tsiganes de Selim Sesler rencontrent le dub de Techno Roman Project ; mais la sauce peut s'avérer indigeste.
Moment de grâce, dimanche, quand la communauté turque de Paris, rassemblée dans la grande salle de la Cité de la Musique, applaudit à tout rompre deux joueurs de saz (ce luth à long manche) qui s'adressent à eux dans leur langue, et reprend en chœur les chansons anatoliennes traditionnelles. Juste après, à grand renfort de guitare électrique et de set de batterie, l'ensemble Kardes Türküler s'enfonce dans le marais de la modernisation à tout crin de ces mêmes refrains traditionnels issus, nous dit-on, de Perse et de Mésopotamie. Pourquoi pas ? Relooker les vieilles mélodies, c'est ce que font les tubes de turbo folk sur lesquels on s'agite allègrement dans les boîtes des Balkans, et les plus attentifs de reconnaître là une chanson de Thrace, là un rythme grec ou encore un solo d'origine plus orientale. Mais qu'au nom de la « modernité », on fasse de la pop rock de pas très bonne qualité, c'est différent.
Un grand éventail, donc, proposé à la Cité de la Musique et à Pleyel ce week-end, face à des salles combles et comblées. Décidément, il n'y a pas que des kebab en Turquie !




Brecht pulvérisé par Castorf

Posté par Catherine le 21.02.07 à 18:03 | tags : mc93, standard idéal

Je me souviens d'un voyage scolaire en Allemagne au cours duquel nos correspondants nous avaient présenté un spectacle de leur composition : Blanche-neige et les sept nains version déjantée, avec des filles en mini-jupes, des hommes à perruques, des hurlements, de la grosse musique, du ketchup qui gicle... Depuis, j'ai eu l'occasion de voir Outre-Rhin de nombreuses productions dont j'ai souvent apprécié la qualité, et notamment la maîtrise exceptionnelle du jeu des comédiens - un superbe exemple de ce dernier point étant le fantatisque Ivanov qu'a présenté Dimiter Gotscheff au Standard Idéal. Mais je n'ai jamais oublié le vent de subversion toute teutonne que ce Blanche-Neige de lycée avait soufflé sur mes jeunes années.
Et je dois dire que j'y ai beaucoup pensé en voyant le spectacle que Frank Castorf présentait cette année à Bobigny : même énergie provocatrice, même veine pseudo-subversive. Que j'essaie de vous raconter : un grand lit où se vautrent les personnages, un porte qui s'ouvre sur un vacarme infernal, des pastèques qui éclatent, des vêtements qui s'amoncèlent, des guitares électriques, des lumières rouges, des cris, vous voyez le genre ? Disons un joyeux bazar, une épopée folle et furieuse sur un texte en allemand qui, bien que surtitré, ne finit jamais par raconter quoi que ce soit. Qui est qui, qu'est-ce qui passe ? Impossible à dire.

La seule question que se pose le spectateur est : "mais qu'est-ce qu'ils vont nous inventer maintenant ?" Entrer avec un carton sur la tête ? Faire des claquettes ? Jeter les papiers qui jonchent le plateau sur les spectateurs qui quittent la salle ? Ah oui, car nombreux sont ceux qui estiment avant la fin des 2h45 de ce délire foutraque qu'ils en ont assez vu et qu'une heure de plus ou de moins ne changera pas grand-chose. Cette réaction bien compréhensible et même, on n'en doute pas, attendue par le metteur en scène, ne perturbe aucunement les comédiens : très à l'aise, ils s'amusent comme des petits fous sur le plateau, ils improvisent en allemand et en rigolent, Bref, encore une fois, ils prouvent qu'ils savent comme personne illuminer les scènes de théâtre, même les plus barrées...

Im Dickicht der Städte / Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht dans une mise en scène de Frank Castorf (www).
Dans le cadre du Standard Idéal, sur trois jours seulement (© Thomas Aurin). Mais le Standard Idéal, c'est pas fini. Encore un Macbeth euh... prometteur ?

Côté mag : hamlet ws d'Arpad Shilling + Vie et destin de Vassili Grossman (dans le cadre du Standard idéal)







Amour, mensonges et littérature

Posté par Nedjma le 20.02.07 à 09:54 | tags : théâtre marigny

Une ferme retirée du Sussex. Dans un intérieur british et tapissé de livres du sol au plafond, Adrian Ludlow, ex-romancier à succès, vit retiré avec sa femme, Eleonor. Il a délaissé la littérature pour écrire des anthologies. Son « plus ancien » (et ex-meilleur) ami, Sam Sharp, lui, joue les scénaristes adulés. Un texte au vitriol de la journaliste Fanny Tarrant paru dans le canard dominical va faire basculer l'équilibre fragile du trio. Dans cette pièce à tiroirs, l'auteur anglais David Lodge aborde nombre de thèmes, intimes ou plus vastes : les affres de la création et les conséquences du succès et de l'échec, la peopolisation de la presse, la pouvoir de la critique. Un texte bien ficelé et un quatuor d'acteurs efficace (avec notamment Claire Nebout, parfaite en implacable hyène de la presse).

La vérité toute nue de David Lodge mis en scène par Christophe Correia. Jusqu'au 31 mars, Théâtre Marigny (www). 01 53 96 70 20.




Non solum Sergi !

Posté par Nedjma le 19.02.07 à 17:51 | tags : rond-point, théâtre

On le connaît surtout au cinéma, pourtant Sergi Lopez a fait ses armes sur les planches. Le voilà seul en scène au Théâtre du Rond-Point avec Non Solum..., mis en scène par son complice Jorge Pico. Un titre à plusieurs interprétations. Car d'abord, s'il joue solo, Sergi Lopez n'est pas complètement seul, vu qu'il campe mille et un personnages, façon Philippe Caubère. Ensuite, parce que « non solum... sed etiam », en latin dans le texte, signifie « pas seulement... mais encore ». Une façon de dire que ce spectacle-là a de nombreuses facettes. Annoncé comme une comédie existentielle, c'est aussi un one-man show, ou un concert à cappella ( !), avec ses grands éclats de rire et ses moments plus profonds. C'est un homme venu rendre visite à sa maîtresse, Brigiiiiitte, qui se trouve nez à nez avec un plombier, puis un employé du cadastre, puis un autre, puis dix, puis 100 : la porte ouverte à toutes les interrogations. Tout juste arrivé sur terre (ou ailleurs), un autre raconte sa première expérience sexuelle avec jubilation. C'est, encore, un petit gars timide se découvrant rebelle et orateur en enfilant des lunettes magiques. C'est assez bien écrit, bien joué et habité par cet acteur enthousiaste et généreux en diable. Mais parfois un peu longuet.

Non solum de et avec Sergi Lopez, mis en scène par Jorge Pico au Théâtre du Rond Point (www) jusqu'au 3 mars (illus © fdg/ccastro).
Côté mag : De l'écran à la scène, les acteurs dans tous leurs états




Munich-Athènes de Lars Norén : amour à la suédoise

Posté par Catherine le 14.02.07 à 11:19 | tags : espace kiron, spectacle à paris

Décidément, l'humeur est aux auteurs Suédois : Strindberg à la Madeleine, Strindberg revisité à l'Atalante, Magnus Dahlström au Rond-Point, Henning Mankell à Théâtre Ouvert, Lars Norén à l'Espace Kiron... Et il semble bien que ces trois derniers (tous contemporains) aient hérité de leur célèbre aïeul sa vision sombre et brutale des rapports humains. A moins que tout le théâtre actuel ne soit désespéré, à moins que le monde actuel ne court effectivement à sa perte...

Toujours est-il que Sarah et David s'aiment mais se déchirent. Ils auront toute la durée d'une traversée de l'Europe en train pour questionner leur relation. Le texte alterne conversations quotidiennes et réflexions philosophiques, faisant basculer du même coup les personnages de l'échange naturel au duel tragique. La mise en scène est assez minimale, avec notamment de la vidéo tantôt fort à propos (comme le quai de la gare projeté en fond pour faire décor), tantôt mal maîtrisée (comme la scène de nu intégral projetée en musique...). Les comédiens pénètrent l'univers de Norén avec beaucoup de générosité mais ce n'est évident ni pour eux ni pour les spectateurs tant le texte est dense et lent à progresser et tant la violence ne se décide jamais à éclater vraiment. On pense à la Danse de mort bien sûr. N'est pas Strindberg qui veut.

 

Munich-Athènes, de Lars Norén, par la Compagnie du Belvédère
Mise en scène Charlène Lyczba

A l'Espace Kiron, 10 rue de la Vacquerie, Paris 11ème Jusqu'au 24 mars 2007, du mardi au samedi à 20h30. Réservation 01 44 64 11 50 (Photo Depagne/Palazon)




Sons et couleurs d'Arménie

Posté par Floriane le 12.02.07 à 23:52 | tags : ici et là, théâtre des abbesses

Une petite église au détour d'un chemin de campagne, le mont Ararat en toile de fond, la joie, la plainte, le liturgique, le profane : tout y est passé, samedi, au Théâtre des Abbesses. Les artistes réunis autour de Levon Minassian (photo) et Roselyne Minassian ont littéralement fait vibrer la communauté arménienne largement représentée dans la salle comble. Ils sont si nombreux, il est vrai ; une diaspora répandue dans le monde entier, mais accueillie en France comme nulle part ailleurs. Les Minassian et Gaguik Mouradian, au kamantche y sont installés ; les deux autres joueurs de doudoune et le chanteur arrivent directement de Yerevan.
Tous sont incroyablement doués et inventifs. Roselyne Minassian, sait feutrer sa voix grave pour épouser le son du doudouk ou mettre en valeur les accents éclatants de Hamlet Gevorgian, qui excelle aussi bien dans le répertoire traditionnel que dans les hymnes religieux. Gaguik Mouradian fait comme nul autre chanter sa kamantche (vièle à pique), tantôt claire et agile comme un violon ; le plus souvent feutrée, voilée, chuchotante ; mais parfois aussi au parfait unisson avec le doudouk.
L'instrument roi de la soirée a su faire la part belle aux voix et à la vièle, mais les trios Minassian, Ghazarian, Ghasabian sont incroyables de couleurs et d'espaces. Un bourdon rappelant les orgues d'église, des mélodies parfois sautillantes, le plus souvent plaintives, c'est un répertoire revisité que nous ont présenté les artistes. Diable d'homme, ce Levon Minassian, qui travaille inlassablement son instrument pour en étendre les possibilités, et qui y réussit ! Sa notion de la spatialisation est étonnante, et l'équilibre qu'il sait faire naître entre les voix renforce ces voyages.

A écouter absolument : les disques de Levon Minassian (chez Longdistance cities) et de Gaguik Mouradian, (chez Buda Musique et Abeille musique production/Emouvance).
Côté mag : présentation des "Spectacles d'ailleurs" au Théâtre de la Ville



Journalistes, dans l'envers du décor

Posté par Nedjma le 12.02.07 à 16:41 | tags : spectacle à paris, théâtre tristan bernard

Ecriture cinglante et drôle, mise en scène stylisée, comédiens fantasques avaient fait le succès - mérité - de Moi aussi je suis Catherine Deneuve, la saison dernière, au Théâtre Pépinière Opéra. La pièce, trois fois nommée, recevait le Molière du meilleur spectacle privé.
Le tandem Pierre Notte / Jean-Claude Cotillard récidive avec Journalistes, au Théâtre Tristan Bernard. Pendant sa longue expérience de journaliste culturel « attaché au théâtre » - comme disent ses personnages - (au Nouvel Obs, à l'Evénement du Jeudi, à la Terrasse ou Epok) l'auteur a observé. Il croque dans cette pièce trois pigistes qui rêvent de déboulonner leurs aînés, en place depuis... pas loin d'un siècle ! Le crétin, le comploteur, la désabusée passent de cocktails en générales de presse, d'interviews en accrochages de médailles. On retrouve la même plume acérée, le même humour mordant, la même jubilation dans cet opus où on se gondole souvent. Mais parfois la caricature frôle l'excès et pas sûr que les non-initiés (comprenez ceux qui ne sont ni journalistes, ni attachés de presse, ni théâtreux, ce qui fait quand même du monde !) goûtent toutes les références.

Journalistes de Pierre Notte, m.en.s Jean-Claude Cotillard, avec Zazie Delem, Marc Duret, Romain Appelbaum, Sophie Artus et Hervé-Claude Ilan, au Théâtre Tristan Bernard, Paris 8e, jusqu'en avril. 01 45 22 08 40. (photo Claire Besse)




Le Carnaval au Musée

Le mercredi 21 février après-midi, ce sont les visiteurs du Musée du Quai Branly qui n’en croieront pas leurs yeux et leurs oreilles ! 70 carnavaliers, venus tout droit des Antilles, et un groupe de Parisiens maquillés pour l’occasion traverseront les allées sombres au rythme d’un steelpan endiablé. L’institution avait promis de porter une attention toute particulière aux fêtes et aux diasporas, c’est chose faite. Et c’est carrément toute une semaine, du 17 au 24 février, qui sera consacrée aux Antilles, avec des ateliers de découverte, des contes, une conférence, et même un spectacle de musique et de danse auquel le public pourra participer, le 22 février à 20 heures, au théâtre Claude Lévi-Strauss. Réservation obligatoire ! (www)



L’Arménie et l’Inde en février, au Théâtre de la Ville

Posté par Floriane le 09.02.07 à 15:38 | tags : ici et là, théâtre de la ville
Qui a entendu une fois le son du doudouk, l’instrument à vent emblématique de l’Arménie, peut s’approcher un peu de la déchirure profonde qui endeuille ce peuple depuis des générations. Aucun instrument, sans doute, n’est plus profondément pleureur, nostalgique, mais pudique à la fois. Lévon Minassian, issu de la diaspora installée à Marseille, sera accompagné le 10 février de sa sœur Roselyne, chanteuse, et de Gaguik Mouradian (illus.), joueur de kamantché (la vièle à pique largement répandue en Orient).

Samedi 10 février à 17h, au Théâtre de la Ville (www)
Lévon Minasian & Armand Amar, Songs from the world apart, CD paru chez Long Distance

Le 17 février, c’est Dhruba Ghosh qui fera chanter son sarangi, cette vièle à cordes frottées dont le son est proche de la voix humaine. D’ailleurs, pour mieux en jouer, Dhruba Ghosh s’est perfectionné en chant ! Fils d’un joueur de tabla renommé, que le célèbre Ravi Shankar venait visiter à ses heures, c’est l’hommage de Rostropovitch que l’Indien a reçu, en 1988. Musique et sensibilité sans frontière.
Samedi 17 février à 17h, pour la première fois au Théâtre de la Ville (www)




Bouge plus ! Photo de famille au théâtre de l'Est Parisien

Posté par Catherine le 07.02.07 à 15:12

Trois messieurs-dame. On dirait qu'il serait le père, on dirait qu'elle serait la mère, et lui là, il sera l'enfant. Il y a aussi la table,la chaise et le pot de fleurs. Il ordonne "allume", elle supplie "éteins" et hop, dans l'intervalle, quelques secondes d'instantané familial : de toutes petites scènes se succèdent et dessinent par touches un drôle de tableau de famille où la quotidienneté fricote avec le surréalisme, où la grammaire est approximative, et où le burlesque le dispute au beau et à la poésie. "Mais c'est quoi ce jeu ?", demande sans cesse l'enfant. C'est irracontable, mais ça fait beaucoup rire petits et grands, et ça laisse un délicieux petit goût de reviens-y. Malheureusement, ça ne joue plus guère longtemps !

Bouge plus ! de Philippe Dorin, mise en scène Michel Froehly, au Théâtre de l'Est Parisien, jusqu'au samedi 10 février (reprise d'un succès de la saison précédente)
Et en parrallèle :
Christ sans hache, du même auteur et par le même metteur en scène, également jusqu'au 10 février.




La cantatrice chauve, bis repetita

Posté par Nedjma le 02.02.07 à 17:11 | tags : athénée, théâtre

Bien sûr, il y a la Cantatrice chauve du Théâtre de la Huchette, classique parmi les classiques, mise en scène par Nicolas Bataille et qui célèbre, en ce moment même, son jubilé. Et puis il y a celle de Jean-Luc Lagarce, que le Théâtre de l'Athénée reprend, en ce moment même dans le cadre de l'année Lagarce. La version présentée -déjà montrée plus de cent fois- est totalement identique à l'originale, datée de 1991, et fondatrice de l'univers de l'auteur-metteur en scène disparu en 1995. Les comédiens sont les mêmes (Elisabeth Mazev et Marie-Elisabeth Sirvent en alternance, Olivier Achard, Emmanuelle Brunschwig, Mireille Herbstmeyer, Jean-Louis Grinfeld, François Berreur), tout comme les techniciens et les décors. Lors de l'édition du texte, Ionesco introduisit des commentaires de mise en scène que Jean-Luc Lagarce fait dire à Mary, la bonne. Curiosité réjouissante : les différentes fins imaginées par Ionesco et jamais représentées y sont proposées en épilogue.

Cette cantatrice-là prend place dans un espace vaste, ambiance carton-pâte aux couleurs vives. Vert est le gazon, rose bonbon sont les tailleurs et escarpins de ces dames, jaunes sont les chemises et oranges les cravates de ces messieurs -costumés à l'identique). Les sons sont vifs aussi, les voix, la sonnerie de la porte d'entrée, la musique, et les rires à outrance enregistrés façon show à l'américaine. On rit aux éclats, et pourtant sous l'humour et l'absurde pointent la cruauté et la mélancolie. Celle d'un monde qui ne tourne pas bien rond, celle d'un théâtre privé d'un de ses plus grands créateurs, depuis douze ans déjà.

La Cantatrice chauve de Eugène Ionesco, mise en scène par Jean-Luc Lagarce au Théâtre de l'Athénée jusqu'au 17 février, puis en tournée à Poitiers, Sénart, Caen. Programme sur http://www.lagarce.net/ Et aussi, lundi 5 février, soirée Jean-Luc Lagarce au Théâtre de la Colline, avec lectures, projections et rencontres.




Standard Idéal 2007, un grand cru !

Posté par Anne le 02.02.07 à 15:11 | tags : festival, mc93, standard idéal
L'édition 2006 était particulièrement réussie, au point de figurer dans le Best of de la rédaction Scènes. Mais la programmation 2007 est tout aussi alléchante, avec quelques pièces qui devraient figurer parmi les grands événements de cette année théâtrale ! Merci donc à la MC 93 d'ouvrir la scène française aux plus grands metteurs en scène allemands et russes.
Tout d'abord, on pourra retrouver des valeurs sûres du festival : Arpad Schilling qui poursuit son exploration d'un théâtre de plus en plus dépouillé, minimaliste, délesté de tout artifice, et qui réduit la théâtralité au travail sur le texte lui-même. La Mouette l'an dernier refusait ainsi tout décor, tout accessoire. Cette année c'est Hamlet qui nous est présenté avec en tout et pour tout trois comédiens. A voir assurément (du 7 au 15 février). Toujours dans les habitués, on retrouvera avec plaisir Frank Castorf, qui nous avait proposé en 2004 un torride Forever Young, et qui s'empare cette année d'une des premières pièces de Brecht, Dans la Jungle des villes (1923). Attention, seulement 3 dates (du 16 au 18 février).
Mais le standard nous apporte aussi son lot de nouveautés. Avec en ouverture du festival, le roman fleuve de Vassili Grossman, Vie et Destin, véritable chef d'oeuvre littéraire, saisi par le KGB, qui place en son coeur les expériences totalitaires. C'est le célèbre metteur en scène russe Lev Dodine qui en assure la transposition théâtrale avec ses élèves de l'Académie théâtrale de St-Pétersbourg. Création mondiale à Bobigny (à partir de dimanche et jusqu'au 7 février).
Ensuite on pourra découvrir pour la première fois en France Dimiter Gotscheff, grand metteur en scène de la Volksbühne, qui présente Ivanov de Tchekhov, spectacle plusieurs fois primé en Allemagne, au parti-pris anti naturaliste. (Deux dates seulement, les 10 et 11 février).
Last but not least, tout aussi peu connu en France, Jürgen Gosch met en scène un Macbeth ultra-violent sans aucune concession, chaque corps devenant un véritable champ de bataille. Les photos disponibles sur le site de la MC sont impressionnantes. Ame sensible s'abstenir. Expérience radicale en perspective. (A voir les 24 et 25 février).

Un grand cru donc ! Mais il faut se dépêcher pour avoir des places. On vous en reparle très vite sur ce blog et sur la rubrique Scènes !
Tous les renseignements ici, ou au 01-41-60-72-72.

Nota : Fluctuat.net avait été partenaire de la première édition (voir le mini-site ; lire les chroniques).



Les esprits écoutent au Quai Branly !

Musique et chamanisme en Sibérie seront à l'honneur, depuis hier soir et jusqu'à dimanche. Quatre programmes différents de concert, deux conférences, un film ... Tout, tout, tout, on saura tout sur le chamanisme ! C'est que l'événement, conçu par Henri Lecomte, chercheur associé à l'INALCO, aura fort à faire pour survoler le vaste espace sibérien. Une trentaine d'ethnies, parlant des langues diverses, s'y côtoient ; le chamanisme restant une façon de préserver une identité. Les quatre soirées, organisées par groupes linguistiques, proposeront des chants et des danses liés à la transe au cours de laquelle le chamane rentre en communication avec les esprits de la nature. Il ne faut cependant pas y voir une pratique « folklorique » ou dépassée ; tout cela reste bien vivace et même évolue, au rythme des hommes qui vivent aujourd'hui et pratiquent ces rites ancestraux parce qu'ils sont inhérents à leur existence. Dépaysement garanti !
Au Théâtre Claude Lévi Strauss niché au cœur du musée du Quai Branly (www)




Play Strindberg à l'Atalante

Posté par JdF le 01.02.07 à 12:31 | tags : théâtre

Pourquoi ce titre ? C'est que Friedrich Dürrenmat a pris, un jour, un petit chef d'œuvre d' August Strindberg, La Danse de mort, et en a fait une farce. La pièce originale, comme celle de Dürrenmat, voit s'affronter un couple le jour de ses noces d'argent. On comprend vite que cet affrontement a lieu quotidiennement depuis les vingt-cinq ans que dure leur mariage. La pièce originale posait le chassé-croisé infernal entre les époux comme le fondement irréductible du rapport entre les sexes et partant de la condition humaine. Durrenmat, à travers la figure du cousin qui se révèle être un escroc d'envergure, fait de ce sadisme conjugal, le modèle sur lequel se déclinent les relations sociales. Vision politique qui interroge la métaphysique strindbergienne.

Une telle pièce est un régal pour les acteurs : Agathe Alexis et Philippe Hottier se déchirent à plaisir. Quand au cousin Kurt, joué par Philippe Morand, son personnage - d'abord en retrait, assez fade par rapport au sadisme truculent et hystérique dans lequel se complaisent les deux époux - se révèle dans les derniers moments du spectacle.

Play Strindberg, de Friedriche Dürrenmat, mise en scène d'Alain ALexis Barsacq, avec Agathe Alexis, Philippe Hottier, Philippe Morand et Jaime Azulay. (Photo : Xavier Voirol)
Jusqu'au 25 février 2007, à l'Atalante, 10 place Charles Dullin, 01 46 06 11 90.






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