Archives > Mai 2007Maria Tanase à Avignon Les Roumains, qui ont adulé cette chanteuse à la voix si prenante, s’étrangleront sans doute à la lecture de ce titre. L’artiste, hélas, s'en est allée il y a plus de quarante ans mais il n’est pas mensonger de souligner l’émotion que suscite encore, ne fut-ce que le nom de cette diva populaire. « J’ai les poils des bras qui se dressent rien qu’à y penser », me confiait un ami roumain exilé.C’est dire si s’attaquer à ce répertoire trop peu connu hélas en France, n’est pas une mince affaire, surtout si l’on n’est pas issu de l’autre côté des Carpathes … C’est pourtant le défi que s’est donné Nathalie Joly, déjà remarquée dans d’autres spectacles de chant en solo. Et pari tenu, serait-on tenté d’écrire. Après une tournée au Maroc, dans le cadre de Francofffonies !, elle reviendra tout juste de Roumanie lorsqu’elle passera, le 29 mai à Orly, puis à Avignon, du 18 au 28 juillet à la Mirande, avec Paris-Bukarest. Emotion garantie ! Voix d’Orient à la Cité de la musique La troisième biennale d'art vocal se déroule du 22 mai au 3 juin, à la Cité de la Musique. Le week-end central y est consacré aux femmes d'Orient et Dieu sait que ce n'est pas un statut facile à porter en ces temps de misère intellectuelle. Quand en plus, ces femmes se permettent de chanter, soit elles sont proscrites, menacées, au mieux méprisées, soit elles atteignent au statut de « divas », égales donc protégées des dieux. L'enjeu de réunir ces femmes chanteuses orientales n'est donc pas seulement culturel au sens artistique, mais également au sens politique. Elles viennent d'Ouzbékistan, d'Algérie, du Maroc, d'Iran, du Pakistan, de Taiwan, et portent en elles des traditions millénaires, à la fois mystiques et populaires. Paris a la chance extrême de pouvoir les accueillir, toutes ensemble, ce week-end des 26 et 27 mai, d'abord et avant tout en tant qu'artistes.Tous les renseignements sur le site de la Cité de la Musique. Côté mag, lire la présentation des spectacles d'ailleurs à la Cité de la musique. MAJ : lire le compte-rendu du cycle Femmes d'Orient. Au revoir parapluie On aimerait tant être sorti de la salle à la fin de la première partie, au bout de 45 minutes de spectacle exactement … Ce serait tellement merveilleux de rester sur cette impression de génie absolu, incarné sous nos yeux, sur scène, alliant l’inventivité la plus débridée et la maîtrise parfaite des enchaînements … Mais il y a la deuxième partie, les images non pas de trop (ce serait criminel de qualifier ainsi ces perles) mais comme jetées d’un geste incontrôlé sur la page du plateau. Comme on aimerait que James Thierrée n’ait pas souhaité « tout donner », comme à son habitude, en un seul spectacle mais qu’il ait gardé en réserve quelques-unes de ses idées prodigieuses pour les développer dans une prochaine production.On avait un peu le même sentiment dans le spectacle du Cirque Invisible, au Rond-Point. Un rythme de music-hall endiablé, peu habituel sur les scènes françaises, y entraînait les parents de James au surplus d’images qui, toutes plus drôles ou inventives les unes que les autres, finissaient par déboussoler le public, rassasié avant que le rideau finisse par tomber. Dommage … On a tant d’admiration pour le talent multi-facette de cet artiste incroyable, petit fils de …, qui s’est donné les moyens d’une formation éclectique mais solide. Et ces idées qu’il a dans la tête, de fuite, de perte, de voyages aboutissant inévitablement au cœur du chapiteau protecteur, lui sont tellement personnelles mais tellement proches de nous. Mais ce serait tellement bien si la chanteuse était aussi bonne dans le lyrique que dans l’ethnique, et si le mime sur la musique était exploité de façon moins systématique … Reste l’interprétation irréprochable d’une sorte de lutin danseur japonais et d’un clown suédois aguerri qui apportent un écho et un contre-poids essentiels à l’interprétation de James Thierrée qui a remporté cette année le Molière du théâtre en région. Au revoir parapluie - A l’affiche du Théâtre de la Ville jusqu’au 30 mai (www). Molière, le théâtre et la télévision
Les Molières, 21ème cérémonie La Tempête - Shakespeare version cérébrale![]() Un jeune homme blond à grande collerette et à la mine mélancolique est traîné hardiment sur le sable par une silhouette blanche et alerte: au détour des couloirs de métro, l'affiche du spectacle accroche le regard. D'autres très belles photos du spectacle laissent présager du meilleur. En effet, ces personnages qui portent de larges fraises, en réalité des marionnettes, sont très photogéniques. Les visages semblent tellement humains que leur expression grave et figée fascine, tout comme la disproportion de leurs corps. La Tempête de William Shakespeare, mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset Diverses facettes de l'Inde au Théâtre de la Ville Décidément, l'Inde est à l'honneur, en cette fin de saison, dans la capitale française, après un hommage remarqué au dernier Salon du Livre. C'est pourtant avec un artiste iranien, Kayhan Kalhor, que le programme de mai débute, les 12 et 14. Ce joueur de kamantche invite, le samedi, le Turc Erdal Erzincan, au baglama, pour un duo de cordes contrasté. Le lundi, c'est le chanteur iranien Hamid Reza Nourbakhsh qui l'acompagne.Et puis, c'est la plongée dans l'Inde, sous ses facettes les plus inattendues. Duo de mandoline et de guitare, le 26 mai, avec U. Shrinivas et Debashish Bhattacharya ! Non, ce ne sont pas des instruments " locaux " mais les couleurs sonores ont su charmer les deux interprètes depuis fort longtemps. Le 14 juin, les cousins Daga (Wasifuddin au chant dhrupad et Bahauddin au rudra vina, instrument de la famille du sitar) finissent en beauté l'année des musiques du monde dans le théâtre parisien. Dans la foulée, du 12 au 16 juin, Maria-Kiran et Shantala Shivalingappa, du 19 au 23, clôturent la programmation de danse. La première présenta l'an dernier un Bharata/Bach remarqué, basé sur le rapprochement entre le rituel des temples indiens et la messe. Elle revient avec La Face cachée où elle revisite le bharata natyam pour relater les transports amoureux des divinités indiennes. Enfin, c'est au kichipudi, une danse apparue au XVè siècle, que la seconde se consacre, quand elle ne danse pas chez Pina Bausch. Gaieté et pirouettes garanties ! Au Théâtre de la Ville à Paris (www).Sur le mag : présentation de la programmation "spectacles d'ailleurs" au Théâtre de la Ville. Base 11/19 : à quoi l'art sert-il ? Guy Alloucherie est fils de mineur ; il en sera marqué toute sa vie. Il n'aurait pas pu, lui, descendre à la mine : elles ont toutes fermé, dans le Nord, par décision économique, laissant sur le carreau des milliers de familles aujourd'hui désoeuvrées. Destiné à des études scientifiques, Guy Alloucherie rencontre le théâtre au hasard d'un stage, mais pas n'importe quel théâtre : un théâtre physique où le texte n'est que l'un des supports d'expression. Son premier spectacle, monté avec Eric Lacascade, est une pièce de Topor : " Chez Panic ". Tout Alloucherie s'y trouve déjà : les détresses que l'on noie dans l'alcool, la violence, la chorégraphie déjà très présente.Depuis Alloucherie et Lacascade se sont séparés, le cirque a croisé la route du premier et la compagnie HVDZ est née, installée alors qu'il avait tout fait pour partir de là, dans le bassin minier du Nord, sur la base 11/19 précisément. Au fil des spectacles, Alloucherie se raconte, et les ouvriers déchus par la même occasion. Il questionne l'art aussi, et la culture, et la place que les deux peuvent bien avoir à tenir dans une zone sinistrée où les vies ne le sont pas moins (et il y a énormément des deux en France et dans le monde). Ces derniers temps, la compagnie HVDZ s'est lancée dans des Veillées, partant à la rencontre des habitants d'un quartier, pendant quelques jours, leur parlant d'eux, de leur histoire, et d'art. Base 11/19 est ainsi le concentré de plusieurs rencontres, humaines et artistiques ; la collision d'éléments circassiens, textuels, vidéos, témoignages qui tous font choc. Au fil de ses litanies, Alloucherie se met à nu ; les autres textes abordent des questions plus sociales, voire politiques, et convoquent l'univers des performers. Les corps s'ébrouent dans la terre, s'emprisonnent dans du film plastique, s'enterrent littéralement ou s'envolent , touchés par la grâce de l'art ; car tout le dilemme est bien là : que fait-on de sa vie dans une situation critique ? En quoi l'art peut-il aider à s'en sortir ? A quoi peut-il bien servir ? C'est par des images physiques et visuelles fortes, auxquelles les textes font écho, que la compagnie HVDZ tente d'y répondre. Un spectacle sincère, engagé et sans concession. Base 11/19 par la compagnie HVDZ, mise en scène de Guy Alloucherie, à voir en mai à Martigues, Strasbourg puis à Aubusson, à Saint-Nazaire et à Martigues L'Inde (encore) et la Mongolie à Guimet Fin de saison chargée pour l'auditorium du Musée Guimet. Tandis que le cycle de films et de conférences sur la Mongolie se poursuit jusqu'au 20 juin, quelques soirées consacrées à la danse et à la musique indienne rassemblent des plateaux de choix.Surbahar (sitar basse) et tabla (percussions) le 11 mai, avec Kusha Das et Biplab Bhattacharya : tout un monde de nuances, enregistré chez Ocora Radio France sous le titre Raga Marwa. Santour et tabla le 12, avec Sandip Chatterjee et Apurba Mukherjee. Un instrument étonnant, le santour : il remonterait aux Assyriens ou aux Babyloniens, et serait arrivé de Perse en Inde au XVè siècle ... Le 25 mai, c'est le Pakistanais Sharafat Ali Khan qui, accompagné de ses musiciens (au tabla, à l'harmonium et au tanpura, l'instrument qui pose la base harmonique), égrènera des chants indo-pakistanais. Dans sa famille, la tradition musicale remonte au XVIè siècle et à la cour moghole de Fateh Pur Sikri. Danse enfin, avec le récital de Mohini attam (danse féminine du Kerala) de Brigitte Chataigner, les 8 et 9 juin. Le 7, le film La danse de l'enchanteresse donnera quelques clés de cette forme d'art, peu connue en Occident, qui rappelle, paraît-il, que Vishnu prit à plusieurs reprises la forme de Mohini l'enchanteresse ... Et le cycle " Mongolie " se termine le 22 juin avec les chants et les danses du groupe Khan Bodg, incomparables au chant diphonique et dans aux divers instruments pratiqués sous les yourtes. Pour couronner le tout, en fin de concert, les musiciens se masquent et interprètent des danses Tsam, afin de chasser les mauvais esprits ... Une façon originale de s'assurer des vacances réussies ! Côté mag, lisez la présentation de la programmation de l'Auditorium du Musée Guimet. Ronconi / Goldoni à l'Odéon (L'Eventail) L'Odéon, Théâtre de l'Europe, se doit d'après son titre, de présenter au public parisien des productions internationales majeures. Ronconi, aujourd'hui directeur du Piccolo Teatro de Milan, est l'un des phares de la scène artistique italienne du XXè siècle. C'est au plus français des auteurs italiens qu'il s'attache, dans cette nouvelle production de L'Eventail, créée en janvier dernier à Milan. L'occasion était trop belle : on fête cette année le tricentenaire de la naissance de Goldoni. Mais cette pièce, composée à Paris puis envoyée à Venise pour y être jouée (en milanais ...) est, d'après le metteur en scène, atypique pour le dramaturge. Davantage comédie d'intrigues, moins basée sur le typisme des personnages (même s'ils sont sérieusement dessinés), L'Eventail dévoile une palette inconnue de son écriture qui, selon Ronconi, est digne des plus grands. On aurait tort, en effet, de ne voir en celui qui rénova la comédie, qu'un adversaire acharné du masque et de la commedia. Il peut y avoir énormément de finesse dans son observation des hommes et le prétexte d'un éventail malencontreusement brisé peut s'avérer terriblement contemporain. C'est en tout cas le pari de Ronconi, grand maître du théâtre transalpin qu'il fait bon revoir sur une scène parisienne. (du 10 au 20 mai, infos sur le www de l'Odéon)Vampyr - la BIAM clôture en beautéPosté par Catherine le 04.05.07 à 09:49 | tags : théâtre de la marionnette
![]() Plus que cette fin de semaine pour profiter du programme on ne peut plus éclectique concocté par le Théâtre de la Marionnette pour la quatrième BIAM (biennale internationale des arts de la marionnette) où marionnettes à gaine, muppets anglo-saxonnes, théâtres d'ombres, d'objets, d'images, se marient avec bonheur aux arts du cirque, au théâtre de rue, à la musique expérimentale, aux arts plastiques, à la danse... Bouquet final samedi et dimanche soir avec Vampyr, conte joliment cauchemardesque du néerlandais Neville Tranter. Pour oublier les vraies raisons d'avoir peur dimanche soir ? Toutes les infos sur le site de biennale (www) |
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