Posté par Gflu le 30.03.07 à 16:48
Pour l'instant la mise en scène est assez basique et la souplesse de ces joujoux de celluloïde laisse à désirer. N'empêche, il y a de l'idée...

 Venus de Cuba, les agriculteurs-poètes improvisateurs se relaient, du 28 mars au 1er avril, sur la scène du Théâtre Claude Lévi-Strauss. C'est carrément tout un pan de société et d'histoire qui sera présenté là. La poésie improvisée est, en effet, arrivée sur l'île avec l'immigration des Iles Canaries, du XVIIIème siècle. Et c'est dans la poésie savante espagnole, puis dans sa forme populaire andalouse, que ces mélodies et ces joutes orales plongent leurs racines. Les Repentistas (c'est le nom de ces improvisations) enflamment la période pré-révolutionnaire cubaine, radio et télévision s'en faisant le relais. Accompagné par le Punto (le genre musical dédié), le cadre métrique (10 vers de 8 syllabes) est scrupuleusement respecté par ces slameurs avant l'heure, mastiquant la langue et les thèmes chers à l'imaginaire populaire. Et dire que ces artistes ont tous une double vie de cultivateurs le jour et de poètes la nuit. Seul le haut degré d'alphabétisation réservé à l'ensemble de la population cubaine a pu rendre possible la persistance de cette pratique. Espérons que l'esprit de Fidel persistera, lui aussi, au-delà de son régime, pour que le peuple de l'île puisse continuer de s'exprimer, en vers et contre tous ! Sur le mag : présentation de la programmaton du Théâtre Claude Lévi-StraussLe site du Musée du quai Branly : www. Discographie : Repentistas ! chez Accords croisés/Harmonia Mundi Photo d'illustration : © Emmanuel Honorin

25 ans déjà que l'événement hisse haut les couleurs de la danse, des danses contemporaines en Val-de-Marne. Initiée par Michel Caserta, petite biennale est devenue grande. Cette année encore, depuis le 6 mars et jusqu'au 6 avril prochain, ce sont 17 lieux investis dans 13 communes du département. De Fontenay-sous-Bois à Vitry-sur-Seine, de Charenton à Créteil, 31 compagnies dévoilent leurs pièces. Impossible de les citer toutes, mais on attend encore la Spirale de Caroline, solo inspiré de John Cage par Olivia Grandville et les très beaux Fragments intimes de Yann Lheureux et Fadhel Jaïbi, le 28 mars. Et puis le Journal d'inquiétude de Thierry Baë, sous-titré « pièce impossible pour un danseur et ses doublures ». Un questionnement sur la possibilité de créer face au temps qui passe et à la maladie, grande révélation du dernier festival d'Avignon. A voir les 30 et 31 mars à Villejuif. Au chapitre compagnies du monde, le Brésilien Bruno Beltrao (illus.) et son hip-hop mâtiné de danse contemporaine...
14e Biennale de danse en Val-de-Marne (www). 01 46 86 70 70.


Il paraît que le public veut du comique, alors évidemment, il y a plus vendeur comme titre que Le suicidé. Il y a Le suicidé-comédie. Mais contrairement à ce que cette appendice accrocheuse pourrait laisser penser, ce n'est pas une version remaniée que propose Anouch Paré à l'Athénée, mais bien le texte original. Dans une succession de scènes endiablées, Nicolaï Erdman inventait en 1928 le personnage du chômeur Podsekalnikov qui voit sa vie prendre un tour héroïque à l'annonce de son suicide prochain : il devient le martyr potentiel et, en tant que tel, choyé, de tous les grands mouvements anti-soviétiques ! Mais de la parole à l'acte, surtout ainsi récupéré, il y a un pas que le "suicidé" va franchir... à sa façon. Le texte est drôle et la forme du vaudeville dissimule à peine la dimension politique - ce n'est pas pour rien que la pièce fut interdite pendant 50 ans en Russie. Beaucoup de bons mots et des tonnes de situations cocasses. Malheureusement, la mise en scène d'Anouch Paré ne fait qu'égrainer le texte, sans rien y apporter de particulier et surtout sans laisser éclater toute l'extravagance russe contenue dans le texte. Si on assiste à quelques bons numéros d'acteurs, on a du mal à se laisser emporter et à traverser sans peine les 2h45 de spectacle. A trop vouloir être drôle... Le Suicidé-comédie de Nicolaï Erdman, mise en scène Anouch Paré à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet (www) du 8 mars au 7 avril 2007

 Vous avez remarqué combien les pièces sont longues au théâtre aujourd'hui ? 2 heures, 2h30, 2h45 ! Bénies soient les propositions de simplement cinquante minutes ! Parce que presque trois heures sur un fauteuil, les genoux malmenés et le manteau sur les genoux, c'est parfois du pur bonheur mais aussi de temps en temps, une vraie souffrance. J'ai souffert au théâtre de l'Est Parisien. Dès la première image où une fille trop maigre en short et avec des grosses lunettes entre en scène et déclenche un éclat de rire général. Ah, bonne pièce comique à grands coups de caricatures. Pourquoi pas. Sauf que les autres personnages sont moins marqués et que les échanges se veulent plutôt réalistes - avec des petites tentatives d'élans poétiques.E et que la caricature, qui revient par accoups, est certainement involontaire finalement. Huit touristes en circuit-aventures en Afrique et leur guide, coincés dans le désert suite à une panne, tentent de s'organiser pour ce qui devait être leur dernier jour de vacances. Le sujet n'est pas inintéressant et on devine assez (trop) les belles idées que la pièce va pouvoir brasser sur le rapport homme blanc / continent africain. Catherine Anne non seulement ne développe aucune idée forte sur la question mais comme en plus elle met elle-même en scène sa Pièce africaine, elle double son texte mal ficelé de belles bourdes de mise en scène (par exemple c'est la nuit et un personnage vaque tranquillement en short et débardeur, tandis qu'un autre tremble de froid sous son gros blouson). Les personnages réagissent souvent à contretemps, certains comédiens ont une fâcheuse tendance à la récitation, bref, impossible de croire une minute à ce qui se passe sur scène. Pas une minute, alors 2 heures et demi, imaginez le supplice !
Pièce africaine, de Catherine Anne, mise en scène de l'auteur Au Théâtre de l'Est Parisien, du jeudi 1er mars au vendredi 6 avril 2007

Un ptit jardin sus l'ventre, à arroser. Voilà une façon douce et belle d'évoquer la vie qui poussera... sur la mort. Le spectacle écrit et mis en scène par Jean-François Maurier est sous-titré « Contes de tranchées », car c'est bien de contes qu'il s'agit. Entre deux déflagrations, la peur, la boue et les poux, un combattant gourmand remplit l'assiette d'un Allemand de sable pour se venger, deux hommes échangent leurs identités, une perm' donne l'occasion d'une tablée burlesque. En arrière-plan, une photo de paysage tranquille, trop tranquille. A côté, celle d'un soldat fier comme un pape. Bouille malicieuse et air mélancolique tour à tour, avec son accent franchouillard, sa cravate et son débardeur bleu marine, Gilles Berry est à la fois acteur et témoin, revenu de l'horreur. Il nous prend par la main avec ses petites histoires pour parler de la grande, la première guerre mondiale, prétendument la der des ders ! Un p'tit jardin sus l'ventre est une œuvre nécessaire, émouvante et parfois joyeuse, malgré l'atrocité qu'elle raconte. C'est un jardin à cultiver.
Un p'tit jardin sus l'ventre de et mis en scène par Jean-François Maurier, avec Gilles Berry, au Lucernaire jusqu'au 2 juin. Réservation 01 45 44 57 34.

Les collections du Musée regorgent de trésors, que les visites guidées mettent merveilleusement en valeur. L'Auditorium n'est pas en reste, en ce printemps, puisqu'y sont présentés pas moins de trois spectacles consacrés au chant et à la danse de ce sous-continent. Le 9 mars, c'est de musique et de chants carnatiques qu'il s'agissait. Issu de l'Inde du Sud, qui historiquement n'a jamais connu l'influence moghole et de l'Orient chantourné, le terme « carnatique » désigne la musique savante indienne codifiée au XVIè siècle. D'Inde du Nord, les 23 et 24 mars seront présentées des danses Kathak, précisément au carrefour des courants musulmans et des traditions hindoues. Trois séquences composent habituellement la soirée : une danse rituelle, une narration gestuelle codifiée et un dialogue rythmique avec le percussionniste. Retour au Sud, enfin, du 5 au 7 avril, avec du Bharata natyam, danse hindoue dévotionnelle. Le spectacle expose en cinq temps les actions de Shiva dansant : création, soutien, destruction, obscurcissent et libération. Plongée au coeur de la spiritualité garantie ! Côté mag, toutes les infos à propos de la programmation de l'Auditorium du Musée Guimet sur notre dossier Spectalces d'ailleurs. Photo : Anurekha Ghosh, danse Kathak (Inde du nord), DR.

Ouille aïe aïe, que voici un spectacle violent ! D'abord il nous embarque sur la fausse piste du quotidien - le père, la mère, la fille, les devoirs à faire, les discussions à table. Petit monde merveilleux de la famille raconté avec la poésie des mots simples de l'enfance, dans un très joli décor aux perspectives tronquées. Les injonctions sévères prononcées par les parents à l'attention de l'enfant, sévérité "pour le bien" de ce dernier, font d'abord sourire par le souvenir qu'elles ne manquent pas d'évoquer chez la plupart d'entre nous. Mais bientôt, il devient évident que les parents abusent de leur rôle. Il ne s'agit plus seulement de forcer la gamine à bosser ses maths quand elle voudrait faire de la littérature. L'autorité parentale se transforme en maltraitance, autant verbale que physique. C'est avec beaucoup de pudeur dans sa forme que ce spectacle raconte l'horreur - car le sort de la petite fille va réellement prendre un tour monstrueux. Les jeux d'ombres, notamment, sont très impressionnants d'efficacité. Une beauté, une justesse et une poésie qui décuplent la violence des situations. Formidable, mais à ne recommander qu'aux âmes bien accrochées.
Avec le couteau le pain, texte et mise en scène Carole Thibaut Au théâtre de l'Opprimé, du mercredi 14 au samedi 31 mars Réservation 01 43 40 44 44

Victor, 1 mètre 80, culotte courte et veste étroite, fête ses 9 ans. Totor, comme l'appelle affectueusement la bonne, mène son monde par le bout du nez et porte sur les adultes qui l'entourent un regard sans concession. La fête commence dans le champagne, et se termine dans le sang. Dans un décor design blanc immaculé, mobilier blanc, piano blanc, ballons bleus et blancs qui tranchent singulièrement avec la vision très noire bien que drolatique de l'auteur. La pièce, écrite par Roger Vitrac et montée en 1928 par Artaud et son Théâtre Alfred-Jarry, puis en 1962 par Anouilh, est d'une modernité saisissante, d'une cruauté savoureuse, d'une subversion joyeusement déjantée. En cuisinant inceste, adultère, scatologie et mort à la sauce burlesque, elle déboulonne allègrement tous les symboles, de la famille petite-bourgeoise à la patrie en passant par l'armée. Et Gilles Bouillon, son metteur en scène - et directeur du CDR de Tours- la sert admirablement, avec une équipe de comédiens excellents qui s'en donnent à cœur joie, l'étonnant Gaëtan Guerin (Victor) en tête. Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac, mis en scène par Gilles Bouillon, jusqu'au 24 mars, 20h30, au Théâtre de Châtillon.

Une soirée de beuverie qui va un peu trop loin, surtout que Madame n'était pas au courant, et voici Lenglumé, encore pas dessaoulé, tout occupé à prouver qu'il n'a pas assassiné de jeune charbonnière. De bons bourgeois de province, des quiproquos, des portes qui claquent, des domestiques flegmatiques, une action qui n'en finit pas de s'emballer, l'affaire de la rue de Lourcine réunit tous les ingrédients du parfait vaudeville version Labiche.
Jérôme Deschamps et Macha Makeïff ont depuis longtemps fait leur foin des faiblesses du quidam de base. Leur style ne pouvait donc que coller parfaitement à la médiocrité ordinaire des personnages de Labiche. Effectivement, considérées indépendamment, les scènes de la pièce qu'ils présentent actuellement à l'Odéon sont techniquement très réussies, chacune prétexte à un tour de force des comédiens qui poussent jusqu'à l'extrême chaque geste, chaque intonation, au besoin en les répétant à l'envi. Mais tous ces numéros ralentissent le rythme global et empêche la folle mayonnaise du vaudeville de prendre. Et finalement, on ne rit guère. Un comble pour un Labiche.
L'affaire de la rue de Lourcine, de Eugène Labiche mise en scène Jérôme Deschamps et Macha Makeiff Du 22 février au 31 mars 2007 au théâtre de l'Odéon (www) (photos Pascal Victor / Odéon - théâtre de l'Europe)

Bon, je sais, le titre du billet est trompeur : il ne s'agit pas à proprement parler de music hall, mais d'un spectacle, Musichall 56, ainsi nommé parce qu'il s'agit d'une famille d'entertainers, c'est d'ailleurs le titre original, terme intraduisible en français, une famille dont un des deux fils est en Égypte, appellé à servir sous les drapeaux lors de l'intervention franco-britannique à Suez en 1956.
La pièce est de John Osborne, elle se passe dans un lieu clos, avec quelques intermèdes où le père (le principal "entertainer"), son fils puis, finalement, toute la famille montrent leurs numéros de music hall. Français Chattot, en artiste miteux et Don Juan vieillissant est comme d'habitude extraordinaire dans son mélange de nonchalance et d'intensité, Martine Schambacher, qui campe une mère à l'affectivité débordante et maladroite, le vieux père (Roland Stassi) et les enfants (Dan Artus et Sophie-Aude Picon) forment une famille dont chacun des membres portent des aspirations contradictoires. Le décor, entre onirisme et réalisme, évoque à la fois l'Angleterre middle class et le clinquant d'une loge d'un théâtre de music hall, précisément. La construction classique de la pièce, le réalisme de l'action et des dialogues sont contrebalancés par l'intrusion brutale de numéros assez pauvres au demeurant (il s'agit d'artistes en pleine déconfiture, rappelons-le). A noter, l'usage de projections filmiques qui ouvrent la scène sur l'ailleurs ; en l'occurrence, sur la confrontation armée entre Nasser et les deux puissances coloniales, France et Angleterre. Elles aussi en déréliction. Music hall 56 de John Osborne, mis en scène, Irène Bonnaud, avec Dan Artus, François Chattot, Sophie-Aude Picon, Roland Sassi et Martine Schambacher. Jusqu'au 31 mars au CDN de Montreuil (www).

Après Avignon hier, c'est au théâtre parisien de la Colline que Vincent Baudriller et Hortense Archambault ont présenté le programme du 61e festival d'Avignon, ce matin même. Dernière édition de leur premier mandat de quatre ans, qui a été renouvelé voilà quelques mois. Et un cru 2007 qui s'annonce prometteur. Etonnamment, Frédéric Fisbach, artiste associé (après Thomas Ostermeier, Jan Fabre et Josef Nadj) ne présentera que deux pièces. Il reprendra Les Paravents de Genet, montés en 2003 et portera à la scène les Feuillets d'Hypnos de René Char, poète dont on célèbre le centième anniversaire de la naissance et qui fut notamment à l'origine du festival. Ce, dans une Cour d'honneur que Fisbach habitera également avec ses interprètes et où il proposera des rencontres publiques et des ateliers de pratique théâtrale. Une première. Sur la trentaine de spectacles annoncés, 20 sont des créations. Toujours dans la Cour, on retiendra l'inaugural Acte Inconnu de Novarina et le Roi Lear revisité par Jean-François Sivadier avec le grand Nicolas Bouchaud dans le rôle titre. Parmi les coutumiers du rendez-vous, Krysztof Warlikowski, Rodrigo Garcia, Romeo Castellucci, qui reprend Hey Girl et Jean-Pierre Vincent pour Le silence des communistes. Le théâtre du Soleil déploiera ses magnifiques Ephémères, à Chateaublanc après la Cartoucherie. Egalement invités, Robert Cantarella, Frank Castorf, qui met en scène Nord de Céline et Ludovic Lagarde. On y reviendra...
Festival In d'Avignon du 6 au 27 juillet.

Pierre Rigal est un artiste singulier : ancien sportif de haut niveau, venu sur le tard à la danse, intéressé par l’image, et complice d’Aurélien Bory. C’est ce dernier qui a conçu et mis en scène son spectacle Erection, donné dernièrement pour deux soirées exceptionnelles au théâtre des Abbesses, ainsi que le quatuor, Arrêts de jeu, à l’affiche au Théâtre de la Cité internationale, du 5 au 10 mars prochains. Aurélien Bory, toujours lui, est également le concepteur de Plus ou moins l’infini, présenté au Théâtre de la ville du 19 au 26 avril. Belle actualité pour cet artiste, inclassable à dessein. Dans Erection, les qualités athlétiques de Pierre Rigal sont parfaitement mises au service de la recherche scénique et esthétique qu’il partage avec Aurélien Bory. Jeux de lumières, illusions d’optique affrontent la matérialité du corps du danseur qui s’en amuse, s’y heurte, s’y glisse, s’y coule, avant d’y disparaître. Au final, face détournée, seule reste visible la projection du corps filmé, sur le dos de l’interprète. On est là dans la performance, certes, physique et visuelle ; dans l’expérimentation aussi, qui n’est pas sans rappeler celle des avant-gardes d’il y a un siècle déjà lorsque les principes photographiques, notamment, étaient traficotés par les plasticiens et les chorégraphes. Rien de vraiment révolutionnaire, donc, mais du travail bien fait, plaisant et sacrément bien assumé ! Erection de Pierre Rigal et Aurélien Bory, c'était aux Abbesses du 2 au 22 février. A suivre : Arrêts de jeu, de Pierre Rigal et Aurélien Bory à la Cité internationale, du 5 au 10 mars 2007 Plus ou moins l’infini, conçu par Aurélien Bory, au Théâtre de la ville du 19 au 26 avril 2007 Illustrations : ci-dessus, Erection, ci-dessous, Arrêts de jeu. DR.

Samedi 24 février, 23h30, grande salle de la MC93 à Bobigny. Ultimes minutes du Standard Idéal 2007. Sur scène deux hommes luttent au corps à corps. Le sol est glissant, les peaux sont nues, rouges et visqueuses. Un troisième homme, nu également, égrène délicatement un doux air de guitare. Le combat est ardu, acharné, et pourtant aérien, tranquille. L'un des deux corps s'arrête de bouger. L'autre glisse en tentant de le relever. Macbeth est mort. La guitare se tait. En silence, les comédiens viennent saluer. Le public est abasourdi. Il commence à applaudir, puis frappe de plus en plus fort dans ses mains, puis se lève et continue d'applaudir, et continue, continue. Ovation longue et émue aux comédiens allemands de la Düsseldorfer Schauspielhaus qui, sous la direction de Jürgen Gosch, viennent d'offrir un Macbeth aussi osé qu'intelligent et drôle. Osé car tous les rôles sont tenus par des hommes dont l'accoutrement par défaut est la nudité. Seuls quelques éléments de costumes - une couronne, un pantalon ou une jupe, une perruque, un bonnet... - marquent les différents personnages que les sept comédiens interprètent tour à tour. Osé car dépourvu de tout jeu de lumière : l'éclairage est blanc et cru et la salle reste allumée pendant toute la durée du spectacle. De même, peu d'éléments de décor, et pas des plus attendus : des tables de bureau, des chaises en plastique rouge. Tout comme un enfant s'invente un monde avec un carton, les comédiens se serviront de ces seuls éléments pour créer l'univers désolé de Macbeth. Un minimum d'accessoires : quelques récipients d'eau, quelques canettes de bière, et surtout, quelques couteaux accompagnés d'un nombre suffisant de bouteilles de faux sang... C'est que la tragédie de Macbeth regorge de meurtres en tous genres. Avant de venir jouer le personnage qui relate de la tuerie dont il vient d'être le témoin, le comédien se déverse sur la tête une bonne dose de liquide rouge. Simplicité élémentaire qui, en faisant couler le sang et en laissant les comédiens s'y vautrer, plonge au coeur du texte.
La presse a beaucoup parlé des corps nus, du sang et aussi du caca, celui des sorcières. Bien sûr ces images occasionnent quelques sorties de spectateurs - à moins que ce ne soit la difficulté de suivre Shakespeare en allemand. C'est qu'elles vont très loin dans l'expression de leur diarrhée, les trois sorcières dans leurs latrines. Elles goûtent avec délectation à leurs déjections, elles se promènent les fesses barbouillées... mais qu'est-ce qu'on rigole ! Car nous assistons à des scènes de pure farce comme on n'a plus guère l'occasion d'en voir. En effet, la mise en scène laisse la dimension tragique s'exprimer d'elle-même et revêt une forme très minimale, très en retrait, et qui fait la part belle à la comédie inhérente aux situations. On rit aux éclats, on est épaté de la virtuosité des comédiens, on est frappé par la force des images. On adore !
Macbeth de William Shakespeare, mise en scène Jürgen Gosch, Düsseldorfer Schauspielhaus (photos © Sonja Rothweiler) Présenté à la MC93 les 24 et 25 février seulement, dans le cadre du Standard Idéal (www). Désigné meilleur travail de mise en scène de l'année aux Theatertreffen de Berlin 2006

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