Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

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Castellucci et Dreville artistes associés en 2008

Posté par Nedjma le 26.07.07 à 15:20 | tags : festival d'avignon

Le soixante et unième festival d'Avignon s'achève demain pour le In, samedi pour le Off. Le tandem de directeurs se félicite d'une fréquentation record : 100 000 entrées sur une jauge totale de 107 000, soit 93% de remplissage des salles, du jamais vu. Côté Off, quelque 700 000 entrées ont été enregistrées. Les manifestations gratuites ont aussi fait le plein : 40 000 personnes pour les expos et rencontres diverses et variées. Sur le plan artistique, voilà qui pourrait ravir les gardiens du temple, l'édition 2007 a vu le dialogue des générations d'anciens, d'Ariane Mnouchkine à Jean-Pierre Vincent et de la nouvelle garde. Si les propositions étaient inégales en matière de texte et de mise en scène, cette édition a consacré les acteurs, et quels acteurs : de Laurent Poitrenaux en Richard III à Nicolas Bouchaud en Lear, en passant par la troupe de Valère Novarina ou celle de Kryzstof Warlikovski dont l'adaptation d'Angels in America (illus.) a constitué la déflagration de ce festival. Pas grand-chose à dire de Frédéric Fisbach qui a brillé par sa réserve (contrairement à Thomas Ostermeier ou au controversé Jan Fabre dont l'empreinte avait fortement marqué les années 2004 et 2005). Vincent Baudriller et Hortense Archambault ont bouclé là le dernier festival de leur premier mandat et repartent pour quatre ans avec une formule sensiblement modifiée mais qui conservera le principe de l'artiste associé. Pour 2008, ce n'est pas un, mais deux créateurs qui épauleront la direction artistique : l'interprète Valérie Dreville et le metteur en scène Romeo Castellucci. On peut tout en attendre...




Sans noms ou sans raisons : le cirque

Posté par Floriane le 25.07.07 à 12:36 | tags : chalon dans la rue, cirque
On les a connus plus nombreux, une vraie petite tribu qui, après des formations diverses en arts de la piste, avait fait l’effort d’acquérir un chapiteau, des camions, et de vivre la « vraie vie » des nomades. On les retrouve allégés d’une bonne partie de la distribution, égayée en quête d’autres aventures circassiennes. N’est resté que le noyau : un acrobate, un clown et un musicien. A eux trois, ils tentent de faire tenir une heure de spectacle, multipliant les apparitions, les techniques, les gags. L’écriture s’essouffle un peu, vers la fin ; on aimerait juste que la magie des premières apparitions se prolonge, que certaines trouvailles se développent. Mais on aime, malgré tout, l’atmosphère si particulière qui se dégage de l’ensemble, ce chapiteau-bar-brocante qu’ils ont aménagé comme ils vivent : avec simplicité et honnêteté. On aime la juste place laissée aux trois interprètes principaux, leurs rôles dans la petite musique qui s’égrène. Mention spéciale, et sans conteste, à cette incroyable figure de clown impassible née de la personnalité d’Amandine. C’est cela, le Cirque sans noms : un morceau de vie, en forme de spectacle.






Fade Hippolyte

Posté par Nedjma le 24.07.07 à 12:24 | tags : festival d'avignon
Robert Cantarella sera le co-directeur du 104 parisien, aux côtés de Frédéric Fisbach, artiste associé du festival 2007. Ici le metteur en scène délaisse les auteurs contemporains pour aller chercher un texte du 16e siècle signé Robert Garnier. Hippolyte est écrit un siècle avant la Phèdre de Racine. La langue est lyrique, ancienne mais les sonorités actuelles. Dans le gymnase du lycée Mistral, une jauge réduite et un espace contemporain. Blanc éclatant sur le sol, sur les murs. Meubles à mi-chemin entre design et Ikea. On s'asseoit aux côtés des acteurs, sans le savoir. Leur diction est claire, mais ils annonent les vers d'un ton souvent monocorde. Hippolyte est flanqué d'un chien sur un tapis. Phèdre, accent hollandais à couper au couteau, allure ado, est en robe à franges et sandalettes. La suivante de Phèdre fait des tartes aux pommes, assise à une table. La tarte cuira pendant toute la durée de la représentation dégageant une odeur savoureuse, mêlée de pommes et de cannelle, et la seule saveur qui nous touche dans ce spectacle bien fade. On ne croit pas à l'amour, aux doutes et au désespoir qui assaillent les héros. Seul Fisbach, qu'on découvre ici en acteur habite son personnage, celui du messager.

Hippolyte, mis en scène par Robert Cantarella. Festival In d'Avignon jusqu'au 26 juillet, gymnase du lycée Mistral. Photo : © Christophe Raynaud de Lage.




Lear / Sivadier : La machine théâtre s'active à vue

Posté par Gflu le 24.07.07 à 12:00 | tags : festival d'avignon

"On est là dans la tradition d'un théâtre de tréteaux sans esbrouffe qui existe surtout par l'incroyable investissement de ses acteurs - Sivadier se donne le rôle discret du roi de France. Des acteurs virevoltants, généreux dans une perpétuelle adresse au public"
Lire la chronique du Roi Lear mis en scène par Jean-François Sivadier.



Attention! Ububerlus...

Posté par Nedjma le 23.07.07 à 21:21 | tags : festival d'avignon

Quand le rideau se baisse sur Ubu roi, la scène n'est qu'un gigantesque champ de bataille, amas de papier froissé, déchiré, en boule. Grand carré blanc sur le plateau. En hauteur, un écran blanc, tout en longueur, où une écriture nerveuse commente le récit. Les comédiens, en justaucorps beige étirable à l'envi donnent de la note sur des cuivres agités. Ils sont six (Marie-Charlotte Biais, Paul Camus, Alexandra Castellon, Sophie Mangin, Jean-Erns Marie-Louise et Roland Pichaud). Six "ububerlus", comme les rebaptise le metteur en scène. Tous à tour de rôle, démolisseurs rageurs, révoltés inlassables, campent les affreux Ubu, mais aussi leurs courtisans, deux armées et des fantômes. Le papier, vaste rouleau qu'ils activent à vue en fond de scène, est tour à tour chair qui vient renflouer leurs corps minces, armes féroces, cape ou colerette. Il y a là une inventivité folle, une révolte débridée, une absurdité caustique dans la forme qui rejoint celle du texte même. C'est foisonnant et férocement drôle, réglé au millimètre et mis en scène au cordeau derrière le foutoir apparent.

Ubu Roi d'Alfred Jarry mis en scène par Alain Timar. Festival Off d'Avignon au Théâtre des Halles (17h30).
Photo : © Manuel Pascual.




La cartoon attitude d'Housch-ma-Housch

Posté par Nedjma le 23.07.07 à 11:00 | tags : cirque, festival d'avignon

Short de laine à carreaux, foulard et chaussettes rouges, chaussures bicolores et cheveux hirsutes, forcément hirsutes, de part et d'autre d'une sacrée trogne. En voyant arriver ce drôle de clown-mime, on l'imagine grand frère ou cousin lointain de Julien Cottereau, qui présentait son spectacle dans ce même théâtre l'an dernier et recevait, voilà quelques mois, le Molière de la révélation théâtrale. Mais il y a là moins de poésie, moins de part belle faite à l'imaginaire. Housch-ma-Housch (alias Semen Shuster) est un clown russe. Espiègle, il s'essaie à la magie, claquette, fait participer le public à grand renfort de rouleaux de scotch, fausses guitares et mains baladeuses. Il casse tout ce qu'il touche, d'où les « kaput » qu'il lance à répétition. Il joue la carte du cartoon efficace, petits et grands se gondolent. Sympathique, pourtant rien de neuf sous le soleil du cirque.

Kaput par Housch-ma-Housch à la Luna, Festival Off d'Avignon jusqu'au 28 juillet.




Le monde à l'envers des Epis noirs

Posté par Nedjma le 22.07.07 à 10:03 | tags : festival d'avignon

Faut-il encore présenter les Epis noirs ? Drôles de zigs, réunis autour de Pierre Lericq, auteur, compositeur, acteur et metteur en scène, beau brun à la voix grave et Manon Andersen, actrice chanteuse aux formes généreuses et aux petits cris hilarants, reconnaissables entre mille. Après L'Opéra des Champs et Bienvenue au Paradis, qui ont fait les belles heures du festival -et pas seulement-, voilà donc le dernier-né de leur imagination. Le monde à l'envers, opus joyeusement dingue et débridé, comme toujours. Il s'agit de raconter l'Odyssée d'Homère, rien de moins, à la sauce Epis noirs, évidemment. Par un subtil jeu de théâtre dans le théâtre on assiste à la pièce côté scène, et côté coulisses. Histoires d'amour contrariées, combat de prétendants et course en solitaire déroulent leur fil sous l'œil d'un Dieu dépressif. Dans ce récit tordu à souhait, nos Ulysse, Pénélope, Pierre et Manon, passent du coq à l'âne mais finissent toujours par retomber sur leurs pattes en se fendant la poire.

Le monde à l'envers par les Epis Noirs, Festival Off d'Avignon, au Paris (10h30).




60 ans en images

Posté par Nedjma le 21.07.07 à 11:09 | tags : festival d'avignon

Le soixantième anniversaire du festival d'Avignon a donné lieu à une série de publications, exposés historiques ou témoignages. Il est aussi l'occasion de plusieurs expositions, qui invitent à se retourner sur les grandes heures de l'événement en se baladant dans la ville (lire sur Flu l'histoire du Festival d'Avignon et l'entretien avec Agnès Varda). A la maison Jean Vilar, haut lieu de mémoire, 60 portraits. Ceux qui ont fait l'Avignon d'hier (de Char à Yvonne Zervos), ceux qui font l'Avignon d'aujourd'hui (petits et grands héros, chauffeurs de taxis et régisseurs...). A quelques rues de là, Agnès Varda nous convie à un riche parcours au cœur de l'équipe Vilar, qui « savait la gloire de la scène et la modestie des coulisses ». Dans une chapelle Saint-Charles restaurée, des grands formats et des détails, photos prises entre 1949 et 1955. Vilar et sa bicyclette, Vilar et sa clarinette, Vilar dans sa ville de Sète et surtout à Avignon. Attentif à ses acteurs, flanqué de ses célèbres chapeau et salopette, au travail, ou sur scène, en costume. L'ambiance semble studieuse et complice à la fois. On est au théâtre et dans la vie. Autour du maître, Jeanne Moreau, Philippe Noiret, Michel Bouquet et Gérard Philipe. Pour la photographe, « Jean Vilar était le roi, Gérard Philipe le prince ». Au fond de la grande salle de la chapelle, dans son costume blanc de prince de Hombourg, sous un astre d'or, le prince irradie. C'est très beau.

60 ans, 60 portraits, Maison Jean Vilar.

Je me souviens de Vilar en Avignon, chapelle Saint-Charles. Photo : Vilar dans sa loge, photos d'Agnès Varda. Lire aussi l'entretien avec Agnès Varda.




Cher Vincent Reitz

Posté par Nedjma le 20.07.07 à 18:32 | tags : festival d'avignon

Parmi les nouveaux lieux mis en place par le festival cette année, le foyer des spectateurs et des artistes. Installé dans l'école d'art de la ville, un cocon tranquille où il fait bon se poser pour fuir la frénésie des rues chaudes et débordantes de musiques, de cris et de tracts. Dans le jardin, des transats multicolores et des tables basses. Une cour accueille les rencontres quotidiennes entre artistes et public. A l'intérieur, musique jazz, bar, revue de presse et plusieurs expositions consacrées à Novarina, Castorf et Dieudonné Niangouna (très beaux portraits de l'artiste dans les rues de Brazzaville). Mais aussi, et surtout, les mots des spectateurs. Les CEMEA animent des ateliers d'écritures de critiques de spectacles et leurs résultats se découvrent sur les murs. Amin, Marianne et les autres y disent tout le bien ou le mal qu'ils ont pensé des œuvres de Rodrigo Garcia, Frédéric Fisbach, entre autres artistes invités de l'édition 2007. Parmi eux, une lettre à Valère Novarina signée Vincent Reitz et titrée le plus simplement du monde : « Cher Valère Novarina ». Trois lignes et une multitude de post-scriptums pour évoquer L'acte inconnu, Dieu, la langue française et la voiture de tonton! C'est drôle et intelligent, loufoque et inattendu. Cher Vincent Reitz, merci...

PS : où avez-vous trouvé tout ça ?

Foyer du public, Ecole d'art, 15 bd Raspail, tlj 11h-18h.




Richard III, entre farce et film de genre

Posté par Nedjma le 20.07.07 à 15:13 | tags : festival d'avignon

Richard III, oui, pas celui de Shakespeare, mais de Peter Verhelst. En 2005, Ludovic Lagarde -compagnon au long cours de l'auteur Olivier Cadiot - découvre le texte de l'auteur belge. Libre variation à partir du héros historique, cette pièce contemporaine basée sur le schéma de celle de Shakespeare est la première de Verhelst traduite et jouée en France. Le texte explore en profondeur les états d'âme des femmes : la duchesse, Margaret ou la mère de Richard rongée par la culpabilité et comparant le cordon ombilical à un serpent. Le cloître des Carmes est un écrin et des arcades au tissu rouge sang s'affichent devant celles d'origine. La partition est rock n'roll et il y a là une grande beauté formelle, de rouge et de noir mêlée, aux éclairages léchés, aux costumes chatoyants. La mise en scène très cinématographique de Lagarde rappelle les films de genre américains. La tragédie vire à la farce. Chez ce Richard-là, pas de bosse ou de jambe traînante, la difformité est toute intérieure. Il se balade sapé comme un crooner de supermarché, costume satin turquoise, chaussures blanches, cheveux gominés. « Le but est : beauté, justice, pureté, perfectionnement », clame-t-il. L'excellent Laurent Poitrenaux est un dandy kitsch, électrique et assoiffé de pouvoir, habité. Mais ça ne suffit pas à combler la vacuité d'un texte qui s'étire sans fin.

Richard III par la compagnie Ludovic Lagarde, Festival In d'Avignon, Cloître des Carmes, 22 heures jusqu'au 26 juillet.




J'ai mis une jupe - solo de clown au féminin

Posté par Catherine le 19.07.07 à 14:06 | tags : cirque, festival d'avignon

j'ai mis une jupeClaudia Nottale a un message à faire passer. Un beau texte sur les profondeurs de l'âme. Le problème, c'est qu'en plus de son béret et de sa jupe elle porte... un nez rouge. Affublée d'un tel appendice, impossible pour elle de ne pas entendre résonner dans sa bouche l'écho étrange de chaque syllabe prononcée, impossible de ne pas ressentir l'arrogance de la chaise sur laquelle elle est assise, impossible de ne pas voir que le public lorgne sur sa jupe trop courte.
Dommage que Claudia Nottale se perde parfois en mots, car quand elle laisse son corps parler, sa clown-conférencière sait nous transporter de joie et même nous amener vers de grands moments de poésie. Joli.

J'ai mis une jupe, Compagnie Claudia N.
Festival Avignon Off
Au Grenier à Sel

A noter: après Avignon, Claudia Nottale sera à Châlon dans la rue où elle présentera une nouvelle création, Mariage(s), du 19 au 22 juillet à 16 heures dans la cour de l'école maternelle Louis Lechère




Les potes potaches de Superamas

Posté par Nedjma le 19.07.07 à 13:58 | tags : danse, festival d'avignon, théâtre
Une bande de potes à l'humour potache. Les garçons, torse nu, jouent de la guitare en buvant de la bière, les filles, dents blanches et corps de rêve se la racontent en salle de gym et rêvent de Mitch, Carlos, Bruce tout en dissertant sur les mérites du body-danza pour l'entretien des fessiers ! Bienvenue chez Superamas. Collectif de créateurs franco-autrichien estampillé danse-théâtre. Ils ont créé une série intitulée Big dont ils présentent le troisième épisode, sous-titré Happy end à Avignon. Ça commence comme une fête du patronage et se poursuit, entre extraits de films empruntés au répertoire, documentaire plutôt hilarant sur leur prétendue conquête de New-York, et répétition inlassable de dialogues de Sex and the City. Les créateurs affichent leur objectif : « ne pas laisser à Walt Disney le monopole de l'amusement ». Et c'est vrai qu'on s'amuse franchement, par moments. Mais ils assurent aussi qu'il ne s'agit pas de faire seulement des œuvres faciles et séduisantes ou tout simplement belles, mais de rendre compte de la réalité contemporaine, et « allier légèreté et complexité ». Pour être francs, on n'a jamais trouvé la complexité sous la légèreté et on a oublié cette pièce, quelques minutes seulement après le baisser de rideau.

Big 3nd Episode par le collectif Superamas au Festival In d'Avignon, Gymnase Aubanel jusqu'au 21 juillet à 18h.




Du pain plein les poches - romaneste fara efort*

Posté par Catherine le 19.07.07 à 13:14 | tags : festival d'avignon

(*le roumain sans effort)
Il y a des projets qu'on a envie d'encourager. Par exemple ces créations proposées par plusieurs compagnies roumaines, rassemblées sous une même bannière, le projet Thepsis. D'autant que la plupart des pièces sont jouées en français, par des comédiens Roumains qui ont pris la peine de transposer le texte et fait l'effort de le mémoriser en français. La Reine des Neiges, adaptation du conte d'Andersen, par le Théâtre de Marionnette d'Arad, spectacle qui a remporté plusieurs prix en Roumanie, mérite sans aucun doute toutes les attentions. Sa particularité est l'utilisation, plutôt rare, de marionnettes à longs fils. Emploi du temps serré oblige, je ne pourrai malheureusement pas voir cette Reine des Neiges version roumaine. Mais, d'une part, je compte sur vous, chers lecteurs, pour y aller et venir ensuite nous en parler, et d'autre part, l'objectif de ces compagnies venues de Roumanie étant bien de trouver des programmateurs en France, il n'est pas impossible que j'aie d'autres occasions de voir le spectacle du Théâtre de Marionnettes d'Arad.Visniec
En revanche, j'ai pu assister à une représentation du théâtre Mihai Eminescu, venu de Botosani (département situé au Nord Est de la Roumanie). La compagnie présentait Du pain plein les poches, de Matéi Visniec. L'auteur est bien connu en France, où il vit depuis 1987 et où il écrit ses pièces directement en français. Du Visniec prononcé avec un fort accent roumain, cela permet de mieux relier l'oeuvre au pays d'origine de son auteur, cette Roumanie qui abrite un certain humour subtilement mâtiné d'absurde...
Mise en scène minimaliste pour une histoire qui tourne rapidement à la joute verbale : six chaises disposées en cercle figurent le puits dans lequel est tombé un chien. Un cameraman et une journaliste se trouvent là et réfléchissent : comment l'animal s'est-il retrouvé au fond du puits ? Qui l'a poussé ? Veut-il du pain ? Que peuvent-ils faire ? Sous le drame absurde, les questions existentielles. Pas du grand Visniec, mais qu'importe. Les comédiens y mettent tellement d'eux-mêmes qu'on en ressort profondément ému. Vive la Roumanie.

Avignon Festival Off
Théâtre de l'Atelier 44
Du pain plein les poches, de Matéi Visniec, Théâtre Mihai Eminescu - du 6 au 16 juillet
La Reine des Neiges, d'après Andersen, Théâtre de Marionnette d'Arad - du 17 au 28 juillet




La claque Angels in America

Posté par Nedjma le 19.07.07 à 11:35 | tags : festival d'avignon, théâtre

 

Une plongée remuante et foisonnante dans l'Amérique reaganienne hantée par le sida. Le texte de Tony Kushner (en polonais sous-titré), l'incroyable équipe d'acteurs et la mise en scène de Krzysztof Warlikovski au lycée Saint-Joseph valent vraiment le voyage. On sort fourbu, mais heureux d'en avoir été. A voir à Avignon, ou ailleurs, plus tard. Pour lire la chronique dans le mag, c'est ici.

 




Les petites perles du Off : Urgences ! au Ring

Posté par Nedjma le 18.07.07 à 18:11 | tags : festival d'avignon

Comment va le monde ? Bof, serait-on tenté de répondre. Des auteurs contemporains apportent la même réponse, avec un humour cinglant et une langue ciselée. C'était le cas de Mattei Visniec, dans Attention aux vieilles dames rongées par la solitude. C'est le cas de Serge Adam dans Etat des lieux avant le chaos. Il n'y a donc pas vraiment de hasard si Marie Pagès porta à la scène celui-là avant celui-ci. La directrice du Ring, théâtre avignonnais permanent, a rejoint l'opération Un auteur, une ville, initiée par le Groupe des 20 Théâtres en Ile de France. Après une résidence d'écriture, plusieurs metteurs en scène se sont penchés sur le texte de Serge Adam, suite de modules. Sous le titre « Urgences », Marie Pagès a donc rassemblé plusieurs courtes pièces. Toutes ont à voir avec la misère. Misère écologique, misère affective et sociale. Une rock-star fait signer un protocole de consentement sexuel à sa future conquête, une famille de Bidochon hyper-consommateurs déambule dans les allées d'un hypermarché, un homme crée des boîtes à accueillir les rêves, semer les projets et nourrir les utopies. Un quatuor d'acteurs magnifiques (deux garçons, deux filles) se glisse dans la peau de ces héros ordinaires successifs. Chaque mini-pièce est un mini-monde qui prend corps dans un décor changeant et activé à vue par les acteurs. Chaque changement de décor est une cérémonie en soi, chorégraphiée avec soin et force sourires. Il y a urgence(s) ? Alors prenons le temps de vivre, semblent-ils dire. Marie Pagès est une grande petite fille, qui résiste à sa façon. Le nom-même de son théâtre évoque le combat. Une fois encore, elle met le doigt sur les tourments du monde pour mieux s'en amuser. Elle se montre légère face à tant de gravité. Comment va le monde ? Un peu mieux en sortant de là.

Urgences ! Par la compagnie Marie Pagès. Festival Off d'Avignon, 15h au Ring. Puis à la Maison des Métallos, Paris, en février 2008. Photo : DR.




Le soleil, l'entretien et l'échange

Posté par Nedjma le 17.07.07 à 12:48 | tags : festival d'avignon
Me voilà à Avignon. Passage de relais effectué. Je ne m'éterniserai pas sur la différence thermique entre Paris et ici, mais quand même... c'est bon d'avoir chaud ! Pour ce qui est de l'ambiance, on entre dans la deuxième partie du marathon. La fatigue commence donc à pointer le bout de son nez, la tension aussi, mais apparemment les salles font le plein. Premiers spectacles, premières déceptions. Côté Off, la rencontre au sommet entre les Mesguich père et fils au Théâtre du Chêne noir est un magnifique duo de comédiens entravé par un texte décevant (L'entretien de M.Descartes et M.Pascal le jeune par Brisville, à 16h au Chêne noir). Côté In, je n'ai pas résisté à l'envie d'aller voir l'Echange, malgré tout le mal qu'en a pensé Julie, dont j'attends avec impatience le « point de vue circonstancié ». Le texte est sublime, le lieu aussi... mais les deux tapis pendant à la corde à linge et le polyinstrumentiste Frédéric Le Junter sont à mille lieux de figurer l'immensité peinte par Claudel. Julie Brochen ne convainc pas dans le rôle de Marthe. Dommage.



La compagnie Joker et le baron de Münchhausen

Posté par Catherine le 17.07.07 à 11:09
Cie JokerPuisque tout le théâtre français est réuni à Avignon, c'est l'occasion de suivre le travail de compagnies qu'on ne verra pas forcément jouer à Paris. J'avais été marquée en 2004 par le Cid all'improviso de la Compagnie Joker, venue du Nord Pas de Calais. La pièce m'avait particulièrement éblouie par sa virtuosité et la fusion réussie entre les techniques du clown et celles de la commedia dell'arte. Je me suis donc précipitée cette année pour aller découvrir la nouvelle création de la compagnie : les aventures extraordinaires du Baron de Münchhausen.
Encore une fois, la compagnie Joker frappe fort : dès l'entrée, une charrette tirée sur le plateau est complètement dépecée et transformée en deux temps trois mouvements en un petit théâtre de tréteaux, puis le palais du Grand Turc et ses plus beaux tapis surgit de nulle part ; plus tard, un paravent se transforme en baleine goulue... Le dispositif déployé pour cette version très personnelle des aventures du Baron de Münchhausen est proprement impressionnant. Les quatre amuseurs au langage incompréhensible embauchés à bas prix par le Baron pour figurer ses aventures réussissent à s'attirer la sympathie du public et à les faire beaucoup rire. Finalement, le personnage qui séduit le moins est le Baron de Münchhausen lui-même : il est plus réjouissant de voir ses aventures se matérialiser sur le plateau, surtout si joliment, plutôt que d'entendre le récit du vieux monsieur, lesté de force passés simples et mots compliqués. Un nouveau spectacle moins percutant que le Cid all'improviso, mais malgré tout emprunt de la même générosité. Les prochaines années, à Avignon, je continuerai à guetter les créations de la Compagnie Joker.

Les aventures extraordinaires du Baron de Münchhausen
Compagnie Joker
Adaptation et mise en scène : Hacid Bouabaya
Avignon Off




Les petites perles du Off : Groupe TOC

Posté par Catherine le 17.07.07 à 00:13 | tags : festival d'avignon

TOCMoi, Michèle Mercier, 52 ans, Morte. Un titre pareil, c'est forcément de bon augure.
Michèle Mercier, on ne la verra pas. Elle est morte. Assassinée peut-être. Peut-être simplement décédée des suites d'une cirrhose. Son fils et son ex-belle-fille, ses deux jeunes voisines, les rats qui ont dévoré son corps resté abandonné pendant quatre jours, tous témoignent de ce qui a pu arriver à Michèle. Comme au Cluedo, on passe de la cuisine au salon, en passant par la chambre. On découvre des suspects, on suit une piste mais elle en croise d'autres toutes aussi crédibles. Les témoignages se chevauchent, les suppositions s'entrechoquent, le rythme s'accélère. La tension est immense, le rouge dégouline. Captivant comme un fait divers monté en épingle et dont on finit par croire qu'il est primordial d'avoir le fin mot de l'histoire.

Moi, Michèle Mercier, 52 ans, Morte création du groupe TOC, collectif artistique bruxellois
Texte Marie Henry
Avignon festival Off - théâtre des Doms




Le prix de la viande à Avignon

Posté par Catherine le 16.07.07 à 18:02 | tags : festival d'avignon

Sujet typique d'improvisation en atelier théâtre : "vous apprenez que vous souffrez d'une maladie incurable et que vous allez mourir très bientôt". Ceux d'entre vous qui l'ont pratiqué savent combien l'exercice est difficile. Comment saisir la portée de l'information, comment imaginer une réaction vraie face à une telle situation ?
L'annonce de la mort prochaine est justement le point de départ du Prix de la Viande, pièce proposée par le Théâtre du Vieux Balancier, et écrite par Christine Wystup pour la compagnie. Et la seule réserve qu'on puisse émettre concernant cette création réside justement dans l'interprétation de la comédienne: un médecin doucereux annonce à Juliette qu'elle est atteinte d'une maladie rarissime et en plus, qu'elle n'a qu'une chance sur deux d'en réchapper et la jeune dame n'apparaît pas pour le moins ébranlée. Face à Bertrand, quinquagénaire atteint de la même maladie qu'elle (mais lui en a été informé avant), elle continue à user de ses beaux sourires et de son charme apprêté alors qu'il est maintenant question de sauver sa peau.
Cette faiblesse de direction d'acteur à part, Le Prix de la Viande fonctionne bien. Deux malades et, faute de moyens, un seul traitement. Toute la question est de déterminer lequel des deux en profitera. La bataille sera menée par les patients eux-mêmes face à un jury populaire - le public. Comme dans les émissions de télé-réalité, les patients/candidats ne sont plus que des marchandises dont les enchères fluctuent au gré de leur capital-sympathie. La salle est petite, les comédiens sont très proches. Se voyant attribuer le rôle de jury, le public est forcé de se sentir impliqué. Original et efficace. A tenter.

Le prix de la viande, compagnie du Vieux Balancier
Texte et mise en scène Christine Wystup
Avec Maria Vaz, Bruno Dairou, Laurent Ciavatti
Festival Avignon Off
A 16h15 au Vieux Balancier, 2 rue d'Amphoux




Attitude clando : la voix de l'autre

Posté par JdF le 16.07.07 à 15:52 | tags : festival d'avignon

Quand Dieudonné Niangouna arrive dans la nuit du Jardin des Mons, il se place au centre d'un cercle de braises luisantes. Il n'est pas éclairé, on le distingue à peine. Puis il parle, il monologue. Un monologue qui agace et met mal à l'aise comme ceux de ces types qui ne vont pas bien et qui harangue les quidam dans la rue ou le métro. Qui parlent parlent, débalent leur vie, leurs espoirs, désillusions, comment la vie les a meurtris et pourquoi eux ? Et qui s'enferre dans une logique qu'ils sont les seuls à suivre. D'ailleurs, la compagnie de Dieudonné Niangouna s'appelle "Les bruits de la rue".

Il a capté cette parole tue ou déballée en vrac. Le clando, c'est le clandestin, celui qui ne va ni à la Poste, ni nulle part de peur d'être dévisagé, contrôlé, arrêté, renvoyé. Il s'est construit un univers dont il ne peut pas vraiment sortir. Les autres, ceux du dehors, il les insulte, il les envie. Attitude Clando, c'est ça. De la souffrance brute et de la violence rentrée.

La fiche du spectacle sur le site du Festival d'Avigon.




Insideout : danse, performance, installation ?

Posté par JdF le 16.07.07 à 15:12 | tags : festival d'avignon

Insideout de Sasha WaltrzComme souvent devant les spectacles de danse contemporaine, on se demande : que vois-je ?. Dans le cas de Insideout, on se demande aussi : où suis-je ? Car le dispositif imaginé par Sasha Waltz est un ensemble de boîtes dans lesquelles musiciens danseurs et acteurs jouent, dansent crient, s'habillent, se déshabillent, haranguent les spectateurs qui déambulent parmi ces espaces. Ces boîtes forment un ensemble structuré avec un étage, des escaliers, une rambarde ainsi quelques éléments satellites : balançoires, chambre froide etc.

Résultat : les spectateurs (ou plutôt les visiteurs/voyeurs) s'agglutinent aux porte et aux ouvertures (certaines ne sont que des fentes) pour tenter de distinguer quelque chose à ce qui se passe dans les boîtes. Certains n'y parviennent pas et vont voir ailleurs, d'autres jettent carrément l'éponge et s'assoient à l'extérieur, là où il ne se passe rien et contemple tout cela d'un air morne. Ont-ils déjà trop marché ? Sont-ils sceptique quant à l'intérêt d'un tel disposotif ? Je serais tenté de le croire. Car, au fond, pourquoi donner les apparances d'une représentation (places à 30 euros, entrée et sortie des spectateurs à une heure donnée) à quelque chose qui devrait être un déambulatoire où les visiteurs entrent, se promènent, observent selon un flux qui pourrait s'étaler sur une grande partie de la journée.

Eh puisque Sasha Waltz cherche à faire intéragir acteurs et spectateurs (sans grand succès, il faut le dire), pourquoi ne pas organiser des ateliers préparatoires pour les plus motivés qui pourraient ensuite réellement intégrer le dispositif et réagir aux injonctions des actants ?

Bref, plein de possibilités qui surgissent au sortir d'une proposition qui ne tient pas vraiment ses promesses.

La fiche du spectacle sur le site du Festival d'Avigon.




Melopeya Tanguera - tango paisible au Rouge-Gorge

Posté par Catherine le 16.07.07 à 12:31 | tags : festival d'avignon
Il fait si beau à Avignon qu'on a parfois envie d'un petit plaisir simple. Tiens, un spectacle de tango argentin, de la musique, de la danse, en fin de soirée, ça pourrait faire l'affaire. C'est l'occasion de découvrir le Rouge-Gorge, espace étonnant à deux pas du Palais des Papes, plus saloon que salle de théâtre. Le public est nombreux à venir applaudir Melopeya Tanguera, l'ambiance dans la salle est chaude et tendue comme un tango endiablé.
Mince, le livret distribué à l'entrée indique que le quartet Melopeya, qui accompagne sur scène les danseurs, se distingue par sa composition (clarinette, alto, guitare, contrebasse). C'est-à-dire que... nous n'entendrons pas de bandonéon ! La troupe poussera même le vice jusqu'à en apporter un sur scène, le laisser se morfondre sur un tabouret, et même le manipuler sans en sortir aucun son. Torture!
La musique est malgré tout bien agréable. Le couple de danseurs est charmant comme il se doit. Les jeux de jambe semblent être leur fort. Le tout manque un peu de souplesse et de fougue (que voulez-vous, sans bandonéon...), mais pas de charme. Melopeya Tanguera, une façon paisible de clore une dure journée de festival.

Melopeya Tanguera, spectacle de tango argentin, musique et danse
Avignon Festival Off
Jusqu'au 28 juillet à 21h35 au Rouge-Gorge




Christophe Fiat : l'interview

Posté par JdF le 15.07.07 à 22:22 | tags : festival d'avignon

Christophe Fiat dans

Dans mon précédent billet, je disais tout le bien que je pensais des performances que Christophe Fiat a présenté durant le festival. Voici donc l'interview promis :

Fluctuat : Vous avez instauré un dispositif déroutant pour le public : les lecteurs/acteurs se présentent dos au public, cherchez-vous par là à casser l'accès direct à la fiction ?

Christophe Fiat : Je ne veux rien casser du tout, ce qui m'intéresse, c'est le dispositif de la scène rock : des individus postés devant des pieds de micro pour faire une lecture amplifiée. Les punks chantent de dos : les clash, le velvet. Ce qui fait partie de la scène rock, c'est jouer sa vie comme si on était toujours filmé. Les majors du rock des années 50 se sont inspirés des studios de cinéma hollywoodiens. À partir du moment où il y avait une caméra sur scène qui symbolisait la société de contrôle et que je travaille sur un dispositif rock, il fallait, pour que cela fonctionne, non pas tourner le dos au public, mais que la camera filme quelque chose qui se passe sur scène que le public ne voit pas. Cela peut-être interprété comme une provocation ou une rupture avec le représentation traditionnelle de la fiction, mais ce n'est pas mon problème. Je ne vois aucun intérêt à faire jouer des acteurs qui connaîtraient mon texte par cœur et qui font croire que c'est une histoire. J'aime bien aller au théâtre, mais quand je vois des comédiens qui récitent un texte par cœur, je n'y crois pas. Cela ne correspond à rien de ce qui est dans la vie, je préfère le cinéma.

Flu : La figure de Stephen King, qui est au cœur de la performance que vous intitulez précisément Strepehn King's stories, est aussi présente dans La jeune fille à la bombe. Vous voyez en lui un "mythe contemporain". Vous lui rendez un hommage qui, me semble-t-il est aussi un hommage à la culture populaire.

C. F. : Pas à la culture populaire "en général", je rends hommage à un écrivain dont il n'y a pas d'équivalent en France. Donnez-moi un exemple d'un écrivain qui raconte des histoire intéressantes et qui vend beaucoup d'exemplaires... Il n'y en a pas, voilà. Ce qui est intéressant avec Stephen King, c'est que c'est un vrai écrivain pour adolescents. En France, on prend les adolescents pour des cons. Peut-être, si, il y aurait l'équivalent de ce point de vu là, même s'il n'a pas publié de best-sellers, c'est Boris Vian. C'est un des rares écrivains à s'adresser aux adolescents. sinon, il y a une rupture en France entre la littérature pour enfants et la littérature pour adultes. Les nouveaux auteurs de best-sellers français n'arrivent pas à la cheville de Stephen King en terme d'œuvre et de proposition d'imaginaire. Carrie, c'est un libre sublime. En France, il y a une sorte de tabou : il faut être désintéressé pour faire de la bonne littérature. Ce qui est aberrant : depuis quand doit-on être désintéressé pour faire de l'art ? On peut être intéressé et être un bon artiste.

Flu : Vous n'hésitez ni à rendre hommage à Stephen King, ni à emprunter à la série b, aux films de Fung fu ou au cinéma fantastique, pour tirer la matière de vos spectaclese. Vous contester la hierarchie entre les genres ou plutôt, vous ne la considérez pas comme donnée.

C. F. : Pourtant elle existe, cette hiérarchie, mais c'est de l'idéologie, c'est une fabrication : J'aime beaucoup le livre d'Adorno et Horkeimer, La Dialectique de la raison, dans lequel ils expliquent que cette hiérarchie a été construite de toutes pièces. Lorsque Adorno et Horkeimer se demandent comment cela se fait que le cinéma abrutisse les gens, Pour eux, l'art doit être populaire, mais dans un système qui ne soit pas capitaliste, ni bourgeois. Ils se demandent comment l'art a raté le courant du divertissemnt : pas le divertissemnt, dans son sens pascalien, divertissemnt qui permet à l'esprit de se reposer pour ensuite être plus productif au boulot, l'art doit devenir un art de vivre.

Selon Hannah Arendt le fait qu'il n'y ait pas de culture populaire intéressante, c'est quand elle est un instument de domination. Cela s'appelle le philistinisme, c'est-à-dire quand le bourgois ont intérêt à faire croire aux artistes et aux masses populaires que tout cela c'est du fun. Moi, je ne crais pas non plus à un art populaire, mais ce que je fais dans La jeune fille à la bombe et dans Stepehn King's story, c'est attaquer la culture d'élite. Ce qui est paradoxal de s'y attaquer dans le cadre du Festival d'Avignon. Mais si je veux m'adresser à beaucoup de monde, il faut bien être invité dans des lieux comme celui-là.

N'allez pas croire que je suis dans le relativisme: que Wagner vaut Stephen King, ou que Nijinsky vaut Courtney Love ou Sissi. Quand on lit les portraits que je leur ai consacrés, on voit bien que je n'en parle pas dans la même manière. Ce que je traque, dans ces figures de la culture populaire, c'est le moyen de démystifier la culture d'élite.

Le site de Christophe Fiat : www

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage




Le In dans tous ses états avec Faustin Linyekula

Posté par Catherine le 15.07.07 à 20:12 | tags : festival d'avignon
DinozordA Avignon, de nombreux festivaliers ne jurent que par le Off, regrettant d'être trop souvent déçus par les propositions du In. Je ne reviendrai pas sur le cas Fiat dont Julie a clairement laissé entendre que je n'en pensais pas que du bien. En tout cas, je conçois très bien que des passionnés de théâtre ne trouvent pas toujours leur compte dans certains spectacles du In.
Pourtant, en sortant du spectacle que propose Faustin Linyekula en cette édition 2007 du festival, ce n'est pas tant l'impression de "ne pas en avoir eu pour ses sous" qui peut saisir le spectateur. En effet, au bout de l'heure et demi extensible qu'a duré l'événement, le public repart chargé de suffisamment de souvenirs : tout d'abord, il y a l'image de ce jeune homme noir à la peau peinte en blanc qui salue personnellement le public à l'entrée et à la sortie, qui chante quand il en a envie, se présente comme grillot et se fait appeler Faustin par ses camarades de scène. Ses compagnons, ce sont six hommes noirs, à l'accoutrement si excessivement africain, culotte en peau de léopard et corps peints. Et puis il y a du mouvement, des textes, des vidéos, du chant lyrique, dans le désordre, sur le mode tantôt du solo de danse, tantôt de l'installation plastique, tantôt de la veillée commémorative à rebondissements...
Avec Dinozord : The Dialogue Series III, Faustin Linyekula évoque son retour au pays natal (la République Démocratique du Congo, ex-Zaïre), après huit ans d'absence. Une vidéo présente Vumi, l'ami qui jadis lui fit découvrir la poésie, aujourd'hui en prison. Il témoigne de son expérience de la torture. Forcément poignant. D'autres films montrent les habitants de Kisangani, répondant à Faustin qui leur demande "quel est votre rêve?". Le spectacle est aussi le fruit de rencontres. Sur le plateau, donc, un contre-ténor de Lubumbashi qui a appris seul le chant lyrique, distille le Requiem de Mozart, étrange voix sortie d'un corps qu'on imaginait imprégné d'autres traditions. Dinozord, un danseur de hip-hop rencontré à Kinshasa explique avec beaucoup de poésie le pourquoi de son surnom. Papy Mbwiti, lui, recruté comme comédien, crie au scandale puisqu'on ne lui donne rien à jouer ! Faustin se dédouane en s'adressant au public : il a conscience de pouvoir lasser à force de ressasser sa mémoire.
Alors, que doit faire le spectateur ? Pour peu qu'il accepte de ne pouvoir définir le moment qu'il est en train de vivre, il peut certainement apprécier la sincérité de l'artiste et attendre patiemment de voir quelles traces laissera en lui cette expérience. Telle une rencontre inattendue dont on devine qu'elle ne restera pas sans séquelles.

Dinozord : The Dialogue Series III, Faustin Linyekula / Studios Kabako
Avignon In
Lire également l'interview réalisé en 2005 par Benjamin Bibas pour Fluctuat : www
photo @Sammy Balozi




Les petites perles du Off - Système Castafiore

Posté par Catherine le 14.07.07 à 16:16 | tags : festival d'avignon

castafioreEncyclopédie des tendances souterraines, spectacle de danse proposé par Système Castafiore, se joue sur une bande-son pour le moins inhabituelle : très peu de musique, mais un enchevêtrement de bribes de causeries philosophiques ou de débats d'experts, d'extraits de bande-son de film ou de série télé, de cling, de bang, de dring... Loin de toute illustration réaliste, loin aussi du mime, les comédiens-danseurs se saisissent de ce patchwork sonore et le font résonner avec leur corps au plus près du sens premier de chaque mot et dans l'instinct éveillé par chaque syllabe, chaque bruit, chaque souffle. Les échanges n'en sont pas simplement amplifiés, ils passent carrément dans une autre dimension.
Imaginez l'un de vos rêves les plus farfelus où une femme aux cheveux violets serait poursuivie par un ours au ralenti tandis que Louis de Funès ferait la grimace à un danseur grec au long nez. Un flot de tableaux colorés dont l'enchaînement obéit à la logique abstraite de l'inconscient, c'est à cela que ressemble Encyclopédie des tendances souterraines. Un de ces rêves fascinants dont la signification en appelle à Lacan et dont on se souvient très longtemps.

Encyclopédie des tendances souterraines par Système Castafiore (compagnie conventionnée, Provence-Alpes-Côte d'Azur)
Un petit bijou du Off présenté au Studio des Hivernales (www) tous les jours à 20h30
Avignon Festival Off
Photo @Karl Biscuit




Etat de marche - balade franco-belge

Posté par Catherine le 14.07.07 à 15:38 | tags : festival d'avignon
etat de marcheA Avignon, le théâtre des Doms est un lieu à fréquenter, et pas seulement pour son si agréable jardin à brumisateurs intégrés, ni seulement pour ses bières belges ou sa limonade / sirop de gambetta, boisson excellemment rafraîchissante. Non bien sûr, ce qui nous intéresse, c'est ce qu'on peut y voir (si si, je vous assure). Et si les bières sont belges, c'est que la programmation l'est également. Et les Belges sont sympas, c'est bien connu. Bref. Très sympa, la proposition de Laurence Vielle et Jean-Michel Agius l'est assurément.
Elle habite à Bruxelles, lui à Paris. Elle a le goût des mots, il a le goût du mouvement et des images. Las du TGV, ils ont décidé de relier leurs deux lieux de vie à pied via Boulogne-sur-mer. Soit 600 kilomètres de marche. Leur périple s'est terminé en juillet 2006 et tout naturellement, ils en ont fait un spectacle. Aussi concrets que poétiques, les mots de Laurence Vielle touchent, amusent, captivent. Faussement naïfs, ils nous emmènent directement de la sandale de marche à la lune mais racontent sans candeur les rencontres nouées au fil du voyages. Même les moins agréables, comme ce soldat qui explique pourquoi il est préférable de tirer sur les civils. Jean-Michel Agius, quant à lui, propose des images captées lors de leur périple franco-belge et une évocation dansée de leur expérience. Le couple de marcheurs est accompagné d'Elie Rabinovitch à la batterie, toute en délicatesse, et de Catherine Graindorge au violon, dans une utilisation aussi personnelle qu'envoûtante de l'instrument. Bien sûr, le tout n'est qu'échange et interactivité, dans une constante bonne humeur et dans un rythme aussi tranquille que celui d'une promenade.
Le randonneur trouvera dans Etat de marche son saoul de détails relatifs à la pratique de la marche, le Parisien son lot de références bobos, et le Bruxellois se retrouvera sur la carte de la Belgique dépliée sur le plateau. Et pour poursuivre la rencontre avec ce couple si attachant, on peut encore consulter leur blog : http://www.etatdemarche.net/

Etat de marche, de Laurence Vielle et Jean-Michel Agius, au théâtre des Doms, tous les jours à 16 heures
Avignon Festival Off




Les Murgeros déconcertent le public du In

Posté par JdF le 14.07.07 à 13:41 | tags : festival d'avignon

Je ne comprends pas : dehors une foule qui fait la queue des heures durant et parmi laquelle certains deviennent hystériques lorsqu'ils comprennent qu'ils n'auront pas de place ce soir pour Bleue. Saigante. À point. Carbonisée de Rodrigo Garcia, et dedans, une foule de spectateurs qui font la fine bouche devant un spectacle qui, s'il n'a pas la cruauté poigante de Jardinage humain, se situe quand même haut par rapport à la moyenne de la production théâtrale. Qu'est-ce que les gens s'attendent donc à voir ? C'est connu maintenat que Garcia aiement faire exploser les poulets, pisser les acteurs sur scène et leur faire faire s'enfoncer des spagetthi (cuites) dans l'anus. À côté des réjouissances de Jardinage humain ou de J'ai acheté une pelle chez Ikéa pour creuser ma tombe, Rodrigo Garcia, avec Bleue. Saigante. À point. Carbonisée paraît bien assagi. Rien de décevant pourtant. Garcia ne tient pas un discours misérabiliste et ne cherche pas à que les spectateurs s'appitoient sur ses personnnages. Ce que le programme explique est bien ce qu'on voit Garcia fait jouer des Murgeros, gamins de la rue, ceux qui ont déserté le toît familial, ou qui en ont été chassé, ou qui n'en ont jamais eu et qui inventent une socialbiiité qui leur est propre (toute masculine pour ce que le spectacle donne à en voir).

Alors quoi ? Ils emploient des codes que l'on retrouve dans toutes les cités des pays riches, dans tous les bidonsvilles des pays pauvres : une gestuelle expressive et très tactile, des interjections, une manière d'occuper l'espace par leur corps et par leur voix qui témoigne que sa possession est crucial pour ceux qui n'ont pas de refuge hors de la rue. Ces codes culturels internes sont internes à chaque communauté de Murgeros, mais renvoient tous à un modèle dominant : une culture transmise par la télé, consumériste, celle dont toutes les sociétés du monde abreuvent leurs pauvres. Eh pourtant, s'y greffe une autre forme de culture populaire : celle du carnaval, de la fête durant laquellela collectivité se réappropprie la rue, qui, pendant quelques heures, n'est plus le théâtre et l'enjeux d'affrontements entre des groupes d'enfants, de traficants, de policiers, mais est rendue à sa vocation d'espace communautaire.

La seconde partie aborde l'idée d'un lien problématique entre la mémoire et le langage. Déjà, au début du spectacle, l'écran avait présenté l'assertion suivante : "L'histoire est une répétition qui a juste à voir avec les hormones". Bon, à méditer... Ensuite, l'acteur Juan Loriente raconte l'histoire d'une vache rendue folle par la disparition de son veau qui se conduit comme une enragée, démolit la porte de son étable ("comme Tex Avery lorsqu'il laisse sa silhouette parfaite dans un mur de brique au travers duquel il est passé"), et terrorrise le village. À la question de savoir combien de temps dure un tel état,la fermière répond "Deux jours"; Et à Loriente de se demander si une telle propension à se remettre d'un désespoir aussi violent ne pouvait être appliquer à l'homme. Est-ce une question d'hormones comme le suggère la phrase citée plus haut, et que le stimuli chimique de la sensation de perte peut être maîtrisé ? Sauf qu'il y a le langage, dont Garcia dit que ce n'est pas nous qui l'avons en nous, mais lui qui nous a en lui. Novarina dit aussi cela mais en tire d'autres conclusions. Car si la vache se souvient durant deux jours et nous, durant toute notre vie, c'est peut-être parce que nous verbalisons et donc archivons nos affects. Et si c'est ainsi, où est le remède ?

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage




Le monde enchanté d'Éléonore Weber

Posté par JdF le 14.07.07 à 10:53 | tags : festival d'avignon

C'est une blague, bien sûr : le monde d'Éléonore Weber n'a rien d'enchanté. Mais ça, on pouvait s'en douter dès le titre : Rendre une vie vivable n'a rien d'une question vaine. Pour elle, la vie telle qu'elle est n'est pas totalement vivable. On peut la comprendre. En revanche, ce à quoi on peut ne pas adhérer, c'est la façon qu'elle a d'y répondre. Et je vous avoue que c'est mon cas. Cette fois, j'étais seule, sans Catherine qui aurait pu aimer (enfin, ça m'étonnerait) et vous faire un billet sur le thème "Éléonore Weber, j'adore !" Comme je l'ai fait pour Fiat. Donc là vous aurez le jugement négatif. Pas que négatif, d'ailleurs. Il a de beau passages : le monologue final est remarquable, et les propos des jeunes "a", pour "asexuels" qu'Éléonore Weber n'a pas écrits, mais qu'elle a retranscrit des témoignages lus sur un forum.

Il est d'ailleurs curieux que dans ce spectacle qui pose d'emblée la sexualité comme centrale dans la construction de l'individu, ce soit les passages consacrés à l'asexualité qui sont empreints de la plus grande sensualité. Alors que le discours d'ouverture sur l'orgasme ou le rapport sexuel mimé de manière parodique sont glacés, déreangeants et même franchement exaspérants, les acteurs torses nus, qui s'effleurent et exposent les raisons et les modalités de laur asexualité offrent les moments les plus incarnés du spectacle.

 Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage




Ma passion naissante pour Josef Nadj

Posté par JdF le 13.07.07 à 20:57

Ce festival aura été pour moi l'occasion de découvrir Josef Nadj, en l'occurrence, l'artiste associé à la programmation du festival pour cette édition 2006. Eh oui, je sais bien que certains en sont des inconditionnels depuis des années (son premier spectacle date de 1987), mais voilà, je fais partie de ceux pour qui le monde de la danse a longtemps été étranger et qui le découvre à la faveur de ce glissement vers l'hybridité des genres, glissement qui s'opère actuellement, à Avignon comme ailleurs.
Cette découverte, donc, a été une révélation : contrairement à Jan Lauwers, Nadj n'a pas été indigne de sa réputation. Je dirais même : au contraire.


D'une échappée vers l'Orient-Extrême sur les traces de Michaux et du Barbare en Asie, Nadj nourrit son imaginaire, riche déjà toute sortes d'univers. Les fragments filmés de ses précédents spectacles, présentés à la maison Jean Vilar en attestent : une mittel-europa peuplé d'hommes en costume sombres de Comedia Tempo, des faces terreuses et les décors ocres de Woyzeck ou l'ébauche du vertige, les fantaisies acrobatiuqes du Cri du Caméléon ou le mystérieux cérémonail de Petit Psaume du matin.


Asobu mêle à des images qui lui sont chères (des hommes en noir, assis, immobiles face au public, devant une longue table), d'autres d'inspiration nippones (des costumes qui évoquent ceux des samouraïs, des faux rituels de décapitation font voler les hautes coiffes des danseurs). Il fait aussi la part belle à ses danseuses, dont une, japonaise, offre un solo d'une éblouissante beauté, tandis qu'une autre se livre avec Nadj à un corps à corps très érotisé, tout à fait surprenant de la part d'un être qui me semblait, de prime abord, descendre tout droit des sphères célestes.
Asobu - hommage à Henri Michaux 
Chorégraphie Josef Nadj


Joseph Nadj - Exposition
Maison Jean Vilar Ouvert tous les jours (sauf le 14 juillet) de 10h30 à 18h Entrée libre




Novarina dans la cour d'honneur

Posté par JdF le 13.07.07 à 19:16 | tags : festival d'avignon

Hier avait lieu la dernière de L'Acte inconnu, de et mis en scène par Valère Novarina. On se souvient qu'il y a un an, le même auteur avait mis en scène son Espace furieux, à la Comédie française, que Catherine avait décliné sous forme de pastiche. Moi, je ne l'avais pas vu, mais j'étais sceptique. Alors là, je me suis lancée : "Novarina dans la cours d'honneur, j'y vais !". Eh bien, j'ai été à peu près convaincue. Pourtant, sa fascination pour la langue, qui serait comme une entité organique autonome que nous croyons posséder, mais qui, en réalité, nous posséderait, je n'y adhère pas totalement. Bon, je sais que c'est métaphorique et que cela rejoint le "ça parle" de Lacan. Mais, les pièces de Novarina que j'avais vues ne m'avaient pas enthousiasmée comme elle enthousiasment certains. Je trouvais son écriture virtuose, mais je n'arrivais pas à en tirer grand-chose. C'est donc sur ces présupposés que je me dirigeais hier vers le Palais des Papes.

Eh bien, deux bonnes heures et demie sous le mistral plus tard (il ne fallait pas se fier au programme, qui indiquait 2H12 - il faut dire que ce 12 avait l'air d'un canular), je me disais que Novarina avait quand même réussi son coup : il a investi ce lieu non seulement d'une parole qui lui est propre, mais aussi de sons. Les accordéons, je sais qu'ils apparaissent souvent dans ses spectacles, mais, en l'occurrence, il trouvaient leur place, on pouvait même regretter qu'ils ne soient pas plus présents, surtout qu'à un moment 22 accordéonistes arrivent, jouent une ritournelle et repartent pour ne revenir qu'au salut, c'est pas du gâchis, ça ? Mais je reprends : de sons, et puis surtout d'images qui demeurent rtrès fortes une fois le spectacle terminé. Ainsi Novarina utilise le mur du Palais en plaçant ses personnages au fenêtre et sur le toît. C'est très beau, et on peut regretter qu'il ne l'utilise pas plus. Là encore, je sais bien qu'il n'est pas le premier, que ces fenêtres servent sans doute depuis le permier festival, mais en ce qui concerne L'Acte inconnu, cela s'intègre dans cette grande cosmogonie de l'humanité, parlante, souffrante et riante aussi : le spectacle a cela de bienvenu qu'il se situe du côté de l'autodérision (c'est du moins comme ça que je l'ai perçu) et que tous ces acteurs semblent heureux d'être là. Qu'ils jouent des animaux, des hommes/femmes politiques, qu'ils chantent, se lamentent, ils jouent à "hommer".

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage 




Christophe Fiat, j'adore !

Posté par JdF le 13.07.07 à 18:37 | tags : festival d'avignon

Bon, je sais, tout le monde n'avait pas l'air de mon avis dans le public rassemblé salle Benoît XII, pour voir La jeune fille à la bombe. Il faut dire que Fiat et sa bande ânonaient leur texte dos aux spectateurs, chacun devant son micro, avec à certains moments, Christophe Fiat qui s'empare de sa guitare pour jouer un truc, une phrase, toutjours la même (Catherine m'a dit que ça s'appellait une boucle et qu'il y avait des machine pour les répéter automatiquement, mais bon, apparemment Fiat, il préfère l'artisanat), une boucle, donc, et puis les danseurs qui se contorsionnent quelque peu et la soprano, tournée cette fois vers le public qui chante un morceau de musqiue baroque. Je comprend les critiques qu'on peut faire à cette mise en scène ou mise en espace. C'est vrai que les chanteurs-danseurs-acteurs ne bougent pas beaucoup, qu'ils lisent avec l'application d'élèves de CE1 qui récitent leur leçon. Bon, à l'argument : "mais c'est exprès", je comprends que d'aucun réponde " Et alors ?", mais moi, cela ne m'a pas gênée. Pourquoi ? Parce que Christophe Fiat, j'adore ! Eh oui, c'est aussi simple que cela.

D'abord, il est beau. Alors, pour ça, Catherine n'est pas d'accord. Mais elle n'y comprend rien. Bon, et puis quoi encore ? Eh bien, j'ai été captivée par son histoire : il s'agit d'une mère et sa petite fille en vacances en Franche-Comté (d'ailleurs, la Franche-Comté, j'adore aussi, mais je ne vous en parlerai pas cette fois-ci,ça serait trop long). Et l'on passe à un récit fantastique : la voiture se transforme (sans que cela ne gêne vraiment les personnages), devient une Buick (hommage au cinéma hollywoodien), et puis, on explique à Nathalie l'héroïne, qu'a cause de Tchernobyl, les alarmes des voitures se déclenchent tout seules, qu'on entend parfois des explosions etc. Nathalie au début n'y fait pas attention, surtout que son problème n°1, c'est sa sœur, Louise, qui a disparu en Afghanistan. Et puis l'hitoire se complique, je vous passe les détails, mais sachez que l'affaire se termine par un combat sanguinaire qui laisssera un survivant, mais aucune survivante.

Car l'histoire imaginée par Christophe Fiat mêle les événement de notre histoire récente à tout un univers qui le hante, un univers qu'on ne sait pas bien comment nommer sans employer une appellation péjorative telle que "culture populaire", "culture de masse", voire "sous-culture". Pour Fiat, je pense que cette culture n'a pas de nom en particulier, que les films de série B, que les best-sellers de Stephen King font partie de la culture. Un point, c'est tout. D'ailleurs, je lui poserai la question cet après-midi, puisque je dois le voir. Je vous retranscrirai l'interview dans un prochain billet.

D'ailleurs Stephen King, il lui a consacré une performance, appellée "Stephen King's stories" durant laquelle il évoquait le processus qui avait conduit S.K. à devenir écrivain, ainsi que les éléments récurrents de son œuvre. Vêtu d'une veste blanche flashy (que j'ai adorée aussi), avec sa guitare sur laquelle il jouait ce que Catherine appelle donc "une boucle". Et il s'arrêtait de jouer, à chaque fois qu'il devait tourner une page de son texte, autant dire souvent, Et puis ça reprenait ainsi que la lescture, qu'il faisait avec cette même application d'élève de CE1. J'en ai déjà parlé. Mais là, le public suivait plus. Je pense que c'est parce qu'il avait une telle conviction Fiat dans sa défense et illustration de Stéphen King, et qu'au fond, l'effet répétitif, la boucle, la page qu'on tourne, l'inexpressivité volontaire de l'élocution, renforce la sensation que Fiat rend un vrai hommage à l'écrivain américain. Il reste en retrait et pourtant touche le public. Et sa performance atteind son but.

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage




Avignon - considérations pratiques

Posté par Catherine le 13.07.07 à 11:53 | tags : festival d'avignon

Ces dernières années, c'était embêtant : plusieurs associations revendiquaient la représentation des compagnies présentes à Avignon hors le circuit officiel, le festivalier se retrouvait pris au milieu de querelles intestines et il n'aimait pas trop ça.
Cette année tout va mieux - semble-t-il. Une seule association pour le Off : "Avignon Festival & Cies", une seule carte d'abonnement au tarif unique de 13 euros et surtout, un beau programme bien lourd et bien pratique : les spectacles détaillés lieu par lieu (dans l'ordre alphabétique), et tout un sommaire qui permet de choisir un spectacle selon le titre, l'auteur, l'horaire, la compagnie, le genre, et même la région d'où nous arrive le spectacle ! Seul bémol à la satisfaction du festivalier Avignon catégorie Off : le tarif réduit auquel lui donne droit sa carte d'abonnement s'élève rarement à 5 ou 8 euros, mais bien plus souvent à 10, 16 et même parfois 20 euros.
Une augmentation des prix observée également aux terrasses des restaurants, où il bien difficile de trouver un plat du jour à moins de 10 euros. Ah, ma bonne dame, c'est pas encore demain qu'on estampillera Avignon "festival populaire".

Site internet d'Avignon Festival & Cies: www
Lire la présentation du programme par Nedjma Van Egmond dans le magazine : www




Les Paravents - dialogue avec Frédéric Fisbach

Posté par Catherine le 13.07.07 à 10:36 | tags : festival d'avignon

fisbach

La magie d'Avignon, c'est aussi d'être au plus proche des artistes : non seulement il est très facile de les croiser dans la rue ou à la terrasse des cafés, mais en plus, pour peu qu'on suive attentivement le programme des événements, il est possible d'assister à toute une ribambelle de rencontres, d'échanges, de dialogues, de conférences... C'est ainsi que les spectateurs des Paravents de Jean Genet (lire notre billet), ont pu rencontrer le 11 juillet, dans la cour de l'école d'Art d'Avignon le metteur en scène, Frédéric Fisbach, accompagné d'une partie de son équipe. Pour une fois, le public était invité à s'exprimer sur le mode du "moi je".
"Moi j'ai beaucoup aimé même si j'ai eu du mal à rentrer dans le spectacle, moi j'ai énormément apprécié cette oeuvre poétique extraordinaire mais j'ai trouvé que c'était trop long, moi j'ai été gêné par le fait que les voix soient sonorisées, moi j'ai apprécié les belles trouvailles de mise en scène mais je n'ai pas compris le sens et surtout, j'ai été perturbé de ne pas retrouver la mise en scène de George Blin en 1966..."
Frédéric Fisbach, sereinement, écoute et explique. Oui, la pièce de Jean Genet est très longue. S'il donne la première partie dans son intégralité, il a beaucoup charcuté la seconde et au final, sa version des Paravents est amputée de deux ou trois bonnes heures. Il explique également les circonstances dans lesquelles l'auteur a écrit cette pièce, comment elle était finalement plus un prétexte à l'écriture, et donc une matière littéraire, qu'une oeuvre dramatique destinée à la scène. Il rappelle que Les Paravents, telle quelle, est impossible à monter, avec ses 96 personnages et ses didascalies irréalisables. Il justifie l'utilisation de marionnettes japonaises, éléments totalement étrangers au contexte algérien, par le souhait de tendre vers l'universel plutôt que de chercher à coller à l'actualité. Selon lui, le prisme de l'actualité réduit la portée de cette oeuvre si complexe. Christophe Brault, l'un des "vociférateurs", rappelle par ailleurs que Jean Genet parle lui-même du décalage qu'il faut accentuer lors de la mise en scène des Paravents, et de la "déconnade" que conseillait l'auteur...
Concernant la sonorisation des voix, Benoît Résillot, le comédien qui joue Leïla, explique que le micro placé dans la capuche sous laquelle son visage d'épouse laide est caché, permet un jeu plus intime. Il doute que la poésie de Genet arrive aujourd'hui au spectateur dans toute sa modernité, sans ce filtre technique qui évite la projection de la voix. Après avoir rappelé que les différents médias (vidéo, sonorisation, marionnettes, etc) ne sont que des techniques qu'il faut bien sûr utiliser comme autant d'outils possibles et non comme une fin en soi, Frédéric Fisbach reconnaît qu'on ne peut entrer dans son spectacle instantanément. Le texte de Genet, par sa forme, bouscule de toute façon les codes connus de l'écriture dramatique. Il a essayé d'inventer un système de lecture compatible. Le spectateur doit donc attendre d'avoir reçu les codes de la représentation et ce n'est qu'une fois les conventions posées qu'il pourra se laisser transporter et devenir lui-même acteur de la représentation. Une participation active du public chère au metteur en scène.
De toute façon, pour Frédéric Fisbach, "ce qui est important dans la représentation, c'est ce qui se passe après". Effectivement, un tel échange décontracté sous un beau soleil, dans une cour tranquille, c'est ce qui peut arriver de mieux à un spectacle aussi complexe que Les Paravents.

Photo @Christophe Raynaud de Lage




Un Échange bien décevant

Posté par JdF le 12.07.07 à 16:34 | tags : festival d'avignon

Il faut dire... je me méfiais un peu. J'avais tenu un quart d'heure à Oncle Vania par Julie Brochen, quart d'heure qui m'avait déjà paru bien long et bien compassé avec ses Russes barbus à l'âme toute slave et ses samovars fumants. Mais, bon, je ne pensais pas qu'elle referrai le même coup avec Claudel, parce que Tchekhov, d'accord, ça peut encore passer au premier degré (l'échec personnel, la désillusion, le désastre des vies gâchés et tutti quanti), et on peut toujours justifier (par des arguments que je ne partage pas) de monter Tchékhov en habillant ses acteurs de costumes belle époque, et les faire contempler le lointain, le regard perdu dans le vague, en tournant leur cuillère dans une éternelle tasse de thé brûlant. D'accord pour Tchekhov, Mais pour ce qui est de Claudel et de son Échange, alors là je m'insurge contre le choix de livrer en pâture au spectateur une œuvre dégoulinante de morale, d'un sexisme éhontée et foncièrement réactionaire, sans la probématiser aucunement. Bien que cela n'ait semblé poser problème à personne, j'ai médité sur cette affaire et vous aurez très bientôt mon point de vue circonstancié.




Les paravents - Genet par Fisbach

Posté par Catherine le 12.07.07 à 14:41 | tags : festival d'avignon

paraventsChaque année à Avignon, un artiste associé. Et cette année, Frédéric Fisbach. Parmi les oeuvres qu'il a choisi de présenter, Les Paravents de Jean Genet, reprise d'un spectacle qu'il avait créé en 2002.
"Les Paravents, c'est comment ?" demandait un de nos lecteurs impatients.
Les Paravents, c'est étrange. C'est inhabituel, c'est long et ça bouscule. A l'entrée, distribution de jumelles, comme à l'opéra. Premier tableau : une mère conduit son fils à ses noces. Il est pauvre et doit se contenter d'une fille moche. Suit une scène dans un bordel jouée par des marionnettes japonaises (d'où l'utilité des jumelles), dont les voix émanent d'un homme et d'une femme en costumes gris qui lisent le texte depuis un côté du plateau. Une lecture non pas plate et sérieuse, mais vive et habitée, avec ce qu'il faut d'accents, de hauteurs de ton et de défauts d'élocution pour caractériser clairement les différents protagonistes. Les deux comédiens chargés des voix sont appelés des "vociférateurs", du terme correspondant à la tradition des marionnettes japonaises. Mais cela ne veut pas dire qu'ils hurlent dans leur micro (car oui, toutes les voix, mêmes celles des comédiens sur scène, sont reprises au micro). Ils jouent, ils s'amusent, tout simplement, avec modulation...
Suivent ensuite différents tableaux où personnages de chair et d'os - la mère, le fils (Saïd) et la brue (Leïla), succèdent ou rencontrent pléthore de personnages de bois, mus par des fils qu'actionnent des marionnettistes japonais, silhouettes invisibles, quoique pas toujours hors action. Des images vidéos prolongent également l'espace, que traversent parfois des ombres...
Les Paravents démarre avec une traditionnelle histoire de dot, mais la pièce emprunte rapidement des chemins aussi divers qu'imprécis, où les morts ne sont pas nécessairement inertes et muets et où l'amour faillit même jaillir entre Saïd et Leïla, les époux maudits. Le spectateur sait que le soufre de la guerre d'Algérie empeste par dessous tout ça. Au bout des quatre heures de spectacle (entracte comprise), il n'a pas forcément tout compris - ou il n'a forcément rien compris - mais il a l'impression d'avoir suivi. Et c'est tout le mérite de la mise en scène de Frédéric Fisbach que de réussir à rendre concret le long poème délirant de Jean Genet.

Les Paravents de Jean Genet, mise en scène Frédéric Fisbach, au Théâtre Municipal d'Avignon
Avignon In 2007
Photo @D.R.




Nous revoici en Avignon

Posté par JdF le 11.07.07 à 10:05 | tags : festival d'avignon
nousA y est ! Nous voici de nouveau en Avignon. Un petit point sur les conditions climatiques : temps frais par rapport aux dernières années, et hier soir, devant L'Échange mis en scène par Julie Brochen, après avoir craint de devoir y assiter sous la pluie, je me suis littéralement gelée. Et aujourd'hui, rhume, naturellement. Le séjour s'annonce donc bien, surtout que l'Échange, à mon sens, cela ne valait pas la peine qu'on attrappe la crève pour le voir, mais j'en parlerai dans un futur billet. En attendant, je précise que Catherine, cette petite maline, elle était bien au chaud au théâtre municipal devant Les Paravents, mis en scène par Frédéric Fisbach, (patience, elle vous en parlera le moment venu...). Enfin, nous n'étions pas encore arrivées quand Jeanne Moreau et Samy Frey ont fait, dans la Cour d'Honneur, leur lecture de Quartett de Heiner Müller. Nous n'avons donc pas eu la chance de d'entendre ce texte que j'adore (voir les chroniques à ce sujet), mais j'ai su que ceux qui y étaient s'étaient pelés, eux aussi (bien fait !).
  



Vive la foi aux Orientales !

Posté par Floriane le 07.07.07 à 10:05 | tags : festival, ici et là, international, musique, sur la route
Fin de matinée, dimanche, à Saint Florent le Vieil. A l’église, les ouailles recueillies digèrent le sermon. Au Palais Briau, le public tape dans les mains et scande « Djaï Guru » avec les Bauls, venus du Bengale, pour chanter leur foi en l’homme. Contraste saisissant et vivifiant. Il est des civilisations, en effet, où la religion n’est pas que sévère mais où elle s’exalte en rassemblements quasi festifs ou en tout cas pleins de ferveur communicative. Ainsi, les soufis d’Egypte, représentés au festival par Sheikh Taha, jamais sorti de sa congrégation de Louxor, contrastent-ils avec ceux de Turquie. Süleyman Erguner, digne joueur de flûte ney, avait plutôt plongé l’assistance de l’Abbatiale dans l’apaisement d’un retour sur soi-même.
C’est cela, les Orientales, un petit goût d’ailleurs au cœur de la douceur angevine, un savant et joyeux mélange de guimbardes chinoises, touva ou rajasthanaises; un art de présenter, à côté de pointures reconnues, de tout jeunes artistes en devenir. Impossible de les nommer tous ; impossible et inutile, car ils sont avant tout les porte-parole de l’un des langages les plus universels qui soient : la musique. Toutes les infos sur le site des Orientales.





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