Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Archives > Juillet 2008

La part du loup - le cirque à l'état pur

Posté par Catherine le 30.07.08 à 21:57 | tags : parc de la villette, paris quartier d'été

Calme, grâce, évanescence. Des fils partout, des cordes, des mâts, des filles en robes blanches, des garçons pleins de douceur. Prenez vos quartiers d'été à la Villette avec La part du loup, spectacle de la 19ème promotion de l'Ecole Nationale des arts du cirque, bel instant d'apesanteur estivale. Du cirque contemporain dans toute sa simplicité, dans toute sa pureté.

La part du loup, spectacle des étudiants de la 19ème promotion de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts du Cirque

Dans le cadre du festival Paris Quartier d'été

A l'Espace Chapiteaux de la Villette, jusqu'au 16 août

Lire notre chronique dans le mag'

Photo © Philippe Cibille




Paris Quartier d'été : à la rencontre de Béjart, Pierre Henry ou Marcel Pagnol

Posté par Magali le 27.07.08 à 12:43

 

 

Musique, théâtre, danse, poésie, cirque, cinéma, performance, lectures : tous les arts vivants sont à la fête à Paris dans le festival Paris Quartier d'été. Depuis bientôt 20 ans, divers lieux de la capitale sont investis chaque été par des danseurs, performeurs ou comédiens, pour faire partager au plus large public possible l'émotion du spectacle vivant.

 

Pour la danse, deux vétérans sont au programme : les chorégraphes Maurice Béjart et Trisha Brown sont les invités d'honneur de cette programmation éclectique, qui a également convié le jeune Boris Charmatz, ou encore la compagnie brésilienne Membros et le chorégraphe congolais Faustin Linyekoula. Les danseurs investissent non seulement la cour du Palais Royal, sur une scène aménagée non loin des colonnes de Buren, mais également le Centre Pompidou, parmi les œuvres du Musée national d'art moderne, le Jardin des Tuileries, la Bibliothèque nationale ou l'Ecole des Beaux-Arts.

 

Les villes de banlieue ne sont pas oubliées : improvisation circassienne de Jörg Müller ou Hommes penchés de Christophe Huysman à Saint-Denis, Nanterre ou Champigny-sur-Marne, théâtre nomade avec le Voyage en camion bulgare de Stefan Kaegi, ou reprise de la trilogie de Marcel Pagnol par la Comp.Marius à Pantin.

 

En ce qui concerne la musique, on retrouve du jazz, comme chaque année, aux Arènes de Montmartre, avec notamment Joachim Kühn, Eric Le Lann, Rocking Chair ou le Trio Sud (Sylvain Luc, André Ceccarelli, Jean-Marc Jaffet). A ne pas manquer, pour ceux qui seront à Paris début août : une visite chez le compositeur Pierre Henry, immense figure de la musique électroacoustique, est organisée, en sa présence, tous les après-midi, du 4 au 15 août — belle démonstration de la générosité d'un artiste immense.

 

Festival Paris Quartier d'été, du 14 juillet au 15 août 2008. Programme sur le site quartierdete.com.







Le In au beau fixe

Posté par Nedjma le 25.07.08 à 18:50 | tags : festival d'avignon

Le festival In d'Avignon s'achève demain, comme il avait commencé, avec une représentation de "Partage de midi", à la Carrière Boulbon. Si les avis sont mitigés sur ce Claudel à la mise en scène collective (lire ici), le reste de la programmation a plutôt tenu ses promesses. Avec Valérie Dreville et surtout Romeo Castellucci comme artistes associés, on pouvait attendre le meilleur de cette 62e édition, on n'aura pas été déçu. Parmi les grands moments de ce In 2009, la trilogie de l'Italien, (très) librement adaptée de Dante. Un "Purgatorio" marquant, un "Inferno" de grande beauté et un "Paradiso" comme vision d'une fulgurante beauté. Le retour de Joël Pommerat, deux ans après sa première étape avignonnaise est aussi un des grands moments de ce festival, tout comme celui de Johann Le Guillerm, OVNI dans la galaxie circassienne française. Citons aussi des mômes très présents, depuis Airport Kids jusqu'à Inferno, des acteurs flamboyants, ceux de Thomas Ostermeier ou des Sujets à Vif qui, une fois n'est pas coutume, a ouvert sa programmation au théâtre. Au total, quelque 116 000 entrées ont été enregistrées pour l'ensemble des spectacles. Les expositions et installations ont aussi fait le plein, avec 14 000 personnes. Ce qui porte le nombre total de spectateurs à 130 000 pour le seul In, et le taux de remplissage à 93%. Autant dire une fréquentation record. Enfin, Seuls est l'un des moments forts de ce festival et augure d'une édition 2009 de belle tenue.
Il faudra attendre le 2 août pour connaître les comptes du Off 2008, qui joue les prolongations encore une semaine, et quelques mois de plus pour savoir quels spectacles poursuivront leur route après le baisser de rideau...




Avignon comme si vous y étiez - la fin

Posté par Catherine le 25.07.08 à 13:15 | tags : festival d'avignon
Festival d'Avignon



L'Ecole d'art, face public

Posté par Nedjma le 24.07.08 à 10:32 | tags : festival d'avignon

Comme l'an dernier, l'Ecole d'art d'Avignon joue les relais entre public et créateurs du festival In. Le matin on y assiste, sous un soleil de plomb, aux rencontres avec les différents créateurs du festival. Une nouvelle fois, on se régale aussi d'y lire les résultats d'ateliers d'écriture animés par les CEMEA: critiques pleines d'humour et lettres aux acteurs des spectacles. Dans un petit coin joliment aménagé et confortable on peut, assis ou couché, feuilleter les revues de presse dédiées aux spectacles programmés. Enfin, on parcourt les différentes expos installées au gré des salles. L'une dévoile des photos signées par Antoine Vitez -on le connait metteur en scène, moins photographe, lui le fils d'un photographe de quartier- et permet de pénétrer dans les coulisses de Don Juan, et de (re)découvrir Dominique Valadié, Ludmilla Mikaël ou Valérie Dréville, en 1988 dans "Le soulier de satin". L'autre nous conduit sur les traces du public de la cour d'honneur saisi, l'an dernier, par le photographe Frédéric Nauziciel. Elle s'intitule "Public/Faces" et trouve impeccablement sa place dans ce lieu. Face public.

Ecole d'art, tous les jours, de 11h à 20h. Aujourd'hui, dialogue avec Joël Pommerat et l'équipe de "Je tremble" à 11h30.




Wajdi Mouawad, seul(s) en scène

Posté par Nedjma le 23.07.08 à 16:12 | tags : festival d'avignon

Wajdi Mouawad délaisse un temps les fresques flamboyantes dont il a le secret, de Littoral à Incendies, en passant par Forêts, pour une œuvre en solo. Mais, seul sur le plateau, l’auteur-metteur en scène québeco-libanais revisite pourtant les mêmes thèmes : l’identité, la mémoire, les racines. C’est déroutant, bouleversant et laisse présager le meilleur de l'édition 2009 du festival d'Avignon qui le verra succéder comme artiste associé à Valérie Dreville et Romeo Castellucci.

 

Lire la chronique de Seul(s) sur le mag.


 

"Seuls" de, avec et mis en scène par Wajdi Mouawad au Gymnase Aubanel jusqu'au 25 juillet.

Illus : Christophe Raynaud de Lage.

 


 




Un Radeau qui laisse à quai

Posté par Nedjma le 23.07.08 à 10:54 | tags : festival d'avignon

Un plateau profond. Il y a des panneaux, mobiles. Il y a des tables, des chaises, qui se mêlent. Des dames emperruquées, chapeautées, poudrées, des hommes costumés. Du rouge, du jaune, du blanc. Qui sont-ils ? Où vont-ils ? On ne le saura pas. Dans un mouvement perpétuel, ils livrent des textes par bribes, une parole fragmentée. Tour à tour déclament et murmurent. En français, en allemand, en italien. Pirandello, Dante, Lucrèce, Büchner, entre autres. Certaines scènes jouent la carte de l’impressionnisme, il y a de l’humour, de l’incongruité, de la cocasserie. Il y a de la musique, fulgurante, éclatante. Verdi, Chostakovitch, Stravinsky. Des symphonies, des moments plus doux. C’est précisément que le Ricercar, qui donne son titre à la pièce du théâtre du Radeau, évoque une forme musicale, « moins élaborée que la fugue » et qui « enchaîne des épisodes différents qui peuvent être sans lien thématique », précise le programme. Une grande beauté plastique se dégage de l'ensemble. Mais face à cette succession de notes et d’images, on s’interroge sur le sens de tout cela. Certains, y voyant un moment rare de poésie, se sont enflammés pour ce spectacle, créé au Théâtre national de Bretagne à l'automne dernier (lire ici). Mais ce radeau ne nous a pas embarqués, nous a laissés à quai dans un sentiment mêlé d’ennui et de vacuité.

Illus Christophe Raynaud de Lage. Festival d'Avignon.

"Ricercar", au Festival In d'Avignon jusqu'au 25 juillet, puis au Théâtre de l'Odéon du 23 septembre au 19 octobre, au Théâtre national de Strasbourg du 2 au 21 février, à Espaces Pluriels de Pau, du 25 au 28 mars.




Avignon comme si vous y étiez - la nuit, le calme

Posté par Catherine le 23.07.08 à 03:06 | tags : festival d'avignon
Avignon la nuit



Hamlet bouffon

Posté par Nedjma le 22.07.08 à 10:37 | tags : festival d'avignon

Quatre ans après "Woyzeck", lors d'un festival d'Avignon dont il était l'artiste associé, Thomas Ostermeier revient dans la Cour avec « son » Hamlet. Un Hamlet de plus ? Pas vraiment. Dans une nouvelle traduction de son accolyte, Marius von Mayenburg, le directeur de la Schaubühne berlinoise offre une nouvelle lecture de la pièce. « En colère contre Hamlet », et désireux de lui mettre un « coup de pied aux fesses », le metteur en scène montre la figure shakespearienne, non pas comme un héros tourmenté, romantique, mais plutôt comme un bouffon lourdaud et paranoïaque, qui commence par jouer la folie, avant d’y sombrer véritablement. Pourquoi pas ? Le brillant Lars Eidinger, paré d’un costume rembourré, traîne sa carcasse imposante, depuis les obsèques de son père –qui, pour une fois ouvrent la pièce, plutôt que les secondes noces de Gertrude- jusqu’à la représentation théâtrale d’Elseneur, aux allures de cabaret. Il se balade caméra au poing et filme en temps réel une action projetée sur un écran de rideaux or. C’est très réussi. Ils sont six seulement, pour endosser tous les rôles. Simplicité et virtuosité de l’illusion. Gertrude devient Ophélie en un simple glissement de perruque, Polonius est aussi Osrik et Claudius Fortinbras, tandis que Laert joue également les fossoyeurs maladroits. Comme toujours, Ostermeier fait merveille dans une direction d’acteurs énergique et une mise en scène fulgurante. Un plateau mobile recouvert de terre figure à la fois l’obscurité du dehors et la lumière du dedans.

Musique rock à fond la caisse, images coups de poing, glissements burlesques, table de banquet recouverte de cubis de rouge et briques de lait… Le lever de rideau est magistral. Dommage que cette tragédie majeure sombre parfois dans une comédie à gros bouillons : un duel Laert/ Hamlet transformé en match de tennis, Gertrude qui entonne la chanson « Ma came » de Carla Bruni, des allers et venues limite dans le public, une adaptation du texte à l’humour facile… L’équilibriste Ostermeier, d’habitude d’une grande habileté, tire trop sur la corde potache plutôt que de rester sur le fil.

Illus © Christophe Raynaud de Lage. Festival d'Avignon

"Hamlet", Cour d'honneur du Palais des Papes puis à la Schaubühne de Berlin du 17 au 21 septembre et aux Gémeaux de Sceaux scène nationale, du 28 janvier au 8 février 2009.

 




Jean Vilar à la barre

Posté par Nedjma le 21.07.08 à 11:52 | tags : festival d'avignon

Avignon emboîte le pas au cortège de célébrations de mai 68 –célébrations à foison, jusqu’à l’overdose- car on ne le sait pas forcément, mais le mouvement a cheminé jusqu’au sud, quelques mois après la France entière. Et s’est déplacée depuis le social jusqu’à la culture. C’est à la Maison Jean Vilar que ça se passe, au travers d’une expo qui rappelle combien Jean Vilar, maître du festival fut mis à mal après celui de l’Odéon,Jean-Louis Barrault, à l’été 68 par une légion de jeunes enflammés que lui voyait comme des fils de bourgeois. D’un côté l’extrême gauche, de l’autre l’extrême droite, lui furent endosser, dans le bruit et la fureur tous les maux de la terre théâtrale. Julian Beck et son Living Theatre tenaient le haut du pavé, le off naissait dans la foulée. Passionnante revue de presse –Le Monde titrant « Vilar est-il un traître ? » !-, photos d’archives et films se succèdent pour rappeler ces temps pas si lointains où le fondateur du TNP était cloué au piloris au son de « Béjart, Vilar, Salazar ». Egalement des affiches d’époque où on peut notamment lire « Non à la culture du papape » ou encore « Les ouvriers au théâtre non, le théâtre aux ouvriers ». Clou du parcours, une suite de notes prises par Vilar en réponse au mouvement, un texte inédit. « Ce n’est pas l’imagination que vous avez amenée au pouvoir, c’est la masturbation, l’emmanuelisation (…) Vous défendez extrêmement mal une cause juste (…). Après le dialogue, j’ignore toujours quelle est votre doctrine politique et –si cela est trop ardu pour vos petites têtes de fils de bourgeois quel but vous souhaitez atteindre. »

Ironie du sort, c’est lui-même qui, d’une certaine façon initiait le débat avec une réflexion s’interrogeant sur le devenir des festivals et, au-delà, de la culture. « Il s’agit de savoir si les festivals ont fait leur temps, ce qu’ils ont désormais dans le ventre. Que représentent-ils aux yeux du public. Tourisme ? Passe-temps ? Esthétisme des petits loisirs ? Perception des taxes municipales ? Accroissement des recettes des commerçants ? Le théâtre n’est utile que s’il secoue ses manies collectives, lutte contre ses scléroses, dit comme le père Ubu : Merdre ». C’était dans la revue Janus. En 1964…

« Vilar, Béjart, le bazar », exposition à la Maison Jean Vilar, jusqu’au 26 juillet.




Avignon comme si vous y étiez - la nuit aussi

Posté par Catherine le 21.07.08 à 01:09 | tags : festival d'avignon
Avignon le soir  parade de nuit



Calaferte à la fête

Posté par Nedjma le 20.07.08 à 11:36 | tags : festival d'avignon

Alain Timar, metteur en scène avignonnais a rajeuni de 2O ans. Au moins. L'homme, adepte de forts univers plastiques, nous avait habitués à une profondeur plutôt sombre, montant Samuel Beckett et Albert Cohen, Gao Xingjian et Valère Novarina . Cette fois il s'attèle à Louis Calaferte, pour un voyage en son pays, et, ce n'est pas une mince affaire, puise dans mille et un textes de l'auteur, qu'il tricote à sa façon. Plutôt habilement. "Un riche, trois pauvres" ; "Droit de cité", "Pièces intimistes" ou encore "Septentrion"... autant d'œuvres auxquelles il emprunte pour construire « Je veux qu'on me parle ». Le langage comme préoccupation centrale. La difficulté des petites gens à échanger, à dire.

Cercle de gazon vert en guise de piste, loupiotes dessinant un toit de chapiteau, rideaux de velours rouge. Bienvenue dans le grand cirque de la vie. Deux hommes, une femmes, un peu bêtes, un peu méchants, médiocres attachants et losers magnifiques campent des duos et trios aux prises avec une existence tant absurde que terrible, une angoisse profonde sous les éclats de rire et une métaphysique débridée. A travers tous ces personnages, Calaferte dit son amour « des crapules, bandits, escrocs » et Timar livre une mise en scène au cordeau, derrière une apparente nonchalance. Jusqu'à la ritournelle finale, qui nous suivra longtemps, le trio d'acteurs bondissants jubile, et nous avec. Mention spéciale à Roland Pichaud, qui fait merveille, tour à tour en idiot truculent, employé harcelé, môme mélancolique, rouleur de mécaniques.

Je veux qu'on me parle, festival Off, jusqu'au 1er août, Théâtre des Halles, 17h.




Avignon comme si vous y étiez - parade toujours

Posté par Catherine le 20.07.08 à 09:49 | tags : festival d'avignon


 

 Photos de la rue des Teinturiers à Avignon. En 3 : la compagnie du Mystère Bouffe en parade.




Avignon comme si vous y étiez - plus de parades

Posté par Catherine le 19.07.08 à 11:42 | tags : festival d'avignon

Juliette ou la clef des songes

Tristan et Yseult

Dee gauche à droite et de haut en bas : le bonheur au travail, Juliette ou la clef des songes, Tristan et Yseult, un spectacle parmi (tant) d'autres. 

 

 




C'est du 36 mais ça chausse grand - Cendrillon tout simplement

Posté par Catherine le 19.07.08 à 08:18 | tags : festival d'avignon
Ces deux-là font tous leurs efforts pour présenter le spectacle que le public est venu voir. Ils ont prévu de jouer Cendrillon au moyen de quelques chaussures et d'une cassette enregistrée. Enfin, sans la cassette puisque le poste ne fonctionne pas. Enfin, rien ne fonctionne vraiment comme prévu. Les spectateurs finiront par voir le spectacle, mais cela ne sera pas sans quelques oublis, retards, explosions et électrocutions... Jouer le ratage, rien de plus difficile. Mais Olivier Chancelier et Alain Merlet le font avec tant de douceur et de gentillesse qu'on les excuse même de s'excuser à la fin du spectacle. Un doux moment de théâtre sans prétention, pour les petits comme pour les grands.

C'est du 36 mais ça chausse grand, à l'Espace Alya à 10h45
Jusqu'au 25 juillet - Avignon Festival Off



Clowns en liberté - Folygamie

Posté par Catherine le 18.07.08 à 19:15 | tags : festival d'avignon
FolygamieLes Nouveaux-Nez ont été parmi les premiers à amener le clown vers le théâtre à la fin des années 80. Puis au début des années 2000, ils ont eu envie de retourner voir du côté du cirque ce que le clown pouvait y faire. C'est ainsi qu'ils ont tourné pendant quatre ans, sous chapiteau, le Cirque des Nouveaux Nez. Mais voilà, les Nouveaux Nez ont à nouveau envie de légèreté, de simplicité, et pour tout dire, de théâtre ! Alors ils ont créé deux spectacles qu'ils testent en ce moment au festival d'Avignon. Madame Framboise s'adonne pour la première fois au solo avec Alpha-bête, et c'est un vrai bonheur. Et puis Georges Pétard (Nicolas Bernard) propose un duo avec une nouvelle venue dans la troupe, Motoreta (Raquel Esteve Mora). Intitulé Folygamie, le spectacle fonctionne sur le principe de la conférence qui foire plus ou moins ou à peu près. Le duo hésite un peu sur le chemin à emprunter, se perd et tournicote, finit par soudoyer le public pour s'arracher ses faveurs, et se décide finalement pour le sentier du numéro musical, avec une embardée assez peu commune pour des clowns, du côté de la manipulation d'objets et de la vidéo. Au final, Folygamie est un moment encore un peu chaotique mais emprunt d'une savoureuse poésie. Un spectacle sans danger, à apprécier en famille.

Folygamie, par la Compagnie des Nouveaux-nez, au Collège de la Salle à 20h45.
Avignon festival Off



Le Guillerm, c'est sûr, il est d'ailleurs...

Posté par Nedjma le 18.07.08 à 18:28 | tags : festival d'avignon

Qui est donc cette créature étrange, longue et au corps bien dessiné, fines tresses blondes, pelure rouge, chaussures de métal pointu ? Qui donc est ce personnage, homme à l'allure animale, mi-reptile, mi-fauve, au regard inquiétant et au claquement de langue idoine ? Où va-t-il chercher tout ça ? Johann Le Guillerm, enfant prodige du cirque, sorti de l'école de Châlon « avec les félicitations du jury » précise le programme du festival, est un artiste singulier, virtuose, passionnant.

Déjà présent à Avignon en 2004, il y revient cette année avec une nouvelle version de son spectacle « Secret » A la fois lointaine et proche. Jamais dans l'épate, plus dans l'épure, mais toujours dans un climat à nul autre pareil. Lumières, musiques, réglées au millimètre par une armada de techniciens aux costumes futuristes, pendant que le maître de la scène, le maître de la piste semble, lui, venu du moyen-âge.
Il dompte des carrés de peluche synthétique, joue au grimpeur fou sur une pyramide de bouquins à l'équilibre savamment maîtrisé, toujours sur le fil du rasoir, manie le rodéo sur un cheval de métal et construit planche après planche une improbable embarcation. Qui l'embarque loin. Et nous avec lui. C'est minutieux et virtuose, étonnant et inquiétant, poétique et d'une imagination foisonnante. Le Guillerm propose aussi une installation à la Miroiterie, "Attraction", -on y revient très vite-.

Secret, festival In, jusqu'au 26 juillet, Lycée Mistral, 22h.




La pluie, l'enfer, le monde

Posté par Nedjma le 18.07.08 à 15:27 | tags : festival d'avignon

Ça y est, le passage de relais est effectué, Catherine et Julie voguent vers d'autres cieux, j'ai pris la suite. Dans les conversations, au fil des rues, des troquets, et des files d'attente, les festivaliers évoquent 1. le temps -il fait chaud, il fait froid, il pleut etc.- La pluie d'ailleurs qui a provoqué, voilà quelques jours, l'annulation de moult spectacles de plein air, le report d'autres, le retard enfin des derniers. Voir "Inferno" est une expérience chamboulante. Voir "Inferno" les fesses dans l'eau, une expérience éprouvante... 2. l'affluence : y a plus, moins de monde, ou autant, que les années précédentes ? Chacun a son avis sur la question 3. le démarrage un peu cafouilleux entre les deux festivals, qui ont levé leur rideau avec une semaine d'intervalle. Du coup, pas mal de spectateurs se sont cassés les dents les premiers jours. Conclusion provisoire : un festival unifié, c'est pas franchement pour demain ! 4. Bien sûr, les-spectacles-qui-comptent. Si côté in, les réservations sont bouclées depuis longtemps, pour ce qui est du off, le bouche à oreille règne en maître. Pas étonnant alors, si la première question qu'on pose aux autres c'est : « alors, faut voir quoi cette année ? » Réponse ardue, puisque rien moins qu'un millier de pièces se partagent l'affiche de cette édition 2008. On ne les verra pas toutes, alors on vous guide seulement, depuis le début, sur les traces de quelques coups de cœur, ou de gueule... A bon entendeur...

 




Avignon comme si vous y étiez - parades

Posté par Catherine le 18.07.08 à 14:39 | tags : festival d'avignon

 

 




Gros buzz sur Avignon - BASH

Posté par Catherine le 18.07.08 à 10:40 | tags : festival d'avignon

BashUn tapis blanc et moelleux. Un homme assis dans un fauteuil, un verre à la main. La photo d'un pavillon de banlieue, de nuit, projetée sur un écran. L'homme raconte sa vie au bureau et la mort de sa petite fille. Pour une fois, la seule fois, dit-il. Il prend son temps, précise chaque circonstance, explique chaque pensée, chaque arrière-pensée. De prime abord, l'histoire de cet homme est très triste. Petit à petit, témoin surpris, le spectateur réalise toute l'horreur de cette confession. La seconde histoire, narrée par un couple de jeunes fiancés bon chic bon genre, commence sur un ton très sympa, très sucré. Mais le public se doute déjà que derrière les beaux sourires se cachent des souvenirs moins mielleux. Il aura eu raison d'avoir peur. Puis vient un troisième moment, où une jeune femme raconte comment son professeur l'a mise enceinte alors qu'elle n'avait que treize ans. Si son histoire à elle est terrible dès le début, elle n'en sera pas moins terrible à la fin. Regroupés sous ce titre Bash - qui veut dire en argot américain "cogner, frapper, défoncer" - les trois textes de Neil Labute, auteur né à Detroit en 1963, disent la part d'ombre en l'homme, faite de croyances profondes, de calculs privés, de blessures intimes, part d'ombre qui mène parfois les gens ordinaires au crime. Si les trois vies étalées sont captivantes, la construction de chacun des trois monologues est très habile. A tel point qu'une simple lecture suffirait à en rendre toute la force. René Georges fait donc bien de limiter sa mise en scène au minimum, avec quasiment aucun déplacement, et de miser tout sur le jeu des comédiens. En Fabrice Rodriguez, Edwige Baily, Bruno Mullenaerts et Lara Persain, il a trouvé des interprètes incroyables de précision et de sincérité. Un grand moment de littérature et un grand moment de théâtre.


Bash, latterday plays (scènes des derniers jours)
de Neil Labute, mise en scène et adaptation : René Georges
Une production de l'XK Theater Group
Au théâtre des Doms, du 7 au 27 juillet, à 16h00
Avignon Festival Off




Mâ Ravan' - la mémoire des corps

Posté par Catherine le 18.07.08 à 09:07 | tags : festival d'avignon

Où s'arrête le rituel, où commence la représentation ? En tout cas, c'est certain, quand le public paie sa place pour venir assister à des danses de l'autre bout du monde et entendre des invocations dans une langue qu'il ne comprend pas. Et encore plus dans le cadre d'un festival de théâtre. "Entre rituel et représentation, à travers l'évocation et l'invocation des grands Marrons, rebelles et résistants, héros intemporels qui ont ouvert les chemins de la liberté, Mâ Ravan' met en scène, met en "chair", les forces de vie inscrites dans les corps de chacun aujourd'hui", précise bien le programme. A nouveau, au moment de la demande d'extinction des portables, on nous rappelle que nous allons assister à un instant à la mémoire des esclaves rebelles qui se sont battus pour la liberté. Pas de problème, les spectateurs qui sont là sont donc bien prévenus.

Ainsi que l'indique le titre, le spectacle est axé autour de la ravanne. La ravanne, c'est une sorte de tambourin très large, percussion commune à toutes les îles de l'Océan Indien et que l'on retrouve aussi en Afrique de l'Est, en Inde, au Sri Lanka...  Trois beaux jeunes hommes noirs, tout en muscles, le crâne rasé, et un homme noir plus âgé, à l'épaisse chevelure, frappent sur la ravanne l'appel des ancêtres, l'appel des origines. Ils chantent des noms d'esclaves et les entrecoupent d'invectives brutales : les noms insultants donnés par les maîtres aux esclaves. Ils dansent, jusqu'à la transe.

Alors oui, les sons et les rythmes de la ravanne sont splendides, les corps sont beaux, les mouvements sont plein de force et de grâce. Mais, de même que Julie devant les moines Shaolin (www), je me suis sentie très spectatrice de tout ça, et en aucun cas partie prenante à un rituel. Du coup, l'ennui pointe assez rapidement le bout de son nez. Mais ne voyez ici que paroles de mécréante : ce spectacle est un des buzz du festival.

Mâ Ravan', par le théâtre Talipot (Saint-Paul de la Réunion)
Ecriture, mise en scène, chorégraphie : Philippe Pelen Baldini

Du 10 juillet au 2 août à 15h35 à la Chapelle du Verbe Incarné / Avignon Festival Off




Les frères Quay - du cinéma au festival d'Avignon

Posté par Catherine le 18.07.08 à 08:38 | tags : festival d'avignon

Le plus difficile, c'est de trouver l'hôtel de Forbin La Barben. Bien caché quelque-part derrière la place principale et un peu à l'ouest de la place Saint-Didier, le bâtiment héberge l'exposition Night Nursery, des frères Quay. L'architecture et la décoration de cet hôtel particulier renvoient parfaitement à l'univers excentrique et inquiétant des oeuvres de ces deux jumeaux identiques. Une échappée vers le cinéma d'animation, bienvenue en ce temps de festival de théâtre à haute dose. L'idéal est de courir s'y abriter en cas d'orage (depuis la jonction de la place Principale et de la place Saint-Didier, prendre à l'Ouest, puis à gauche, puis encore à gauche).

Night Nursery, ceux qui désirent sans fin, exposition
Conception et réalisation : Stephen et Timothy Quay
Hôtel de Forbin la Barben, de 12h à 19h
Avignon Festival In

Illus. Stille Nacht (1988)




Eaux-les-Bains, heureux hasard du Off

Posté par Catherine le 17.07.08 à 08:38 | tags : festival d'avignon

Ce n’est ni la région Alsace-Lorraine dont est originaire la compagnie du Kafteur (région avec laquelle je n’ai pas d’affinités particulières), ni l’auteur (il n’y a pas de texte, donc pas d’auteur – cela ce discute d’ailleurs, mais c’est comme ça ), ni l’horaire (matinal) ni le lieu ni le pur hasard, qui ont guidé mon choix, mais tout simplement l’affiche. Une vue plongeante sur un barbu costaud torse nu portant un bonnet de bain, trois autres gugusses en maillot, sur un « eaux les bains » écrit façon piscine rétro. Et puis la description : « ballet burlesque, en peignoir et sans parole ». Envie d’un petit coup de burlesque sympa, je me suis laissé tenter, et j’ai vraiment bien fait !

 

Maillots, peignoirs, serviettes de bains, cabines, table de massage, petite fontaine, distributeur d’eau fraîche, vapeur d’eau, carte du curiste, le petit monde de la cure thermale est recréé sur le plateau, dans un décor tout en blanc et en bleu. D’un côté les curistes, venus seuls et d’horizons différents, en recherche de bien-être un petit peu et d’attention beaucoup, voire plus si affinités. De l’autre, le personnel, restreint et plutôt débordé. Les portes claquent, les robinets débordent, les serviettes s’échauffent, les maillots tombent, le tout contenu régulièrement par de profondes prises d’inspiration. Quelques bonjour, merci, voilà, et hop rythment ce ballet incessant et hilarant, sur une création sonore impeccable aussi bien pour souligner que pour décaler l’action. Eaux-les-Bains est un petit bijou burlesque à la Jacques Tati, à consommer sans modération.

 

Eaux-les-Bains, création collective visuelle burlesque de la Compagnie du Kafteur
Mise en scène Luc Falbriard
du 10 au 29 juillet au théâtre la Luna, à 10h45
Festival Avignon Off




Monsieur de Pourceaugnac a la peau noire

Posté par Catherine le 17.07.08 à 07:50 | tags : festival d'avignon

Isabelle Starkier et son Star Théâtre présentent à Avignon l'un des treize Molière programmés et dont je vous parlais dans mon analyse statistique : Monsieur de Pourceaugnac. Tout l'intérêt de la proposition réside dans le renversement du ridicule. La pièce de Molière met en scène un Limousin fraîchement débarqué à Paris. Les habitants du Limousin étant de nos jours plutôt bien acceptés à Paris, Isabelle Starkier a décidé de marquer la différence du personnage en lui donnant pour interprète un comédien noir. Monsieur de Pourceaugnac a la peau noire... mais un beau costume blanc. De plus, il s'exprime bien, calmement, poliment. Et ce sont les autres, tous les autres, qui sont ridicules. Les deux amoureux sont d'une mièvrerie sans fond, le valet est un vieux mafieux italien qui porte d'horribles costumes bigarrés, la mère est obligée de cacher sa monstruosité derrière une voilette... Et comme tout ce petit monde va jouer la comédie à l'étranger pour l'obliger à retourner "dans son pays", et surtout à renoncer à la jeune fille qu'il est censé venir épouser, ils vont chausser d'extraordinaires masques qui auront pour effet d'accentuer encore le grotesque de leurs caractères. Les costumes et les masques sont signés Anne Bothuon, artiste qui avait déjà collaboré avec le Star Théâtre lors de précédentes créations, comme Têtes Rondes, Têtes Pointues ou encore le Bal de Kafka, et dont on avait pu apprécier la superbe exposition de statues molles à l'occasion des Scènes Ouvertes à l'Insolites en juin dernier au Théâtre de la Cité Internationale. Un spectacle énergique et visuellement impressionnant.

Monsieur de Pourceaugnac, de Molière, mise en scène Isabelle Starkier
A 16h15 à l'Espace Alya
Avignon Festival Off




Pêche en eaux troubles

Posté par JdF le 16.07.08 à 11:36 | tags : festival d'avignon

La Pesca de Ricardo Bartis débute par la vision d'un décor assez facinant, celle d'une sorte d'arrière-cour, donnat sur une rivière, un ruisseau, un égoût... mystère ? Les spectateurs ne peuvent le voir puisqu'ils sont précisement assis là où il devrait se situer. Les personnage venus pour pêcher dans ce trou humide.

Avant d'en arriver là, ils ont dégringolé le long d'un escalier "casse gueuele" qui longe le mur de la maison figurée au fond de la scène. Là dessus la discussion entre les personnages évoquent l'histoire récente de l'Argentine, au point qu'un lexique décrptant les allusion politiques et culturelles est imprimé au dos de la brochure.

Sinon que dire de plus ? Une fois habitué au décor, qu'on a vu apparaître les personnages, on a peine à suivre leurs dicussions (très allusives et décousues) et l'affaire traine en longueur bien que le spectacle ne dure qu'un peu plus d'une heure.

En le revoyant, un souvenir m'a traversé l'esprit : "mais bon sang ! j'avais vu un autre spectacle de Ricado Bartis, passé en 2004 à Toulouse lors du festival Mirà et alors déjà, l'apect poisseux de son univers m'avait frappé, chose qui n'est pas pour me déplaire, mais qui, ici, était parasité par une intrigue difficile à suivre. La pêche n'a pas été miraculeuse, cette fois-ci....

La Pesca de Ricardo Bartis, jusqu'au 23 juillet, à 17h, à Chateaublanc. 




Faune(s) - le Grand N'importe Quoi

Posté par Catherine le 16.07.08 à 11:14 | tags : festival d'avignon
Tout se passait un peu trop bien à ce festival. Des pièces du In superbes, passionnantes, ou au pire simplement intéressantes, des pièces du Off (soigneusement sélectionnées) sympathiques, fantastiques ou même encore absolument enthousiasmantes. Mais alors mais alors, où était-il, celui que nous avions l'habitude de retrouver chaque année ? Où était-il, ce compagnon plus ou moins tonitruant, mais toujours présent, du festival ? Où était-il, le Grand N'importe Quoi ? A vrai dire, nous avions une petite idée avant même d'aller le retrouver pour un soir. Le buzz fonctionne à l'endroit mais aussi à l'envers. C'est comme ça, avec le Grand N'importe Quoi : on le devine, on le pressent, mais on n'hésite pas à aller à ses devants, pour être sûr que, pour une fois, il n'abrite pas sous ses oripeaux une perle cachée, un joyau génial qu'on regretterait d'avoir manqué...
Je suis donc allée voir Faune(s). Tout d'abord, il y a ce titre, avec le "s" entre parenthèses rebattu et un peu ridicule. Puis il y a le cloître des Célestins, la lune brûlante en toile de fond, la douce brise, et ça, c'est plutôt bien. Ensuite, il y a... pas grand-chose. Une succession de moments. Un petit film d'abord. Noir et blanc. Peut-être le meilleur moment de la soirée: la caméra suit le regard concupiscent d'un homme replet sur de jeunes joueurs de tennis aux corps attirants de jeunesse. Traque furtive dans la ville. Conclusion plus amusante qu'érotique. On assiste ensuite à la reprise de l'Après-midi d'un Faune dans sa version originale telle que dansée et chorégraphiée en 1912 par Nijinski. Bien sûr, on ne voit que le corps rond d'Olivier Dubois, moulé dans un justaucorps couleur chaire, au motif feuilles mortes assorti à la toile peinte, réplique exacte de l'originale de Nijinski. Décor très kitsch pour ballet très kitsch avec corps curieux. Suivent deux autres solos interprétés par Olivier Dubois, proposés par deux artistes différents, Sophie Perez et Christophe Honoré. Chacun propose une seule image, très peu de mouvements, aucun intérêt. Du Grand N'importe Quoi.

Faune(s) de Vaslav Nijinski / Dominique Brun, Sophie Perez / Xavier Boussiron, Christophe Honoré, Olivier Dubois
Idée originale et interprétation : Olivier Dubois
Vu à Avignon Festival In



Slipping - d'amour et d'apesanteur

Posté par Catherine le 16.07.08 à 09:07 | tags : festival d'avignon

D'abord ils se cherchent, s'étreignent, défient ensemble les lois de la perspective et de l'apesanteur dans une succession de portées et de suspensions pleines de douceur. Puis les corps s'emballent, les mains agrippent les chairs, le beau couple ne fusionne plus que dans la douleur. Un duo aussi bref que follement élégant.

Slipping, danse, par la compagnie Furiosas (Belgique francophone), conception mise en scène et vidéo Carmen Blanco Principal, durée 23'
Studio des Hivernales / Avignon Festival Off




Ratage de midi

Posté par JdF le 15.07.08 à 14:28 | tags : festival d'avignon

Eh oui, Le Partage de midi joué par Gaël Baron, Nicolas Bouchaud,Valérie Dreville,et Jean-François Sivadier, "mis en scène" par les mêmes ainsi que Charlotte Clamens, n'est pas une réussite.

Les acteurs qui nous ont si souvant éblouis (Gael Baron dans les spectacles de Bruno Meyssat, Nicolas Bouchaud dans ceux de Sivadier, Valérie Dréville chez Régy et Vassiliev), ne donnent ici que des caricatures d'eux-mêmes. Voulant casser avec une tradition passablement gnan gnan qui veut que Claudel soit psalmodié d'un ton éthéré ou bravache, les voilà qui s'essaient à des diction et des regsitres qui sont nécessaires au travail de plateau mais qui, livrés tels quels à la représentations, ne dépassent pas l'exercice de style.

L'absence de metteur en scène attitré est flagrante : le spectacle n'est pas construit selon un projet dramaturgique précis mais au gré des désirs dispersés d'ego qui s'en donnent ici à cœur joie. Le seul qui échappe un tant soit peu à ce travers est Gaël Baron. D'abord parce qu'il hérite d'un rôle ingrat (le mari), ensuite parce qu'il est rapidement mis à l'écart du trio et que cette position correspond hélas à l'esprit de ce Partage fort peu partageux : Sivadier et Bouchaud ont mené ensemble bien des projets et entreprennent celui-là dans la continuité de leur collaboration, Dréville est la star et diva de ce spectacle, rôle dans lequel elle se coule avec délectation, et Baron, troisième roue du carosse, fait figure de vilain petit canard.

C'est pour ça que lui, je l'aime.

Partage de Midi, par Gaël Baron, Nicolas Bouchaudd, Valérie Dréville, Jean-François Sivadier et Charlotte Clamens

Jusqu'au 26 juillet dans la Carrière de Boulbon à 21h30.

 

 




Agnes 68 : la nostalgie camarade...

Posté par JdF le 15.07.08 à 10:08 | tags : festival d'avignon

Pour ceux qui n'étaient pas né en 1968, précisons que l'auteur et le metteur en scène d'Agnes 68 s'appelle Jacques Kraemer, qu'il animait dans les années 60 le TPL ou Théâtre Populaire de Lorraine et qu'il était alors une grande figure de la scène partisane.

Agnes 68, qu'il avait commencé à écrire à l'époque, met en scène son double, un comédien/metteur en scène féru de Brecht, perplexe face aux événements qui se déroulent dans les grandes villes alors que lui, durant ce mois de mai 68, tourne L'École des femmes dans le Sud-Ouest.

L'acteur qui joue Horace est un jeune contestataire né en politique au début des événements. Quant à Lili qui joue Agnes, elle est aussi inculte que son partenaire, et écoute avidement les leçons de matérialisme historique dispensées par son pygmalion de metteur en scène dont on ne s'étonnera pas qu'il se soit réserve le rôle d'Arnolphe.

Le charme du spectacle tient à son authenticité : loin des célébrations des anciens qui l'ont oublié ou des jeunes qui l'ont fantasmé, Kraemer raconte un 68 de biais, un peu comme Louis Malle l'avait fait avec Milou en mai. C'est d'ailleurs curieux de voir se rejoindre le communiste pur jus et l'anarchiste pas de droite, mais presque qu'était Louis Malle.
Il est dommage que la forme paraissent quelque peu désuète : suite de scénettes qui oppose ou rassemble les protagonistes. Les deux hommes s'affrontent sur le terrain politique et la rivalité amoureuse, alors que Lili repousse l'un et se laisse charmer par l'autre (dans un schéma inverse de celui de la pièce de Molière : ah, pourquoi diable Arnolphe n'avait-il pas lu Marx?).

Bref, on aurait attendu plus d'imagination de la part de quelqu'un qui a participé à la contestation politique du gaullisme, laquelle contestation s'accompagnait d'expérimentations artistiques d'envergure.

Sans attendre des seaux de peinture rouges déversés sur les acteur, une petite prise de risque formelle aurait complété à bon escient l'évocation du moment 68.

Agne 68, de Jacques Kraemer, jusqu'au 1er août, à 14h15, au Théâtre du Balcon.




Sonia - gourmandise Lettone

Posté par Catherine le 15.07.08 à 08:03 | tags : festival d'avignon

Sonia Tout d'abord, il y a le décor. Un intérieur russe des années quarante reconstitué dans ses moindres détails, jusque dans le garde-manger qui s'éclaire quand on l'ouvre. Assez peu habituel au théâtre de nos jours, surtout parmi les propositions du In. Entrent deux cambrioleurs, bas sur la tête et sac en plastique aux bras. Ils prennent leur temps. Du temps pour ouvrir la porte, du temps pour "visiter" l'appartement, du temps pour enfiler finalement les habits qui du narrateur et qui de Sonia. Sonia va donc trouver un corps dans ce gros homme qui enfile sa robe sans forme, ses bas, ses jarretières, sa perruque à bigoudis, et son maquillage.
Sonia n'est pas très intelligente. Elle est même carrément sotte, et l'homme sous le costume figure cette bêtise en écarquillant d'énormes yeux ébahis. Sonia n'ouvre pas la bouche. C'est l'autre homme qui raconte, très calmement. L'histoire, tiré du roman de Tatiana Tolstaïa, romancière russe contemporaine, s'installe tranquillement, tandis que Sonia évolue dans son intérieur. La chambre, la salle à manger, la cuisine. Sonia fait très bien la cuisine. Un jour, pour se moquer d'elle, des connaissances lui inventent un amoureux épistolaire. Celui-ci n'existera que par ses lettres enflammées et les pensées de Sonia pour lui. Le spectateur se laisse prendre par le destin terrible de cette femme, lancée à corps perdu dans une aventure romantique totalement virtuelle, à laquelle seule la guerre pourra mettre un terme. Une forme théâtrale totalement inhabituelle pour une histoire captivante, portée de bout en bout par la forme massive du comédien Gundars Abolins.

Sonia, mise en scène Alvis Hermanis, directeur du Nouveau Théâtre de Riga (Lettonie)
Vu au Festival In
Crédit photo : Gints Malderis




Shitz - Hanokh Levin à déguster cru

Posté par Catherine le 14.07.08 à 12:02 | tags : festival d'avignon

 


Parmi toutes les propositions du Off cette année, une seule pièce de Hanokh Levin. En admiratrice déclarée de l'auteur, je me devais donc d'y assister. La Compagnie Ici et Maintenant, basée à Châlons-en-Champagne présente dans le Off, Shitz, classée parmi les pièces comiques de l'auteur. Ecrite en 1975, elle narre par le menu (calorique) les efforts d'une grosse fille laide pour trouver un mari, quitte à épouser un goujat qui ne pense qu'à empocher au plus vite l'héritage du beau-père. L'histoire est tout à fait ordinaire, dans tout ce que l'ordinaire peut avoir de plus vulgaire : le mariage à tout prix, par peur de rester seuls, la noce qui coûte cher et qu'il faut rentabiliser, les enfants qu'on fait naître pour avoir quelqu'un sur qui exercer un pouvoir, les corps qui tombent en décrépitude, la guerre qui permet de s'enrichir, la guerre qui fait mourir... Avec Shitz, et encore plus que dans ses autres pièces, Hanokh Levin ne fait pas dans la dentelle jolie et amidonée. Dans une langue très crue, il démasque toutes nos petites mesquineries, et les pousse jusqu'à l'extrême. Il ne reste au spectateur aucune autre issue que le rire. Sous la houlette de Christine Berg, les comédiens de la compagnie Ici et Maintenant se donnent à fond aux personnages, et n'hésitent pas à endosser les habits de la caricature.
Toutefois, caricature sur caricature, la sauce est parfois un peu lourde. Un tout petit peu de respiration n'aurait pas ralenti la machine. Les textes de Levin sont suffisamment outranciers par eux-mêmes, il n'est pas nécessaire de pousser à tout moment cette outrance. Un second bémol pour le choix des comédiennes et les tenues qu'elles portent: ces dames sont trop jolies, trop bien habillées et ont des corps trop parfaits, alors que la mère est censée être vieille et décrépie et la fille obèse et moche. C'est dommage. Malgré tout, et heureusement, le public qui ne s'attendait pas à s'en prendre autant à travers la figure, réagit à fond de train, dans un concert de rires et de hurlements. A voir, donc, pour découvrir l'auteur.

 

Shitz, de Hanokh Levin, mise en scène Christine Berg
A la Caserne des Pompiers, du 4 au 26 juillet
Festival Avignon Off
Crédit photo : Jacques Philippot




Tragédies romaines : tout ça pour ça !

Posté par JdF le 14.07.08 à 10:52 | tags : festival d'avignon

Quelle déception ! La rumeur criait au génie et nous faisait espérer une petit bijou avignonesque, un spectacle phare, un de ceux qui guide la navigation tout le reste de l'année théâtrale.

Las ! Les six heures que dure le spectacle ne sont qu'une suite de scènes où Coriolan César, Antoine et Cléopâtre habillés en costumes contemporains semblent nous jouer un téléfilm dont l'action se déroulerait en Dallas et Washington (Dallas pour Alexandrie et Washington pour Rome, s'il faut préciser la métaphore). Car ce qui émerge de ce dispositif qui se veut ultrabranché (une scène immense comprenant plusieurs espaces fonctionnels et équipés de canapés confortables et d'écrans sur lesquels les spectateurs qui ont souhaité pénétrer sur le palteau suivent le déroulement des événements.

Il faut dire que le plateau est alléchant, on y propose un sevice bar, on peut y acheter la presse et même surfer sur le net... Génial ! Comme si les concepteurs du spectacle convenaient que leur travail est à ce point anecdotique qu'on pouvait aisément zapper le déroulement de l'action. Et, en effet, malgré des comédien d'envergure, les tragédies shakespeariennes sont totalement écrasées par le rouleau compresseur d'une mise en scène qui affiche sa fascination pour les media contemporains et les images qu'ils produisent.

On en ressort avec l'impression de nausée qu'on ressent après avoir trop regardé la télé.

Tragédie Romaines, Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre, d'après William Shakespeare, par Ivo van Hove et le Tonelgroep, les 12, 13 et 14 juillet à 16h, au Gymnase Gérard Philipe.

Crédit photo : Jan Versweyveld




A l’année prochaine, Saint Florent

Posté par Floriane le 13.07.08 à 12:03 | tags : festival, ici et là

Moines de MajuliLe festival Les Orientales vient de clôturer sa dixième édition : un voyage inédit, comme chaque année, des plaines de l’Europe orientale et de l’Asie Centrale à l’Inde rituelle. Comme rarement, le spectateur de la dernière soirée a eu la chance de se voir offrir un condensé des influences réciproques et des parentés objectives entre les musiques rassemblées dans la programmation.
L’Inde avait la part belle, lors du deuxième week-end du festival qui accueillait, en grande première européenne, les moines danseurs de l’île de Majuli, située au Nord Est du continent. Digne des spectacles les plus professionnels, leur prestation a su garder l’authenticité et la fraîcheur des cérémonies et des pièces de théâtre destinées à la population de « là-bas ». On reverra sûrement tôt ou tard sur les grandes scènes hexagonales ces adorateurs de Krishna qui, pour l’heure, avaient réservé leur première sortie internationale au festival Les Orientales, tout comme les danseurs du Karnataka appréciés le week-end précédent.
Mais l’intérêt des Orientales ne réside pas seulement dans ces « premières mondiales » dont s’enorgueillirait n’importe quelle salle parisienne. Il faut plutôt chercher l’identité de la manifestation dans la grande connaissance et le respect des musiques et des formes de spectacles ici présentées. Quelle intelligence dans le parcours mêlant musique indienne et cordes d’Asie centrale, chant flamenco et kartales du Rajasthan, le tout couronné des violons tsiganes qui rappellent, après tout, que tout cela est centré sur l’itinéraire ancestral des gens du voyage.
Saint Florent le Vieil a salué, une fois de plus, la fin de cette manifestation de qualité mais sans prétention, avec l’ouverture et la générosité qui caractérisent son public comme son équipe de bénévoles composant une bonne partie de l’équipe. Au risque de se répéter, on ne peut que souhaiter, très fort, que l’authenticité de cette démarche puisse se maintenir dans les années à venir pour que grandissent, encore, la tolérance et la bienveillance si nécessaires en ces temps frileux.

A lire : L’Ile aux moines danseurs de Nadine Delpech, chez Alphée

© Nadine Delpech 




Kung Fu Sutra !

Posté par JdF le 13.07.08 à 10:05 | tags : festival d'avignon

Voici un spectacle qui satisfait ses spectateurs : de la danse, du Kung Fu, des sauts périlleux et autres acrobaties, une vingtaine de moines du temple Shaolin, dont un petit garçon qui suscite (le contraire eût été étonnant !) l'attendrissement des spectateurs...

Eh bien tout le monde avait l'air content, mais moi pas ! Et oui, je suis comme ça : mauvaise ! Un petit garçon, ça ne m'attendrit aucunement, surtout quand il fait des acrobaties à manquer de se rompre le cou (ça au moins ç'aurait été drôle). Et le Kung Fu, c'est sympa, mais là, contrairement aux films avec Bruce Lee, les moines  paradent mais ne se battent même pas "pour de vrai" : pas de gentils, ni de méchants, le spectateur n'a pas à prendre parti, et à espérer la victoire écrasante des premiers sur les seconds (ou l'inverse)...

Non, le spectacle de Sidi Larbi Cherkaoui enjoint ses spectateurs à admirer l'esthétique du mouvement. Et pour ce faire, soigne l'esthétique du spectacle : c'est beau, si c'est ingénieux : et hop, les boîtes qu'on retourne, déplace, dans lesquelles on se glisse pour mieux en jaillir en poussant un cri de guerre, quelques génuflexions et prières zen pour contenter nos spectateurs occidentaux en mal de spiritualité... Je ne sais pas vous, mais moi,au bout de quelques temps, tout ça me lasse...

Sutra de Sidi Larbi Cherkaoui, jusqu'au 13 juillet dans la cour du Lycée Saint Joseph, à 22h

Crédit photo : Hugo Glendinning 




Alpha-bête, les Nouveaux Nez sont à Avignon !

Posté par Catherine le 12.07.08 à 16:32 | tags : festival d'avignon

Madame Françoise nous accueille avec sa belle cape et ses lunettes sévères. C'est la maîtresse. Elle est enthousiaste comme une élève de CP. Pleine de l'énergie de l'enseignant qui débute, gentille mais un peu tête en l'air. Avec une certaine propension à la prise de libertés avec le programme, c'est sans vergogne qu'elle fait pencher la balance du côté de la poésie. Son nez rouge ne l'empêche en aucun cas de manier le verbe avec passion et en grande virtuose. Qu'elle est attachante, cette Madame Framboise, et qu'on a envie de retourner s'asseoir sur les bancs de son école !

Alpha-bête, la nouvelle création de la compagnie les Nouveaux Nez
Avignon festival Off, du 10 au 30 juillet à 11h au Collège de la Salle

Interprète : Roseline Guinet
Mise en scène : André Riot-Sarcey




Stifter Dinge, c'est dingue !

Posté par JdF le 12.07.08 à 13:32 | tags : festival d'avignon

Comme la plupart des spectacles de Heiner Goebbels, Stifters Dinge est déconcertant : spectacle musical et machinique, sans acteurs, où le spectateur est invité à pénétrer un univers étrange, fascinant et parfaitement maîtrisé.

La scène est étroite et profonde, attirant le regard sur la perspective au fond de laquelle se dressent les machines ( sortes de pianos verticaux ou xylophones mécaniques) et arbres secs, qui selon l'éclairages et les projections d'images évoquent tour à tour une jungle et un paysage industriel.

Devant cette installation, des pièces d'eau, étale ou bouillonnante contribue à l'étrangeté de l'impression ressentie. Le calme, la tempête, l'orage qui est figurée comme une réponse visuelle et sonore au texte d'Adalbert Stifter, l'écrivain autrichien du XIXe siècle qui a inspiré le spectacle (d'où son titre).

Car enfin ce qui frappe dans ce spectacle, c'est au delà de l'avant-gardisme affirmée (machines, absence d'acteurs, hybridation du spectacle aux arts sonores et plastiques), c'est le classicisme qui finit par gagner. J'entends classicisme au sens noble : la sensation de situer finalement hors des délimitations chronologiques préétablies, dans un monde où la voix de Claude Lévy-Strauss répond à celle d'Adalbert Stifter.

Stifter Dinge, d'Heiner Goebbels, les 12, 13, 14 juillet à 15h et 18h, les 12 et 13, à 21h, à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon

Crédit photo : Mario del Curto




Airport Kids - le théâtre documentaire de Kaegi

Posté par Catherine le 12.07.08 à 10:21 | tags : festival d'avignon

Airport Kids

Il y a deux ans, Stefan Kaegi, jeune metteur en scène suisse-allemand créait la surprise à Avignon avec son Mnemopark, objet théâtral alors non identifié, où des modélistes passionnés venaient montrer et parler de leurs maquettes. Aujourd'hui, un nom a été trouvé pour ce nouveau genre théâtral : le programme fait mention de "théâtre documentaire". Et voilà, tout s'éclaire. Stefan Kaegi fait du théâtre documentaire. Donc, ne pas chercher si c'est du théâtre ou si "c'est pas du théâtre", c'est du théâtre documentaire. Tout comme sur une bobine on peut faire une fiction ou un documentaire, sur scène on peut faire beaucoup de choses, et Stefan Kaegi, lui, fait du théâtre documentaire. C'est clair.
Mais pourquoi faire du théâtre documentaire ? Stefan Kaegi s'en expliquait lorsque nous l'avions rencontré en 2006 : "Les acteurs ne m’intéressent pas trop. Le jeu du comédien est un peu pour moi un acte de prostitution : quelqu’un parle pour gagner de l’argent, il parle pour flatter son égo, il dit des choses auxquelles il ne croit pas vraiment. Cela ne m’intéresse pas. Je préfère trouver des gens qui sont réellement quelqu’un et chercher à découvrir qui ils sont."
Avec Mnemopark, le sujet était tellement spécial, pour ne pas dire bizarre ou ridicule (la passion pour les maquettes, je vous le rappelle), qu'il était permis de se demander si Kaegi ne jetait pas un regard moqueur sur son sujet. La rencontre avec le metteur en scène avait permis de vérifier que cela n'était pas du tout le cas. Il voulait simplement faire partager la passion de ces modélistes. Cette année, Stefan Kaegi revient avec des personnes sur lesquelles on n'imagine pas son regard autrement que bienveillant : des enfants.
Airport Kids rassemble une dizaine d'enfants de 7 à 14 ans qui ont la particularité d'habiter en Suisse mais d'avoir des parents venus d'autres pays. Eux-mêmes sont passés par d'autres endroits du monde avant d'atterrir à Lausanne. Ils parlent plusieurs langues, ont plusieurs passeports, fréquentent les aéroports. Ce sont ce qu'on appelle des "nomades mondiaux". Stefan Kaegi, accompagné cette fois de Lola Arias, les a rencontrés à l'occasion d'un atelier au cours duquel les enfants ont raconté leur vie, imaginé l'avenir, formé un groupe de rock, sans oublier de grandir pendant le même temps. Une poignée d'entre eux ont été retenus pour présenter cette pièce documentaire. Sur scène, l'univers de chacun des enfants est figuré par une grosse boîte qu'il habite. Un jeu de caméra permet de les suivre jusqu'à l'intérieur de leur boîte. Les enfants se présentent, montrent des photos d'eux, de leur famille, expliquent leur situation, se livrent à un jeu de questions/réponses entre eux, chantent la chanson de leur collège international, chantent leurs propres compositions. Ils disent leurs rêves, leurs envies, leur vision du futur. Ils ont préparé leurs répliques, ils ont appris leur texte, ils ont répété les déplacements et les enchaînements, et pourtant ils ne jouent pas. Ils font d'ailleurs face aux incidents du direct avec beaucoup de tranquilité. Ils sont eux-mêmes, ils se racontent. Et au moment de les quitter, le public ne peut s'empêcher de ressentir un petit pincement au coeur : une certaine émotion.

Airport Kids, de Lola Arias et Stefan Kaegi
Festival In, Gymnase du lycée Mistral, du 6 au 12 juillet 2008

Crédit photo : Mario Del Curto




Purgatorio : Castellucci frappe fort !

Posté par JdF le 12.07.08 à 10:10 | tags : festival d'avignon

Purgatorio est un spectacle dont il n’est pas évident de se remettre. À bien des points de vue.
Sans pouvoir, hélas, raconter l’intrigue sans casser la machine dramaturgique qui repose sur un basculement, disons que ce basculement fait passer les personnages (car cette fois, il y a des personnges au sens usuel qu'on donne à ce mot) d’un monde (trop ?) parfait à une réalité cauchemardesque.
Disons encore que pour ceux qui, à l’inverse des néophytes auxquels Catherine faisait allusion, des « spectateurs idéaux » de Romeo Castellucci, ceux qui ont déjà vu des spectacles de la Societas Raffaello Sanzio, Purgatorio peut surprendre….
Lorsque le spectacle commence, tout est normal ! Le rideau se lève sur un intérieur bourgeois fleurant bon les années 1970 : un grande cuisine aménagée comme dans un catalogue de mobilier de luxe, où une jeune femme élégante prépare un repas, un petit garçon modèle, bien peigné et en culottes courtes apparaît. Et là on se demande : qu’arrive-t-il à Castellucci ? Pourtant quelques détails mettent la puce à l’oreille, l’indigence des dialogues, comme récités par des automates, paraphrasés dans un texte projeté en sur-titre qui appelle étrangement les personnages première, deuxième et troisième étoile… Troisième, car le père entre ensuite en scène…
Je ne dirai rien de la suite sauf que ce spectacle, comme les précédents vus en ce début de festival, imprime sur la rétine des spectateurs des images qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. Non pas, comme en 2005, nécessairement par leur violence, mais par leur fulgurence. Les décors qui se succèdent durant la première partie de Purgatorio sont d’une prégnance inouie.
Reste à dire qu’à partir du moment où tout bascule, le public se divise en deux camps. La beauté plastique et la force des images ne parviennent pas à faire consensus. Mais tel n’était certainement pas le but de Castellucci.

Purgatorio, mise en scène, scénographie lumières et costumes de Romeo Catellucci.

Jusqu'au 19 juillet, à 18h, à Chateaublanc

Edit : Représentations supplémentaire les mardi 15, jeudi 17 et vendredi 18 juillet à 22h

Crédit photos : Luca del Pia




Avignon festival Off : le plus grand théâtre du monde

Posté par Catherine le 12.07.08 à 08:45 | tags : festival d'avignon
Avignon Off
Cette année, un millier de pièces proposées dans le festival Off d'Avignon. Pour s'y retrouver, tout plein d'affiches partout, des tracts distribués à chaque coin de rue, les bons conseils des bons amis, et surtout le livret distribué par Avignon Festival & Cies Off : pas moins de... 335 pages à éplucher avec attention pour ne pas rater le mieux tout en osant le nouveau, le neuf, le hasardeux. Un formidable index permet au festivalier de s'y retrouver par horaires : le premier spectacle démarre à 9h15 le matin, le dernier à 0h15. Pas de pause à midi bien sûr, pas de sieste l'après-midi non plus. Le festivalier est là pour festivaler. Il peut aussi choisir ses spectacles d'après le titre, de A (Adultères, Africare, Afrika, Agnès 68), à Z (Zéphira, les pieds dans la poussière, Zinimo Zinimo Zi, Zorro), ou par auteur du XXème siècle - où il est très facile de repérer ceux qui sont joués dans plus de quatre spectacles : Alfred de Musset (4), Pierrette Dupoyet (4), Federico Garcia-Lorca (4), Eugène Ionesco (6), le pompon revenant à Dario Fo (7). Hors vingtième siècle, c'est bien sûr Molière qui détient le record, avec treize productions, contre seulement trois pour William Shakespeare. Et puis l'on peut vouloir choisir selon le genre : une bonne dose de café-théâtre, un peu de cirque, plus de clown que d'habitude, de la danse, du théâtre d'objet, des spectacles musicaux et puis tout ce qu'on suppose comporter du texte, des comédiens et une histoire, autrement dit, du "théâtre". Vient ensuite un classement par régions, suivi d'une liste des compagnies étrangères, des fois qu'on serait un peu chauvin ou que les compagnies belges auraient meilleure réputation (ne riez pas : c'est le cas). Il reste encore l'option de l'examen minutieux de ce gros livret, page par page, lieu par lieu, pièce par pièce. Ce que nous avons fait. Les spectacles du Off, nous vous en parlerons aussi...



Feux : Un choc en plein front !

Posté par JdF le 11.07.08 à 12:09 | tags : festival d'avignon

Considérant le titre de ce billet, je me dit que j'ai réussi un jeu de mot assez fin mine de rien...

Je m'explique : au soir de cette première journée en Avignon, Catherine et moi-même avons été voir Feux d'un auteur allemand du tout début du XXe siècle, August Stramm, inconnu au bataillon (c'est le moment de le dire!) et, voilà l'allusion du titre expliqué, mort au front pendant la guerre de 14.

Le spectacle est un choc à bien des points de vue. Il se divise en trois moments correspondant aux trois courtes pièces que Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma ont choisi de monter. On peut lointainement rattacher ces textes aux courants littéraires de l'époque: la première serait naturaliste, la seconde symboliste et la troisième, euh, euh... on ne sait plus bien tellement elle va loin dans dans le vaudeville décalé et sanglant à côté duquel La Danse de Mort de Strindberg (pour le comparer à un auteur que Jeanneteau/Soma ont monté récemment) est un exercice de style gentillet et gnan gnan (attention, j'adore Strinberg, les qualificatifs ne sont là que pour donner une idée de l'incroyable liberté dans le déroulement de l'action et dans le ton qu'August Stramm a adopté dans cette pièce, Forces, qu'il écrivit peu avant de tomber au combat.

Ce étonnant auteur a donc produit ces textes dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils ne sont en aucune manière datés. Le premier met en scène un couple de marginaux, chômeurs, alcooliques qui tente un suicide au gaz alors même que la compagnie les en a privé, dont l'homme oscille entre brutalité et balourdise, la femme passant elle du désespoir à l'insouciance en un clin d'œil. Ne versant jamais dans l'ultraréalisme, les acteurs (Jean-Louis Coulloc'h, celui de Lady Chatterley, le film, et Julie Denisse)se livrent à des exercices d'équilibriste entre la farce, l'ironie et le désespoir.

Le second se rattache au courant symboliste et est traité comme tel : le plateau est plongé dans la pénombre, les personnages disent avec lenteur un texte se rattachant à des faits qui se relient difficilement entre eux. C'est beau, mais le fil est ténu et l'ennui gagne malgré la qualité des lumières et de la scénographie (Faut-il rappeller que Daniel Jeanneteau était scénographe et Marie Christine Soma creatrice lumières avant de passer à la mise en scène ?).

Le troisième texte, quant à lui, ne se rattache à rien, ovni dramaturgique proprement sidérant dans lequel Dominique Reymond en grande hystérique manipule son monde et nous fait passer dans un univers cauchemardesque où se manifestent les fantasmes d'une société qui se livrait alors à la première boucherie du XXe siècle. Et ces fantasmes nous parlent encore...

Feux d'August Stramm, mise en scène par Daniel Jeanneteau et Marie Christine Soma, jusqu'au 15 juillet à 18h au gymnase Aubanel.

Crédit photo : Marie-Chritine Soma 




Inferno - l'expérience Castellucci

Posté par Catherine le 11.07.08 à 12:08 | tags : festival d'avignon

Le spectateur idéal, selon Romeo Castellucci, serait celui "qui ne connaît pas (son) travail, qui peut-être ne connaît même pas le théâtre, un spectateur qui entrerait dans la salle par hasard."* Alors bien sûr, ils sont quelques-uns, de ces "spectateurs idéaux", à assister aux représentations d'Inferno à Avignon. Assister à un spectacle dans la Cour d'Honneur, découvrir l'artiste associé du festival, venir voir ce qu'est un "Castellucci" - chose théâtrale dont tout le monde parle avec beaucoup de mystère - ou tout simplement, accompagner des amis qui ont eu l'idée farfelue d'aller voir "ça", les motivations sont nombreuses qui ont pu pousser les néophytes dans la Cour d'Honneur ces jours-ci. Enfin, par néophytes entendons les non-connaisseurs du travail de Castellucci car malheureusement, avec le système de réservation des billets et le filtrage serré des spectateurs à l'entrée, l'homme de la rue ne risque guère de s'égarer par hasard dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, un soir à 22 heures.
Romeo Castellucci s'en désolera sûrement, mais ceux qui ne connaissent pas son travail sont bien souvent venus ici au THEATRE, avec des attentes de THEATRE. "C'était beau, mais c'était pas du théâtre", entend-on comme un leitmotiv à la sortie. La faute, peut-être encore un peu, à l'absence de texte. Même si depuis la grande controverse de 2005, consciemment ou non, plus personne n'ose ouvertement poser le texte comme ingrédient essentiel du théâtre. Mais finalement, une création de la Societas Raffaello Sanzio est composée de moments tellement forts, que l'absence de texte est assez évidente. Non, ce qui perturbe encore le spectateur lambda, ce n'est pas tant l'absence de mots que la difficulté à donner un sens aux images qu'il voit. Ressentir sans chercher à comprendre, cela n'est guère dans les habitudes du spectateur français.
Le spectateur français veut pouvoir décrypter les symboles, capter un message et pouvoir déclarer y adhérer ou non. Tandis que pour Romeo Castellucci "ce qui compte c'est le chemin que fait l'oeuvre en moi. Je suis regardé par l'oeuvre et pas le contraire. Si cela est vrai, alors le problème de la compréhension est un faux problème."* A défaut de pouvoir assister à un spectacle de Castellucci vierge de toute expérience théâtrale, alors il est certainement recommandé d'être prévenu et surtout, de ne pas chercher à COMPRENDRE. Vivre Inferno comme une expérience unique, une occasion unique d'assister à des moments uniques dans un lieu unique. Un homme escalade la paroi vertigineuse du Palais des Papes à mains nues. Des bambins jouent sur le plateau. Une marée humaine et colorée déferle et se perd dans un sac et un ressac. Dans un espace temps complètement dilaté, laisser les images nous pénétrer, laisser les sons nous remuer, prendre ce moment comme une occasion exceptionnelle de vivre un rêve éveillé, un cauchemar éveillé, accepter de fermer par instants les yeux, pour les ouvrir à nouveau sur un cheval blanc ou des corps rangés dans des tiroirs comme à la morgue. Finir par se demander si tout ceci a été fabriqué pour nous ou fabriqué par nous. Se réveiller pour aller se coucher, transformé…

Inferno, premier volet de "Inferno, Purgatorio, Paradiso", trilogie inspirée de la Divine Comédie de Dante, par la Societas Raffaello Sanzio, mise en scène Romeo Castellucci

Avignon Festival In, Cour d'honneur du Palais des Papes
Le spectacle Inferno sera retransmis à 22h15 sur Arte, demain, samedi 12 juillet

*Propos extraits de "Conversation pour le festival d'Avignon 2008", recueil distribué gratuitement aux festivaliers par P.O.L et le festival d'Avignon




Si Avignon m'était dessiné

Posté par Easywriter le 10.07.08 à 12:41 | tags : festival d'avignon, théâtre

 

"Saisir un spectacle, c’est comme faire de la bande dessinée en direct, on a tout sous les yeux, les décors, les personnages et le temps..."

Fort de ce constat, François Olislaéger croque en (quasi) temps réel ses pérégrinations avignonesques - spectacles, balades, conf de presse....
Ses dessins sur le vif témoignent d'une émotion non filtrée par la distance critique.

En illustration, deux esquisses inspirées par Sonia du letton Alvis Hermanis, soit le portrait d'une femme ordinaire dont ne subiste dans la pièce que le prénom.

Catherine chroniquera ici-même le spectacle bientôt (aurons-nous le droit à un crobard en prime ?)

 


 


 

 




Avignon : tous sur le pont !

Posté par Nedjma le 07.07.08 à 13:56 | tags : festival d'avignon

Le festival nouveau, 62e du nom, a commencé... C'était vendredi soir, avec « Partage de midi », de Claudel, à la Carrière Boulbon. Dans le costume du metteur en scène, la comédienne Valérie Dreville, artiste associée de l'édition 2008, mais aussi Jean-François Sivadier et Nicolas Bouchaud. On attend quelques jours pour avoir les impressions de Catherine et Julie, envoyées spéciales dans la riante cité d'Avignon dès ce mercredi...

Autre artiste associé de cette édition, Romeo Castellucci, qui revisitera rien moins que « L'Enfer" de Dante, en trois volets, s'il vous plaît, dont l'un dans la Cour. Son esthétique implacable et sulfureuse devrait réjouir, chambouler... et provoquer le débat, une fois de plus.

Parmi les autres grands moments attendus, le « Sutra » du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui - archi-bondé, est-il besoin de le préciser... -, le nouveau spectacle du circassien Johann Le Guillerm, « Secret », ou encore « Ordet », adapté du Danois Kaj Munk par le très brillant Arthur Nauzyciel. Enfin, les adeptes des marathons théâtraux, souvent éprouvants pour le dos, mais passionnants, ont déjà en poche leur billet pour « Tragédies Romaines » : six heures signées Ivo van Hove pour s'atteler à Coriolan, Jules César et Antoine et Cléôpatre, du grand Will... Trois dates seulement, les 12, 13 et 14 juillet.

Enfin, avant Malakoff en novembre, Wajdi Mouawad, artiste associé de l'édition 2009 livre « Seuls », voyage dans la langue et l'inconscient. Voilà pour le In.

Le Off, lui, avance une fois de plus en ordre un brin dérangé : la majorité des spectacles (quasiment un millier cette année!!) commenceront le 10 juillet pour s'achever le 1er août. Mais certains ont attaqué plus tôt.
De tout cela, et du reste, on reparle très vite, au jour le jour, sur le blog Saisons...

Festival In jusqu'au 26 juillet www

Festival Off du 10 juillet au 1er août www




Moments rares aux Orientales

Posté par Floriane le 03.07.08 à 14:09 | tags : festival, ici et là, musique

Recroquevillées sous leurs foulards, elles dorment comme des enfants, dans le train qui ramène vers l’aéroport. C’est l’aube. La veille, elles ont enchanté l’Abbatiale de Saint Florent Le Vieil, avec leurs chants soufis. Dans quelques heures, elles auront regagné les montagnes marocaines. Sous la houlette de R’Houm El Bakkali, ces toutes jeunes filles de l’ensemble Akhawate el Fane Assil ont offert, aux spectateurs des Orientales, une éclosion semblable à celle des Voix Bulgares, il y a bien des années, quand l’Europe découvrit leurs harmonies si particulières. L’acoustique de l’Abbatiale se prêtant particulièrement bien à la musique sacrée, leurs voix fraîches et sûres à la fois ont éclairé d’un rayon acidulé et apaisant la fin du premier week-end de festival.
La veille, dans une clairière en contre-bas, les Bhutas avaient offert, en première mondiale hors du Karnataka (Sud de l’Inde), un rituel masqué de toute beauté. Le film documentaire, projeté et commenté l’après-midi même par son auteur, Denis Gontard, était sans aucun doute nécessaire à l’appréhension de cet événement. N’empêche, même les néophytes ont pu apprécier dans toute sa rareté cette danse, enlevée et colorée, renvoyant aux rites agraires ancestraux.

Le festival Les Orientales creuse cette année le sillon du soufisme (deux groupes de Mayotte en donnant un écho de l’Océan Indien) et de l’Inde (sous toutes ses latitudes), y piquant quelques touches balkaniques. Ce week-end, ce seront les moines danseurs de Majuli qui se produiront, en grande première, hors de leur île du Nord de l’Inde. Un moment rare, accompagné par le film déjà diffusé sur Arte, « Dans les brumes de Majuli ». Le Duo Balkany (Bulgarie) et les polyphonies de Dalmatie (Croatie) apporteront la touche balkanique à un programme qui, chaque année, réussit à faire redécouvrir l’Orient dans toutes ses senteurs.


Jusqu’au 6 juillet, à Saint Florent le Vieil

 

© Denis Gontard 






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