Archives > Novembre 2007Deux fois Caterina Sagna à Bastille
"Deux chorégraphies de Caterina Sagna sont reprises: Exercices spirituels (créée en 1998, re-créée en 2007), et Transgedy (création 2001). Deux soli apparemment très différents, mais dont la juxtaposition nous permet d'appercevoir le très vaste talent de la danseuse-chorégraphe. Le premier, interprété par elle-même, est sombre, sobre, épuré. D'abord, seuls les doigts dansent, précis, fins, ils racontent, ils sont fleurs, ils sont animaux. Puis ils laisseront les bras et le corps se mouvoir, au fur et à mesure que la danseuse se dépouille de ses couches de vêtements et que le décor tombe lui même en lambeaux de papier. Le très énergique Alessandro Bernardeschi interprète le second solo. Sorte de clown triste et habité par une sombre folie, il campe un artiste inspiré qui parfois ressemble à un chippendale ridicule, guidé par Shakespeare! Très drôle, il cherche à séduire le public, le regarde, le questionne, le fait rire. Il s'emporte, s'oublie, il tombe et se relève, et nous interpelle avec un humour éclatant. Présenter ces deux courtes pièces à la suite, qui semblent contraster complètement, permet d'aborder un travail chorégraphique très riche, aux multiples facettes et d'aborder l'étendue de l'expérience de Caterina Sagna." Exercices spirituels / Transgedy, chorégraphies de Caterina Sagna, Théâtre de la bastille du 28 novembre au 6 décembre. www Danses d'ailleurs en Normandie![]() Danses d'ailleurs, du 3 au 8 décembre à Caen et Cherbourg. www Le festival Off d'Avignon sur la route de la refondation
- Festival Off d'Avignon www - Festival d'Avignon www
Les pas de Béjart à Paris
![]() Le chorégraphe Maurice Béjart est mort jeudi et ses obsèques auront lieu demain, à Lausanne. Pourtant, sa danse elle, bien vivante, reste à l'affiche. A Paris on reverra "L'oiseau de feu", "Le sacre du printemps" et "Igor & nous", comme autant de pièces mythiques du créateur, du 30 janvier au 4 février. Egalement à l'affiche, du 7 au 10 février, une création cette fois, "Le tour du monde en 80 minutes", à laquelle il travaillait encore durant ses derniers jours. Le tout, au Palais des sports. Béjart Ballet Lausanne à Paris, du 30 janvier au 10 février.
Lagarce : les difficiles retours![]() On l'a déjà souvent évoqué: c'est l'année Jean-Luc Lagarce. Une année d'hommage vivant à l'auteur contemporain le plus joué sur nos scènes, à l'occasion du cinquantenaire de sa naissance. Une année riche d'expos, de spectacles, de rencontres. En 2008, son texte "Juste la fin du monde" entrera au répertoire du Français et intègrera le programme du bac. Dans la première, montée par la compagnie Les Possédés -qui livrait déjà une très belle version du Pays lointain, l'an dernier-, Hélène, Louis, Antoine se retrouvent dans la maison qu'ils ont partagée, où ils se sont aimés. Le temps a passé, la distance s'est installée et ils sont désormais accompagnés de leurs moitiés respectives. Belle partition collective, magnifique jeu d'acteurs faussement distants, humour mélancolique et féroce. Une fois encore, le jeune collectif sert l'auteur de belle manière. Illus Derniers remords avant l'oubli ©Olivier Marty. "Derniers remords avant l'oubli", Théâtre de la Bastille jusqu'au 25 novembre puis en tournée. La danse au Louvre, acte II
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Walking the line, au Musée du Louvre, jusqu'au 24 novembre, 21h. Maurice Béjart est mort![]() Le célèbre chorégraphe français, Maurice Béjart nous a quitté ce jeudi 22 novembre à l'âge de 80 ans. Sa disparition fait suite à des problèmes renaux et cardiaques pour lesquels il était hôspitalisé depuis une semaine. Il fut l'un des pères fondateurs de la danse contemporaine, et dirigeait depuis une vingtaine d'année le Béjart Ballet Lausanne, dans la ville suisse du même nom. A la fois danseur d'exception, formé à l'Opéra de Paris, et chorégraphe de génie, il a su conquérir un public massif et éclectique, chose suffisamment rare en danse pour être soulignée. Merveilleux pédagogue, il a formé bon nombre de chorégraphes de la scène actuelle comme Maguy Marin ou encore Anne Teresa De Keersmaeker. Maurice Béjart, ce furieux passionné travaillait avec sa compagnie sur Le tour du monde en 80 minutes, malgré sa santé fragile. Ce spectacle sera présenté à partir du 20 novembre à Lausanne et en février à Paris. Expo Diaspora : Mathilde Monnier au Quai BranlyA l'occasion de l'exposition Diaspora au Musée du Quai Branly, la chorégraphe Mathilde Monnier livre une installation vidéo sur ce que serait "une diaspora du mouvement dansé". De transmissions en réinterprétations, la danse qu'écrit Mathilde Monnier pose la question de la mémoire du mouvement dansé. Mise en bouche avec ce délicieux extrait de Dans tes cheveux, tiré du catalogue numérique du Quai Branly.
Les inaccoutumés, la scène de l'expérience
Haut lieu de la création contemporaine, voilà 12 ans que la Ménagerie de verre fait la part belle à la danse et à l'expérience au gré de son festival automnal "Les inaccoutumés". Sous-titré "Objet chorégraphique contemporain", l'événement se veut un laboratoire expérimental et accueille 12 spectacles pour 25 représentations. A voir notamment, Rachid Ouramdane, Benoît Lachambre et Louise Lecavalier dans "I is memory", les "Héroïnes" de Julie Nioche ou encore Christophe Huysman et Jacques André dans "La course au désastre". Les inaccoutumés à la Ménagerie de Verre, Paris 11e. 01 43 38 33 44. www Les 50 ans de West Side Story au ChâteletL'événement n'aura échappé à personne : la comédie musicale West Side Story souffle ses cinquante bougies. Cinquante ans tout rond que l'idée géniale d'un "Rom?et Juliette" urbain, sur fond de guerre de gangs à New-York sortait du chapeau de Jerome Robbins. D'un côté Tony, membre des Jets d'origine polonaise, de l'autre Maria, issue des Sharks, immigrés portoricains. Ces deux-là s'aimeraient envers et contre tout, et ça se terminerait mal. Mais l'oeuvre était aussi l'occasion pour Leonard Bernstein de signer une musique devenue culte, idem pour Jerry Robbins côté chorégraphie. Avant d'être un film de Robert Wise, couronné par dix oscars, West Side Story occupa le haut de l'affiche à Broadway. Revoilà donc le musical monté par le chorégraphe et metteur en scène Joey Mc Kneely, qui se veut le plus fidèle possible à l'original. Dans le cadre d'une vaste tournée, le spectacle s'arrête à Paris, au Châtelet, dès ce soir, et jusqu'au 1er janvier. ça va remuer... West Side Story du 20 novembre au 1er janvier au Châtelet. 01 40 28 28 40. www. Un cercle diabolique
Drôle d'objet que ce diabolo qui tourne, virevolte, s'envole, revient sur son fil, sans jamais perdre sa légèreté aérienne. Tout un spectacle basé sur ce simple accessoire, ça semble improbable? Fou? En tout cas, la compagnie Tr'Espace invente grâce à lui un langage technique et virtuose, soit, mais aussi poétique, foisonnant, amusant. Il s'agit de cirque bien sûr, de danse aussi, tant les corps de Petronella von Zerboni et Roman Müller, acrobates-danseurs diablement doués s'accordent au mouvement de leur instrument, le diabolo donc. A leurs côtés, le musicien Mischa Blau signe une riche partition contemporaine et, à mille lieux de faire tapisserie sonore est partie intégrante de la pièce, tout comme la lumière. Le tout tissé autour d'un cercle lumineux majestueux qui va, et vient. Le spectacle "Le cercle" annonce "diabolos, danse, contrebasses et bien d'autres choses encore". C'est aussi pour ces mille autres choses qu'il faut courir le découvrir, dans l'écrin magnifique qu'est le Ranelagh. Le Cercle, Théâtre Ranelagh, jusqu'au 25 novembre. 01 42 88 64 44. Micha mieux que Louis ?![]() Bon, il se trouve que Micha Lescot remplace Louis Garrel. Pas sûr qu'on doive le regretter. Ledit Micha a déjà eu l'occasion de s'illustrer brillamment sur les planches, notamment dans "Victor ou les enfants au pouvoir" mis en scène par Philippe Adrien, dans "Henry V" mis en scène par Jean-Louis Benoît ou, plus près de nous chez Denis Podalydès en footballeur anxieux aux guiboles interminables: c'était, la saison dernière dans "Le mental de l'équipe". On ira donc juger sur pièces, et plutôt deux fois qu'une. Illus © Pascal Victor La seconde surprise de l'amour de Marivaux, mis en scène par Luc Bondy, au Théâtre Nanterre-Amandiers. Jusqu'au 21 décembre. (www) A lire, notre chronique sur La seconde surprise de l'amour. Professionnels de la culture : ça coincePosté par Nedjma le 19.11.07 à 16:57 | tags : budget de la culture
Après le débrayage dans les transports et la fonction publique demain, les professionnels de la culture vont-ils décider d'un mouvement à leur niveau ? En tout cas, nombre d'entre eux témoignent de leur inquiétude face à l'avenir qui se profile. Aujourd'hui au Théâtre du Rond-Point, les membres de la FEPS (Fédération des employeurs du spectacle vivant privé et public) ont présenté une lettre ouverte adressée à Nicolas Sarkozy. Dans cette missive, ils entendent attirer "solennellement" l'attention du chef de l'Etat sur "l'inadéquation des moyens inscrits avec les engagements, concernant la culture, sur lesquels (il a) été élu par les Français". Parmi les priorités affichées par celui qui était alors candidat en matière culturelle: la démocratisation culturelle et la création. Là, les crédits seraient respectivement en baisse de 17,9% et 0,5% dans le projet de budget 2008. On attend avec impatience de voir s'ils seront lus... et entendus... AmnésiaPosté par Arnaud le 19.11.07 à 12:20 | tags : musique sur scène, spectacle à paris, studio des champs-élysées, théâtre
Amnésia, Conte Musical de Marie et Jean-Claude Bramly pour jeune public et famille. Amnésia, c’est la quête d’une petite fille au pays de sa mémoire. Elle va y rencontrer les personnages les plus fantasques : une Dame noire, des toubibs en folie, une poupée douce qui chante et qui danse, un marabout égocentrique, un Monsieur Chou à l’insupportable odeur, et même un chasseur de nuages ! Ils vont tous lui restituer des petits bouts d’elle-même, l’aidant ainsi à retrouver son identité, jusqu’à sa rencontre avec l’Enfant bulle… qui a crevé sa bulle par amour pour elle… Cette quête, aussi ludique que romantique est un hymne à la mémoire, mais aussi une magnifique histoire d’amour. Ce conte musical, de par la magie et la poésie qu’il dégage, a su ravir les enfants, mais aussi séduire les grands. Il aborde des thèmes graves et très actuels comme l’indifférence, l’exclusion, la maladie et la mort toujours traités avec humour et pudeur, le spectacle se termine en faisant la part belle à l'optimisme et à la renaissance. Il est servi par 6 interprètes totalement polyvalents (chanteurs, comédiens, danseurs, musiciens) qui se donnent à fond dans une mise en scène à vous couper le souffle ! Amnésia a été lauréate au festival des Musicals à Béziers en janvier 2006 du Prix Découverte, qui a été décerné par un jury présidé par monsieur Claude-Michel Schönberg Amnésia, mis en scène par Pierre Barayre, et chorégraphié par Floriane Mouchel.
Le Merlan rouvre (grand) ses portes![]() Réouverture du Merlan au Stade Vélodrome le 17 novembre 2007. Suite de la programmation au 153 avenue Raimu. 04 91 11 19 20. www Le cabaret des hommes perdus paie sa tournée !![]() Qui a mis, une fois, les pieds et les oreilles au cabaret des hommes perdus, n'est pas près de l'oublier. Un quatuor infernal nous y contait, en notes et en mot l'ascension fulgurante et la déchéance pathétique du jeune Dick, star du porno. Un destin tragique, romanesque, hilarant, exploré en finesse grâce à un bijou de texte et une mise en scène débridée. L'oeuvre, créée au Théâtre du Rond-Point en septembre 2006 avant d'occuper le haut de l'affiche plusieurs mois durant au Théâtre Pépinière-Opéra raflait dans la foulée le Molière du spectacle musical et du meilleur auteur. Aujourd'hui, Le cabaret drôlatique fait son tour de France et s'arrêtera notamment à Châteauvallon du 15 au 17 novembre, à Villejuif le 7 décembre, à Amiens du 23 au 26 janvier et Marseille du 18 au 21 mars, au Théâtre du Gymnase. Si vous n'aviez pas la chance de les voir sur scène, il reste une solution de la dernière chance : l'oeuvre sort en DVD début décembre. Un cadeau de Noël idéal pour ragaillardir Tonton Marcel. Bon, c'est sûr, en vrai, ce serait mieux... Illus © Stéphane Lacombe. Le cabaret des hommes perdus de Christian Siméon, mise en scène de Jean-Luc Revol en tournée. Sortie DVD le 3 décembre. Le rideau se lève à l'Est...Posté par Nedjma le 13.11.07 à 18:38 | tags : théâtre de l'est parisien
![]() Théâtre de l'Est Parisien, 159 avenue Gambetta. 01 43 64 80 80. www
Le dernier guerrier
Texte ou pas texte ? Parfois, l’on bénit le surtitrage qui permet de jouir, de façon plus aisée, d’un spectacle donné en langue étrangère. Parfois, au contraire, l’on préférerait être sourd ou ne pas comprendre la langue de certaines représentations au texte affligeant. Deux spectacles à l’affiche parisienne cette semaine illustrent parfaitement ce contraste. Moby Dick, revisité par Antonio Latella à l’Odéon n’est pas formellement d’une nouveauté absolue. Décor en arêtes de poisson ; clavecin, violon et haute contre sur scène ; ballet d’assiettes et de verres visant sans doute à mimer le tangage : tout cela fonctionne proprement. Le jeu, à l’unisson, harmonise les soli et les scènes de groupe, la jeunesse de la distribution et l’expérience matoise du grand aîné, Giorgio Albertazzi, quasi une légende vivante en Italie. Les spectateurs se tordent le cou pendant plus de deux heures, pour capter quelques bribes du texte dense, œuvre de libre adaptation de Federico Bellini. Tout cela roule, malgré la barrière du langage.Au Théâtre de la Ville, le flamand Wayn Traub expose le fruit de plusieurs mois de travail et de recherches menées avec des scientifiques et des artistes de tous bords. NQZC (prononcer : Inquisitie) se veut l’archéologie du mental d’un astronaute en difficulté avec sa femme. Passé les effets lumineux et sonores dignes des séries télévisées et de certaines boîtes à la mode il y a plusieurs années déjà, le spectateur se trouve aux prises avec le texte de Paul Pourveur. Et là, toute la magie des ambiances, des postures, de certains éléments de costume rappelant l’ère médiévale et tirant l’écriture scénique vers une certaine forme de rituel, tout cela s’effondre ou plutôt se heurte douloureusement à un humour au quatorzième degré qu’il faut sans doute être Belge (comme la troupe) pour en apprécier toute la saveur. A moins qu’il ne s’agisse de platitude stylistique assumée, en vue d’une improbable mise en perspective de la vacuité de notre monde … Bref, on a, face à ce spectacle, envie de couper le son, de s’envoler sur les images et de se dire : « Quelle poésie visuelle, ces … Coréens ! ».Illus N.Q.Z.C. Wayn Traub © Koen Broos La Cena de le ceneri, mis en scène par Antonio Latella au Théâtre de L'Odéon, du 14 au 18 novembre. N.Q.Z.C., mis en scène par Wayn Traub
La question black vue par les Iraniens
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C’est un spectacle fascinant que l’Iranien Koohestani propose, jusqu’au 18 novembre, au Théâtre de la Bastille. Certains avaient vu, dans le même lieu, son Dance on glasses. Cette fois, avec Recent experiences, c’est l’adaptation en farsi d’un texte d’auteurs canadiens que nous livre le metteur en scène. Recent experiences, Mis en scène par Amira Reza Koohestani, Au Théâtre de la Bastille, jusqu'au 18 novembre
Désespoir russe et déjanté à la Commune d'Aubervilliers
Seulement quelques dates au théâtre de la Commune pour découvrir le travail d'Oskaras Korsunovas, suivies d'une petite tournée en province. Mais le jeune metteur en scène lituanien reviendra en décembre présenter la Mégère Apprivoisée à la Comédie Française. Dans le rôle de la victime Frères Presniakov, mise en scène Oskaras Korsunovas Une traversée du 104, rue d'AubervilliersOui bon, bien sûr, comme ça ça n'a pas l'air très engageant, ça fait un peu chantier. Et pour cause, le 104, projet emblématique de la Ville de Paris (qui, avec la Région, a déboursé 102 millions d'euros pour lui permettre de voir le jour) est en chantier. Un chantier fastidieux qui transformera l'ancien siège des Pompes funèbres municipales en lieu de création polymorphe, qui se veut réactif, vivant, ouvert à tous. A tous, c'est à dire au public coutumier des salles de spectacles et des lieux d'expos, mais aussi aux habitants du quartier. Un 19e arrondissement dans lequel le site se veut profondément ancré. Le 104 donc, 35 000 mètres carrés, répartis ainsi : deux salles de spectacles, 16 plateaux de travail, des espaces d'exposition, notamment, et une capacité d'accueil de 5000 personnes au total. Sous la houlette de Frédéric Fisbach et Robert Cantarella, le 104 ouvrira ses portes à l'automne 2008. Mais pour vous permettre de vous faire une idée, pour une "traversée" du projet, deux journées portes ouvertes seront proposées les 29 et 30 décembre prochains. Photographes, auteurs, plasticiens etc. sont invités pour l'occasion. Portes ouvertes au 104 11 bis rue Curial, Paris 19e. Parcours du métro Riquet au métro Stalingrad. (illustration : photo Pascal Dhennequin) Rodrigo Garcia rase gratis...Posté par Nedjma le 09.11.07 à 17:30 | tags : festival d'automne, rond-point, spectacle à paris, théâtre
"Je ne pousse pas un cri. Ce serait plutôt une rumeur. Mais ce qui est susurré là n'est pas agréable à entendre ; peut-être même que cela fait encore plus mal aux oreilles qu'un hurlement." Ainsi Rodrigo Garcia, auteur-metteur en scène argentin installé à Madrid évoque-t-il son nouveau spectacle, "Et balancez mes cendres sur Mickey", présenté au Théâtre du Rond Point dans le cadre du Festival d'Automne. La note d'intention pourrait s'appliquer à toutes ses créations-manifestes tant l'homme manie (plus ou moins habilement d'ailleurs) l'art de la provoc. Quoi qu'il en soit, Garcia est un auteur, un créateur, et a des choses souvent intéressantes à dire. Les habitués savent qu'elles ne sont pas toujours bonnes à entendre... Aujourd'hui, c'est une drôle de polémique qui enflamme le milieu autour de "Et balancez mes cendres...". Rodrigo Garcia a, une fois de plus, comme il le fait régulièrement, sollicité des figurants, avec une annonce parue à la fois sur le site de l'ANPE spectacle et du Théâtre du Rond Point. "Urgent : le Rond-Point recherche, pour la figuration du spectacle (...) 15 jeunes femmes acceptant de se faire raser la tête pendant le spectacle". Rodrigo Garcia rase gratis. Enfin, presque. La rémunération est quand même de 200 euros bruts. La comédienne Sophie Caffarel et le très progressiste chroniqueur Alain-Gérard Slama notamment, s'émeuvent de ce fait et s'indignent que des directeurs de théâtre acceptent "pareille infamie". Et d'évoquer un spectacle "dégradant", renvoyant aux pires heures de notre histoire. Beaucoup de bruit pour pas grand chose, qui ne devrait pas empêcher un public curieux, et ouvert, d'aller voir, par lui-même, de quoi il en retourne. Illus © Christian Berthelot "Et balancez mes cendres sur Mickey" de Rodrigo Garcia, au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 18 novembre. (www) Cap sur les Métallos !![]() Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud. www Roland Dubillard : Diablogues de sourds
![]() Ce n'est pas un hasard si les mots de Roland Dubillard sonnent en plein au Théâtre du Rond-Point : on connait l'affection du maître des lieux Jean-Michel Ribes, pour le verbe de cet auteur, à qui il a consacré un festival en 2004 et qu'il a mis en scène dans Le jardin des bettraves la même année. Cette fois, c'est Anne Bourgeois qui s'attaque aux déferlements de langue de Dubillard, en mettant en scène Les Diablogues. Les comédiens Jacques Gamblin et François Morel, tous deux porteurs d'un univers bien à eux, incarnent "Un"et "Deux", personnages qui sont d'abord pour Anne Bourgeois, "deux être humains posés sur le plateau qui ne comprennent rien à ce qui leur arrive : ils n’ont ni destin, ni histoire, ils ne sont pas des héros, ça pourrait être Monsieur Toutlemonde, vous ou moi." Un dialogue, une tentative du moins mais qui est contrarié par le fait qu'Un et Deux ont précisément deux grilles de compréhension différentes. Aussi, entre leurs spéculations existencielles sans réponse et leur volonté indéniable de comprendre coûte que coûte -mais comprendre quoi?- , ils se perdent dans la logique extrême du langage jusquà faire vaciller le monde : une exacerbation du quotidien qui vire au surréalisme et flirte avec l'irréel.
Les Diablogues de Roland Dubillard. Mise en scène Anne Bourgeois, du 21 novembre au 31 décembre au Théâtre du Rond-Point (www) Rita et Luna In Extremis
Pourquoi ne pas se laisser tenter par la proposition aléchante de Séverine Jo? "Spectacle de théâtre musical. Création pour deux comédiennes et trois musiciens. Deux femmes errantes, hantées par la violence de leurs souvenirs tombent nez à nez au bord du vide. Leur rencontre les emporte dans une course effrénée, un corps à corps jubilatoire et libérateur poussé par la puissance poétique de la musique. La parole se change en chant, le souvenir se fait chair. Leur quête de liberté, soutenue par une mystérieuse troupe de musiciens les guidera vers la simplicité et le chant de l'être." Rita et Luna In Extremis, mise en scène de Mirabelle Wassef. Du 7 novembre au 27 décembre à l'Espace la Comedia, Paris. Plus d'infos sur le site de Rita et Luna (www) Bloody niggers : la rage, mais contre qui ?![]() Le spectacle ne verse pas dans la concurrence mémorielles et considère, a contrario, les exterminations des peuples pré-coloniaux comme précurseurs des grands massacres du XXe siècle et, en particulier, de la destruciton des Juifs d'Europe. Ce qui pose problème, en revanche, c'est la notion d'"Occident" telle qu'elle est définie dans le spectacle. Qu'est-ce que l'Occident après tout ? Une ère géographique ? une culture portant en elle une conception fixe et monoliythique du monde ? Non, bien entendu ! Car si l'histoire nous apprend qu'en Occident (je préfère quant à moi, user du terme sous la forme du circonstanciel), ont émergé des théories iniques justifiant la violence, les massacre et la réduction en esclavage au nom de l'inégalités entre les supposées races, Dorcy Rugamba n'ignore pas que ces théories ont eu très tôt des adversaires. Or le seul socialiste nommé dans le spectacle est Saint-Simon, le théoricien utopiste du début du XIXe siècle, confiant dans l'entreprise privée et scientiste, il rêve d'une société coercitive dirigée par une technocratie d'insdustriels et d'ingénieurs. En faire un "socialiste" (il ne se définissait du reste pas ainsi), c'est-à-dire le représentant d'un mouvement qui, dès la fin du XIXe siècle a poser l'anti-militarisme et de l'anti-colonialisme au cour de son projet politique relève donc de la mauvaise foi. Le colonialisme a bien eu des adversaires au sein même de cet l'Occident qui, à mon sens ne constitue aucunement une entité substancielle. Peut-on en effet considérer l'ensemble des Européens (de naissance ou d'adoption) comme partageant une même vision du monde ? L'époque, mais aussi l'appartenance sociale, familiales, l'expérience et les convictions personnelles font de chacun un partisan ou adversaire plus ou moins fervent de la colonisation ou aujourd'hui du néo-colonialisme. Les déserteurs de la guerre d'Algérie ont-il à répondre des crimes du gouvernement de Guy Mollet (celui-là qui se disait socialiste) ? L'auteur dénonce à juste titre la France comme patrie des droits de l'homme. Cette conception est érronnée noin pas parce que des Français ont colonisé l'Afrique, mais parce que les principes n'ont aucune patrie, et n'existent qu'à travers ceux qui les portent et luttes pour les faire respecter, qu'ils soient Français, Rwandais, Belges ou Birmans. Bon, voilà que je me suis laissée emportée à discuter le propos du spectacle et que je n'ai pas fait allusion à ce à quoi il ressemble, alors un dernier mot pour dire que Delcuvellerie a mis ses trois acteurs/chanteurs devant trois micros, vêtus de costumes cravates. Deux d'entre eux, les noirs, se changeront, l'un se costume en femme, l'autre pour, torse nu, tenir, à la fin du spectacle, un discours sur la nécessaire et pourtant impossible union des Africains (j'aurais encore des choses à dire sur la question, mais j'ai déjà trop péroré). Et puis, en fond de scène, il y a un écran qui montre des images d'archives (Twin towers, reportages coloniaux, etc...) Décidement, les spectacles de Delcuvellerie et du Groupov, à défaut de convaincre de leur bien fondé, font au moins parler d'eux. Le match Labiche / Feydeau![]() A Chaillot, c'est "Un Chapeau de Paille d'Italie" qu'on découvrira dès ce week-end dans une mise en scène de Jean-Baptiste Sastre. Cavalcade délirante et effets en cascade à partir d'un pauvre bout de chapeau orné de coquelicots... Avec notamment Denis Podalydès, Patrice Kerbrat, Marie Payen. Le système Ribardier de Feydeau, au Théâtre Montparnasse (www). Un chapeau de paille d'Italie de Labiche, au Théâtre National de Chaillot. (www) Mesure pour mesure, une tragédie comique![]() A voir donc, ou à revoir. Illus © Bellamy. Mesure pour mesure de Shakespeare, mise en scène d'Adel Hakim. Théâtre des Quartiers d'Ivry, du 8 novembre au 5 décembre. (www) Trois raisons d'aller voir Andromaque![]() Andromaque, du 6 novembre au 8 décembre, Théâtre des Bouffes du Nord. (www) Blessed : que reste-t-il quand il n'y a plus rien ?
Native de la Nouvele Orléans, Meg Stuart a voulu évoquer le ravage produit par le cyclône, il y a deux ans. Alors, bien sûr, cela peut sembler dérisoire face à la réalité du cataclysme qui a frappé la ville et les habitants qui n'avaient pu la fuir. Mais le spectacle est émouvant car Meg Stuart a conscience de la relative impuissance de l'artiste face aux désordres du monde : le danseur finit par faire corps avec le boue de carton dans laquelle il roule, geste par lequel il paraît à la fois lucide et résigné. Kotomi Nishiwafi, de son côté, fait une apparition spectaculaire (combinaison moirée, bottes blanches à talons XXL et la tête surmontée d'une coiffure à plumes), parade sur scène avec conviction dans ce qui semble une tentative désespérée de nier l'évidence de la destruction. Blessed, jusqu'au 2 novembre au Théâtre de la Bastille : 01 43 57 42 14 (www) Photo © Chris Van der Burght |
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