Archives > Août 2007Estuaire : une biennale entre Nantes et Saint Nazaire Parce que la communauté entre Nantes et Saint Nazaire a encore du mal à se construire autrement que sur le plan économique, ce sont les opérateurs culturels qui ont pris la relève. Jean Blaise, à la tête du Lieu Unique à qui la ville devait également des Allumées inoubliables, a plus d’un tour dans son sac. Il sait que son rôle consiste à « faire passer des idées » en favorisant la rencontre entre les artistes et les spectateurs. Pour cela, l’espace public est le meilleur atout. C’est donc dans les hangars navals et sur l’estuaire qu’il a choisi de présenter la majorité des œuvres commandées à des artistes internationaux.En fin d’événement (la clôture est prévue le 1er septembre), la plupart des installations font piètre figure sur le fleuve qui les a malmenées. Reste à contempler le paysage tellement varié et les vidéos documentaires, assez courtes pour être regardables et instructives, sur le patrimoine environnemental, industriel et humain. Mention spéciale cependant aux chats d'Alain Séchas, pavillonnant le haut d’un trois mats norvégien enfoui dans le remblais qui constitue l’île Bikini ; et au bateau mou d’Erwin Wurm, hésitant entre le fleuve et le canal (qui n’a jamais servi). A Saint Nazaire, on note l’installation techno-ludique du Hollandais Edwin van der Heide, à laquelle fait inévitablement écho celle de Thomas Mac Intosh, au Lieu Unique : onde sonore et aquatique en écho. Très drôle aussi, la chambre d’hôtel construite par Tatsu Nishi autour de la fontaine de la place Royale : la statue de la Loire et ses neuf acolytes se retrouvent littéralement au milieu du salon ! Jean Blaise n’est pas de ceux qui froncent le nez lorsque l’on accole tourisme et culture. Au contraire, il sait que les outils de l’un peuvent servir l’autre. Et ce n’est pas par opportunisme qu’il a choisi de s’attacher à la thématique de l’eau (si à la mode aujourd’hui). Un projet comme celui de l’Estuaire (biennal jusqu’en 2011) a été mûri et préparé de longue date. Jean Blaise fait son boulot, tout simplement, et à voir touristes, jeunesse, troisième âge, Nantais et Parisiens se presser sur le bateau navette et autour des installations d’art contemporain, on se dit que décidément, ce gars-là a du génie ! Deux facettes d’Aurillac In
© Jean-Pierre Estournet Festival d'Aurillac : mission accomplie !![]() Les rues sont vides, au centre d’Aurillac ; vides de propositions artistiques dépassant le solo ou la fanfare. En lieu et place : des itinérants affalés au milieu de leurs chiens, des vendeurs de chapeaux, ballons et autres produits alimentaires, sono en renfort. L’espace est net, pas toujours propre pourtant, mais ça y est : enfin, il n’y a quasi plus de problème de suraffluence dans les rues de la ville. Pour cela, rien de bien sorcier : programmer la majorité des spectacles In et Off en dehors de la ville, au mieux dans des quartiers reculés, au pire dans des endroits uniquement accessibles en voiture ou en navette. Ce sont les jongleurs, clowns et gratteurs de guitare qui sont heureux : le bitume leur appartient ! Il n’empêche que le visiteur impromptu ou attiré par la réputation du festival en repart avec une impression singulière : « C’est ça, les arts de la rue ? » A force de laisser les valeurs hypersécuritaires faire leur œuvre, sous couvert de permissivité (pas de sélection dans le Off, par exemple), les organisateurs se trouvent coincés dans une logique difficilement défendable, car même certains professionnels, a priori mieux organisés que le spectateur novice, ont fini par jeter l’éponge : impossible de courir aux quatre coins de la ville pour faire moisson de spectacles regardables. On pouvait trouver néanmoins quelques perles, pas trop lointaines. « Plume », le spectacle de La Chouing, duo-duel de comédiens aguerris, au service d’un propos hyper visité (la relation sado-maso d’un couple d’hommes), mais traité ici avec délicatesse, sous la violence apparente. Beaucoup plus léger, mais non sans fond, le groupe Volubilis (illustration) présente, sous couvert de boniment de marché, une méthode « révolutionnaire » d’entretien corporel. La proposition a le mérite de présenter, à tous les publics, un condensé de danse contemporaine bien servi par deux professionnels. Dans le même temps, on se prend à rêver de voir ce spectacle accueillir les aficionados du Théâtre de la Ville, qui reconnaîtraient, au passage, l’écriture de Merce Cunningham, nourrie (réellement) aux méthodes hygiénistes que les Européens avaient emmenées dans leur exil aux Etats-Unis. Dans un autre registre, plus proche de Ex Nihilo, la danse contact improvisée de la compagnie Jeanne Simone sait se jouer des aléas de la rue et compose, avec la complicité d’excellents musiciens improvisateurs tout terrain, une partition mouvante pour circulation, passants et mobilier urbain. Enfin, Eric Sanka revient cette année avec une variation désopilante sur le thème de la répétition du dernier acte : « La Mort d’Elga ». C’est drôle, égratignant largement le milieu du théâtre, ses metteurs en scène mégalo et ses interprètes magnaco-boulimiques. Une belle moisson, finalement, malgré les aléas de la température et des « conditions de sécurité ». Le site du festival d'Aurillac (www) La fête à Libourne Fest’Arts, à Libourne, est un festival sans prétention, ce qui ne signifie pas sans ambition. Patiemment, au fil des ans (16 jusqu’à présent), les organisateurs ont forgé un public, qui a pris l’habitude de ce rendez-vous estival. Dieu merci, cette année, les cieux ont épargné la manifestation, alors que la pluie arrosait généreusement la région quelques jours auparavant. Du coup, dès le jeudi après-midi, plus de mille personnes se pressaient pour les premiers spectacles au parc de l’Epinette. Un public bon enfant, prêt à rire et à s’émerveiller de tout - et malheureusement pas toujours du meilleur, mais comment endiguer ces Off Off Off, chanteurs indiens outrageusement remixés, qui s’incrustent ?Les écoles de cirque pourvoient chaque année le marché de dizaines de groupes plus ou moins originaux. Ils ont ici l’occasion de faire leurs premières armes ou de compléter leur expérience, aux côtés de noms plus reconnus, français et internationaux ; le tout dans une atmosphère de fête, de feria presque. Plus exigeantes, certaines propositions (A petit pas, Albémuth, La Valise) requièrent le repli dans un espace protégé, alors que d’autres (comme Tony Clifton Circus) étalent leur folie créative à découvert. Bref, tout cela est bien vivant et l’on se prend à rêver d’une proposition, un jour (ou une nuit), qui nous permette de redécouvrir les beautés architecturales de la bastide dont les murs dorés n’attendent qu’un chatouillis pour se révéler dans toute leur splendeur modeste. |
Discussions en cours sur le forum théâtre :
|