D'abord une pièce. Que serait devenue la soeur de Shakespeare, si elle avait eu le génie de son frère, un peu de temps, d'argent... et surtout une chambre à soi pour y écrire? Une question qui préside à la conférence donnée par Virginia Woolf à des élèves de l'université de Cambridge. Axée sur le thème "les femmes et le roman", cette intervention est un pamphlet, mythique et savoureux. Mise en scène par Anne-Marie Lazarini dans un décor figurant une bibliothèque cossue, la comédienne Edith Scob prête ses traits et sa voix à l'auteur, y ajoutant un aspect méconnu de la créatrice, rieur, gourmand, plein de charme. Le problème de rythme dû à la présence en nombre d'interventions sonores de Woolf ne rompt pas le charme suscité par ce joli spectacle. Les amateurs ont doublement de quoi se réjouir: outre la pièce, le théâtre organise une rencontre autour de Virginia Woolf dans le cadre de ses Impromptus. L'affiche est prometteuse: les écrivains Nancy Huston et Anne Bragance et la réalisatrice Michelle Porte. Elles évoqueront la façont dont elles se sont construites "en accord ou en résistance, en tant que créatrices et femmes, dans les sillons de l'auteur...".
"Une chambre à soi" jusqu'au 16 novembre. Rencontre autour de Virginia Woolf, le 10 novembre à 18h30, Théâtre Artistic Athévains. www


La bientôt-sans-pub télévision publique continue à mettre le spectacle vivant à l'honneur. De "Cyrano de Bergerac" à "Fugueuses", elle a pris l'habitude de diffuser des spectacles en direct à une heure de grande écoute, avec plus ou moins de bonheur (lire ici). Nouvelle initiative, ce samedi 1er novembre, avec "Fanny", mis en scène sans accent à la Comédie-Française, dans la salle du Vieux-Colombier. Pour la présentation, c'est Christophe Hondelatte qui s'y colle. Autres initiatives dédiées à la scène, "Tous au théâtre", trois fois par an, dont le premier épisode célèbre Fabrice Luchini et son "Point sur Robert", le 14 novembre, et "Eteignez vos portables" un vendredi par mois, en deuxième partie de soirée. Eteindre la télé pour aller au théâtre, la prochaine étape? Illus "Fanny", photo Brigitte Enguérand. "Fanny", mis en scène par Irène Bonnaud, sur France 2, le 1er novembre à 20h50.

Chaillot, nouveau haut lieu de la danse en Ile de France. C'est effectif depuis septembre. On y revient dans un dossier spécial très prochainement. Le théâtre est un fervent défenseur du hip-hop depuis longtemps déjà. Dans le cadre de la Saison culturelle européenne, qui se déroule de juillet à décembre, l'opération Europe hip-hop accueille des compagnies françaises et allemandes, à l'initiative conjointe du Théâtre et du Centre national de la danse. La programmation est brève mais foisonnante, qui mêle invention et virtuosité sur le vaste plateau de la salle Jean Vilar ou celui, plus intime de la salle Gémier. Parmi les invités, l'Allemand Storm, vidéaste, compositeur, danseur et chorégraphique. Dans "Virtuelevation", il campe un livreur de pizza en pleine odyssée... Kader Attou, nouveau directeur du centre chorégraphique de la Rochelle (lire ici) livre "Petites histoires.com". A voir enfin, la Compagnie Black Blanc Beur et le tandem Raphael Hillebrand/ Sébastien Ramirez. Illus Virtuelevation copyright Dirk Korell. Europe hip-hop, Théâtre national de Chaillot, du 31 octobre au 2 novembre. www

De « Douar » à « Prière pour un fou », en passant par « Corps étrangers », Kader Attou et sa compagnie « Accrorap » créent l’échange et le dialogue. Dialogue entre les formes chorégraphiques, hip-hop et danses traditionnelles notamment, dialogue entre les origines, danseurs français, algériens et indiens. Formé aux arts du cirques et du hip-hop, Kader Attou franchit les frontières et fait œuvre de métissage, comme on a pu le voir dans ses œuvres denses, de la Biennale de Lyon aux Hivernales d’Avignon… Belle nouvelle : le 5 septembre dernier, le danseur-chorégraphe de 34 ans a été nommé à la tête du Centre chorégraphique national de la Rochelle, ce qui en fait le premier hip-hoppeur à atteindre ce poste. Enfin. Il succède ainsi à Régine Chopinot. Deuxième raison de se réjouir, dès septembre 2009, il sera chorégraphe associé de Cités Danse Connexions (CDC), pôle de production, diffusion et transmission de la danse hip hop unique en France et hébergé par le Théâtre Jean Vilar de Suresnes (www).

Vendredi, 14h30, salle des fêtes Jean Vilar d’Argenteuil, les écoles sont de sortie. En attendant l’ouverture du nouveau centre culturel, Argenteuil offre à ses ados et aux compagnies de passage la joie d’une salle non identifiée, plus propice aux bals qu’aux spectacles. Les ados, habitués, se montrent dociles, attentifs même à ce que DRAO leur propose : une mise en scène collective d’un texte de Fausto Paravidino. Du bon boulot, propre, assez rythmé pour maintenir en éveil, assez attendu pour ne pas choquer. On se demande pourtant si la révolte, explicite, de l’auteur italien face au traitement réservé à ses concitoyens (les jeunes, en particulier) par les autorités transalpines, ne mériterait pas davantage d’inventivité. Paravadino part d’un fait divers pour parler d’un mal de société. Dans le spectacle, on identifie aisément la premier, mais le second risque de se noyer au profit d’un drame familial, regrettable certes, mais relativement réducteur. A voir en tournée en région parisienne (à Vélizy le 21 novembre, en janvier à Cergy).

August Stramm, un nom qui dit pas encore grand chose à grand monde. Allemand ? Oui, né à Munster, en Westphalie, en 1874. Auteur dramatique, ah bon ? Enfin, le bonhomme, mort au champ de bataille en 1915, a fait toute sa carrière dans l'Administration des Postes. Il a eu un peu de mal à trouver des éditeurs pour publier ses poèmes et pièces de théâtre. A la lecture de ses écrits, on comprend pourquoi. Stramm était tout simplement en avance d'un bon siècle sur son temps ! Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma ont eu la bonne idée de mettre en scène trois de ses pièces, sous le titre de Feux. Nous avions partagé avec vous notre enthousiasme devant cette petite merveille lors du dernier festival d'Avignon (www). Le spectacle va bientôt être repris au Théâtre de la Cité Internationale - à ne manquer sous aucun prétexte. En attendant, il est possible d'en savoir un peu plus sur August Stramm grâce au Théâtre de la Colline qui organise lundi prochain, à 20h30, une grande soirée sur l'auteur.
Théâtre de la Colline, le lundi 27 octobre à 20h30 August Stramm : un geste verbal est un coup de poignard Lecture des textes La Fiancée des Landes (1913) Poèmes et correspondances (1914-1915) entrée libre, réservation au 01 44 62 52 00

 Comme elle a joliment réussi son virage, Zabou Breitman! Après avoir fait les belles heures de Récré A2 voilà une vingtaine d'années avec sa trogne rieuse, elle s'est lancée dans le cinéma et le théâtre. Le cinéma, avec le talent que l'on sait (Son " Se souvenir des belles choses" reste de belle mémoire) et le théâtre également, où elle signe généralement des mises en scène subtiles. Cette fois, elle est également sur scène pour une adaptation de deux documentaires de Raymond Depardon, "Urgences" et "Faits divers" dont elle a choisi des extraits, tricotés dans une pièce unique, "Des gens". Dans un décor morose, plafonds éclairés aux néons, sièges à roulettes, plante verte, des gens chamboulés racontent leur existence grise. Ils sont dingues ou tristement lucides, jeunes ou vieillis trop vite et se trouvent dans un bureau de commissariat ou un hall d'accueil d'hôpital. Traînent tant bien que mal leur misère physique et psychologique et la partagent, un bref instant avec leur interlocuteur, flics ou membres du personnel hospitalier. Laurent Laffitte et Zabou Breitmann sont tour à tour ceux qui écoutent et ceux qui parlent. Du théâtre documentaire en quelque sorte, dur et tendre, juste et sobre, intelligent et émouvant. "Des gens", au Théâtre du Petit Montparnasse.

Salles des fêtes et théâtres, médiathèques et bistrots : voilà 25 ans que le théâtre contemporain se balade dans les communes du Val d’Oise, de Francouville à Louvres, de Marly à Sarcelles. Et ce, dans le cadre d'un festival de belle tenue programmé par Alain Léonard, ancien directeur du festival Off d'Avignon. A l’affiche depuis le 11 octobre et jusqu'à fin novembre, une cinquantaine de compagnies, parmi lesquelles les Marseillais du Cartoun sardin théâtre marseillais (dont la très belle pièce « Le bonheur » présentée à Avignon cet été s'installe le 22 novembre à Garges les Gonesse), mais encore le Théâtre du Mouvement ou les clowns du CRIK. Enfin, on reverra avec plaisir "Le jour où Nina Simone a cessé de chanter" (illus), le 7 novembre à Montmagny.
Festival Théâtral du Val d'Oise jusqu'au 25 novembre. www

 Le Théâtre de la Bastille ne recule devant rien. Dans le cadre de la Saison culturelle européenne en France, le Théâtre Sfumato de Sofia est invité à présenter, entre le 20 et le 26 octobre, trois pièces de Strindberg, surtitrées. Pour qui connaît un peu l’univers de Mademoiselle Julie, du Chemin de Damas et de La Danse de mort, l’exercice n’est pas insurmontable. Le Théâtre Sfumato, en effet, base son travail sur la recherche scénographique et un jeu d’acteur à la fois très humain, quotidien et une mise à distance par rapport aux personnages. Hommes – femmes, mode d’emploi ; les relations et les images sont les mêmes dans toutes les langues. Et Strindberg sort de cette expérience comme éclairé, tant la lecture dramaturgique est le fruit d’un travail approfondi de l’équipe sur l’auteur et son œuvre. On ne voit pas assez le Sfumato en France. Le Festival d’automne permet, enfin, de réparer cette erreur. Du 20 au 26 octobre, au Théâtre de la Bastille

Aux antipodes du monde en perte de repères que décrit le Suédois Lars Norén (voir notre billet d'hier), la société que dépeint le Togolais Gustave Akakpo est tout emprunte de traditions. De traditions, de tabous, de préjugés... Et, d'un côté comme de l'autre, au Nord comme au Sud, avec un fort tissu familial (chez Akakpo) ou sans plus aucun sens moral (chez Norén), le constat est le même : la vie parmi les autres humains ne tient qu'à un fil. Dans les deux pièces du jeune auteur africain actuellement visibles au Tarmac de la Villette, ce fil s'appelle virginité... A ceux qui pensent que le drame que vivait la Fanny de Pagnol est d'un temps révolu, Gustave Akakpo rappelle que certains croient encore qu'une bonne épouse doit être bonne cuisinière et qu'une femme infidèle mérite la mort. Dans A petites pierres, la future épouse surprise dans les bras d'un autre est condamnée à la lapidation. Thomas Matalou monte cette pièce assez courte selon les principes du théâtre de foire, comme on pourrait monter une farce de Molière. Les comédiens jouent à jouer. La mise à distance est bienvenue étant donné le sujet de la pièce, pour le moins effrayant. Il faut noter que la troupe est constituée exclusivement de "blancs" quand l'action se situe dans une contrée reculée, en Afrique. Autre bonne raison de traiter le texte avec le respect d'une certaine distance. L'intrigue est de toute façon clairement farcesque, avec son mariage arrangé, ses vieux pères trompés et sa jeunesse qui se rebelle. Avec son côté "théâtre de bouts de ficelles", son texte plein d'humour et de poésie, A petites pierres est un vrai moment de théâtre populaire, à la fin heureuse et optimiste. Optimiste, Habbat Alep l'est beaucoup moins. Dans cette pièce du même auteur, que le Tarmac propose en deuxième partie de soirée, un jeune écrivain togolais se retrouve quelque-part au Moyen-Orient. Autres cieux, mais même croyance : l'honneur d'une famille se mesure à la virginité de ses filles. Eclairée au néon, cette histoire de bébé à naître qui cherche un père a posteriori est désespérée au plus haut point. Ici, la distance est amenée par le mode narratif mi-conté mi-joué. Moins facile d'accès, certainement à cause d'une scénographie un peu lourde, cet Habbat Alep finit pourtant par emporter l'adhésion du public qui se laisse rapidement ensorceler par le verbe si délicieux de Gustave Akakpo. Un auteur, un poète, à découvrir de toute urgence. * façon façon ? En Afrique, lorsqu'on dit que quelque-chose est "façon", c'est qu'il a été modifié par la tradition orale ou par l'humeur du moment. Et doubler les mots est une des particularités de ce "français d'Afrique" si délicieusement imagé dans lequel s'expriment les personnages de Gustave Akakpo... Petit exemple tiré de A petites pierres : "pas de golo golo avant le mariage" ! Au Tarmac de la Villette jusqu'au 1er novembre, deux pièces de Gustave Akakpo A petites pierres, mise en scène Thomas Matalou, à 20 heures Habbat Alep, mise en scène Balazs Gera, à 22 heures Photos : Eric Legrand

"C'est une pièce courte et terrible. La pire que j'ai écrite", ainsi parle Lars Norén de sa dernière pièce. Cette pièce, il venait d'en achever l'écriture quand la journaliste russe Anna Politkovskaïa fut assassinée, le 7 octobre 2006. Il a eu envie de la lui dédier, il lui en a offert le titre. La première a eu lieu exactement deux années plus tard, le 7 octobre 2008, au théâtre Nanterre-Amandiers. Sur un pan de mur du plateau, des photos de la journaliste, une croix... Et la pièce, donc. Pas si courte puisqu'elle s'étale sur deux heures. Terrible, elle l'est sans aucun doute. Le monde que décrit Norén est noir, totalement noir. Pire que tout ce qu'il a pu écrire auparavant, oui. Ici, pas de demi-mesure dans la misère : les mères se prostituent, les filles se prostituent, les hommes prostituent les femmes, les pères prostituent les fils, les pères boivent, et la foule d'anonymes en costard-cravate regarde le monde péricliter, tout en profitant jusqu'au bout de tout ce qu'il y a à prendre. Ce tissu de relations humaines en déliquescence est mis en scène par l'auteur lui-même. Les acteurs, parmi lesquels Agathe Molière, totalement crédible en petit garçon des rues, jouent le réalisme avec beaucoup de finesse. Cela peut paraître horrible, mais de tant de misère se dégage progressivement une grande douceur. Les enfants, bien que si mal traités, parviennent à rester enfants et même à croire à l'amour filial. Certes, notre monde va au plus mal mais, dans les mains des enfants, tout espoir n'est pas perdu. Même si, pour l'heure, l'échappée la plus douce est dans la mort. A la mémoire d'Anna Politkovskaïa, de et par Lars Norén Au théâtre Nanterre-Amandiers jusqu'au 25 octobre 2008 P.S. Nous aurions bien aimé, mais nous n'avons pas pu rencontrer Lars Norén pour qu'il nous parle un peu plus de son spectacle. Cependant, tout n'est pas perdu : l'auteur a rencontré Joëlle Gayot et Arnaud Laporte, pour France Culture, et ces entretiens sont en ligne sur le site du théâtre (suivre le lien)

La mobilisation autour du projet de rapprochement entre la Comédie-Française et la MC93 ne faiblit pas. Les directeurs des scènes nationales et des centres dramatiques d'Ile-de-France, parmi lesquels Didier Bezace, Pascal Rambert, Christophe Rauck ou encore Pierre Ascaride, respectivement directeurs du CDN d'Aubervilliers, de celui de Gennevilliers, du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis ou du Théâtre 71 de Malakoff, viennent ainsi de faire parvenir à Muriel Mayette, administratrice de la Comédie-Française un courrier. Ils y rappellent leur attachement à la décentralisation et se disent disposés à accueillir l'institution dans le respect de l'identité de chaque théâtre. Et d'assurer à l'administratrice du Français : « Votre idée de décentralisation est tout à fait pertinente, aussi sommes-nous candidats pour accueillir vos productions (pourquoi pas une chaque année ?) dans nos théâtres, qui constituent autour de Paris une magnifique couronne d'aventures artistiques partagées et par conséquent, un potentiel exceptionnel de public nouveau pour la grande institution que vous dirigez (...) Nous conduisons avec détermination, toute l'année, des projets qui ont pour but de bousculer les barrières sociales et culturelles, dans l'esprit de service public de la décentralisation théâtrale. Vous pourriez ainsi profiter d'un savoir-faire et d'une volonté sans faille de faire partager la passion du théâtre et sa nécessité. Cette collaboration doit, bien entendu, s'établir sur des bases de partage, d'intelligence et de compréhension quant à nos missions respectives, Ainsi vous assurerez à la Comédie-Française le rayonnement nouveau auquel elle aspire sans conduire à la disparition d'un théâtre existant. » Une Comédie-Française itinérante, voilà qui aurait une certaine saveur. On attend la réponse de Muriel Mayette... et celle de Christine Albanel, ministre de la culture et initiatrice du projet.
D'autre part, Bernard Faivre d'Arcier, ancien directeur du Festival d'Avignon a été chargé d'une mission de médiation pour mener à bien la "collaboration" des deux structures, prévue à l'horizon 2011.

Une comédie noire dans une boîte claire. Quand le rideau se lève, ça fume, ça boit, ça s’embrasse à pleine langue devant des films porno. La famille d’Orgon part à la dérive et lui se réfugie dans l’adoration d’un imposteur providentiel, Tartuffe. Tout comme son petit monde s’abîme peu à peu dans la découverte de la vérité, le décor s’enfonce un peu plus à chaque acte. Les murs lisses s’affaissent et se lézardent, dévorés par la moisissure : le salon devient cave lugubre. Un avant-goût de l’enfer ? Spectaculaire, comme souvent les scénographies de Stéphane Braunschweig, qui signait ici sa dernière mise en scène pour le Théâtre National de Strasbourg, avant de succéder à Alain Françon au Théâtre National de la Colline. Etriqué dans son col roulé blanc, collier de barbe, lunettes fines, gestes empruntés, Claude Duparfait campe un Orgon saisissant et drôlissime. Clément Bresson, jeune, sec, est une alternative crédible au personnage gras qu’on nous sert habituellement dans les adaptations classiques de Molière. Un « Tartuffe » rageur, brillant. Tartuffe mis en scène par Stéphane Braunschweig, Théâtre de l'Odéon jusqu’au 25 octobre. Théâtre du Nord, Lille, du 6 au 16 novembre.

 Sur un mode burlesque mêlé d'esthétique post-punk, le duo de chorégraphes Mathilde Monnier/La Ribot propose au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d'Automne, une interprétation tragi-comique, au seuil de la folie, de l'expérience du deuil. Deux femmes chorégraphes, de vraies meneuses, leaders chacune dans leur style propre de l'art d'occuper un plateau, s'affrontent sur scène, se déchirent et se retrouvent dans un sentiment commun de perte. De grands rideaux noirs encadrent le plateau drapé lui aussi d'un voile noir froissé sous lequel les danseuses peuvent se cacher, pour échapper au réel. Le spectacle débute par une longue scène de gémissements outrés, performés par les deux danseuses perchées sur des talons hauts. Le chagrin, réel ou feint, va distiller son ambiguïté comique tout au long du spectacle, pour s'achever sur le double portrait simultané, énoncé à voix haute, d'une femme pleurée, « artiste, drôle et sexuelle », selon Mathilde Monnier — Gustavia, en laquelle on reconnaîtra chacune des chorégraphes. Mathilde Monnier, directrice du Centre chorégraphique national de Montpellier, et La Ribot, chorégraphe-danseuse madrilène dont le travail se situe aux confluences de la danse, de la performance et des arts plastiques, ont quitté le trop sérieux post-modernisme pour affronter sur scène leur questionnement respectif sur la danse, et, pour Mathilde Monnier, « faire une critique de métier et de parcours ». Gustavia, selon La Ribot : « Un clown sexuel, une comtesse du Lac Léman, une amazone futuriste ». Gustavia, de et avec Mathilde Monnier et La Ribot, Centre Pompidou en partenariat avec le Théâtre de la Ville, dans le cadre du Festival d'Automne, jusqu'au 26 octobre 2008. Dates de tournée : Cuvier du Feydeau, Artigues (18-19 novembre), Mercat de les Flors, Barcelone (21-23 novembre), Théâtre municipal de Perpignan (25 novembre), Festival du Centre de Développement chorégraphique de Toulouse (21-22 janvier), Escena Contemporanea, Madrid (19-22 février), Les Antipodes - Le Quartz, Brest (6-7 mars), La Comédie de Genève (10-14 mars), Bonlieu, Annecy (17 mars), Le Lieu Unique, Nantes (27-28 mars), Culturgest, Lisbonne (3-4 avril), Les Halles de Schaerbeek, Bruxelles (23 avril), Le Cratère, Alès (5 mai), Pôle Sud Festival, TNS, Strasbourg (22-23 mai).
Photo : Marc Coudrais

C'est bizarre, pendant toute la durée de la pièce, on se demande si Marcel Aymé a vraiment pu écrire "ça". Ou bien on se dit qu'il doit probablement s'agir là d'une oeuvre de jeunesse. Une intrigue très basique, pas mal de répliques inutiles, une action qui peine à évoluer et qui met du temps à aboutir, une fin plutôt floue... Cette histoire de l'individu parfaitement ignoble qui agit soudain en saint parfait, apparaît bien binaire, bien moralisatrice, et pour tout dire bien désuète. Alors quoi ? Marcel Aymé a vraiment écrit cette pièce ? Et il était vraiment nécessaire de la monter à nouveau aujourd'hui ?
Après recherches, il s'avère que Clérambard a été écrite en 1950 : pas du tout une oeuvre de jeunesse. A cette époque-là, l'auteur avait déjà écrit La jument verte et Le passe muraille. Et puis le texte, quand on y revient, bien qu'à la morale très appuyée, n'est pas si long, pas si mal ficelé, pas si insupportable - même s'il n'est sans doute pas à ranger parmi les oeuvres majeures de Marcel Aymé. Alors nous vient un doute : et si c'était la production de Nicolas Briançon qui ne rendait pas justice à la pièce ? Si, par manque d'imagination, le metteur en scène avait rabaissé la dimension fantastique du texte au niveau de l'exposé de bons sentiments ? Et s'il avait un peu trop compté sur le charisme évident de l'interprète principal, Jean-Marie Bigard, sans chercher à jouer sur la palette quand le comédien propose une interprétation du personnage de Clérambard en une seule couleur ? Si les seconds rôles étaient trop mal dirigés, pour ne pas dire négligés ? Quant à l'expression corporelle présentée en interludes, cela ne fait aucun doute, elle affaiblit largement l'ensemble. Finalement, et c'est vraiment étrange, avec sa kyrielle de comédiens qui ne bougent pas très bien sur le plateau, qui récitent un peu, qui surjouent souvent, mais qui mettent tout leur coeur dans leur rôle, jusqu'à laisser échapper par intermittence des moments de grâce théâtrale, avec ses beaux costumes colorés et son curé en soutane, ce Clérambard finit par avoir des airs de... spectacle de patronage pas nécessairement désagréable.
Clérambard, de Marcel Aymé, mise en scène Nicolas Briançon Au théâtre Hébertot, jusqu'au 17 janvier 2009

Vous avez aimé le cabaret NoNo au Parc de la Villette? Vous allez adorer le Théâtre NoNo, au Parc Pastré de Marseille. Un nouveau lieu de spectacle qui ouvre, c'est toujours une bonne nouvelle, mais quand en plus c'est une joyeuse équipe qui est aux manettes, on applaudit des 12 mains. Ainsi donc, depuis le début de l'été, Marion Coutris et Serge Noyelle, du Styx Théâtre sont installés dans ce vaste chapiteau en bois pérenne, planté au coeur du parc Pastré, haut lieu de verdure sur la route de la mer. Ils y présentent "Labyrinthe" qui prend corps grâce à une vingtaine d'artistes, entre jeu et peinture, dans un univers onirique. Ici, plus de scène, plus de salle, le théâtre est devenu labyrinthe. Au centre, une Sphinge. Du plaisir de se perdre... Labyrinthe, création Marion Coutris et Serge Noyelle, Théâtre NoNo. www

On aime Matei Visniec, son humour noir très noir, son acuité, sa finesse, sa distance parfois pour dire le monde comme il va, c'est à dire plutôt mal. L'auteur roumain est l'un des plus montés en France, et les titres de ses pièces résument assez bien son univers: "L'histoire du communisme racontée aux malades mentaux", "Attention aux vieilles dames rongées par la solitude", "L'histoire des ours pandas racontée par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort". OUF! Bonne nouvelle, l'auteur roumain est à l'honneur au Ciné 13 Théâtre. Sous la houlette de Salomé Lelouch, le théâtre propose sa première édition des cycles d'auteurs contemporains. Un mois pour découvrir un écrivain via ses oeuvres portées à la scène, ou des conférences, dirigées par l’auteur lui-même. Salomé Lelouch signe notamment la mise en scène de "L’Histoire des Ours Pandas"... Cycle Matei Visniec au Ciné 13 Théâtre, jusqu'au 2 novembre. www

Quel joli titre pour une manifestation mi-dehors, mi-dedans ! Rêve général prend la place des Jours de fête qui réunissaient à Calais des milliers de spectateurs à l’automne, en alternance avec les Feux d’hiver, clôturant l’année civile. Pour cette première édition (du 8 au 12 octobre), le Channel a réuni des « vieux de la vieille » : Royal de Luxe, Le Phun, Sauvageot, Larrieu, et des plus jeunes qui nous emmèneront dans leurs expériences. Une nuit entière de spectacles est également prévue samedi soir. Rêve général, ou l’art (bien compris) de l’action culturelle qui « retourne » une ville.

On ne rate surtout pas la reprise de "Et ta soeur?", sous-titrée "tentative d'autoévaluation en forme d'opérette", signée Pierre Ascaride, le directeur du Théâtre 71 de Malakoff. Dernier volet de sa trilogie entamée avec "Au vrai chichi marseillais" puis "Inutile de tuer son père, le monde s'en charge". L'acteur-metteur en scène pose notamment la question: "Comment, étant né au sein d'une famille populaire et pauvre à Marseille, ayant été porté par un souffle de la Résistance, étant le produit de l'école laïque et républicaine, n'étant l'héritier de rien du tout, sinon des valeurs de la démocratie, comment avoir une place, même modeste dans l'histoire du théâtre". Sa place est là, et la réponse, savoureuse, tout entière contenue dans cette truculente comédie autobiographique. Et ta soeur? Théâtre 71 de Malakoff, les 23 et 24 octobre, puis en tournée. www
Posté par JdF le 09.10.08 à 15:54 | tags : mc93

Bernard Sobel revient à ses premières amours.... Lui qui avait appris le métier au Berliner Ensemble et qui a fondé dans les années 70 l'Ensemble théâtral de Gennevilliers où l'exemple donné par Brecht était suivi dans toute la rigueur possible, le voilà qui, ayant quitté le théâtre de Gennevilliers (devenu théâtre 2 gennevilliers, no comment) est accueilli par la MC 93 (elle même bientôt prise d'assaut par la Comédie Française, no comment, bis) et présente une "Sainte-Jeanne des Abattoirs" dans la tradition des pièces didactiques, ces formes expérimentales que Brecht avait écrites au moment où il préparait Sainte Jeanne et qui étaient destinées à être jouées par les militants du parti communiste. Ici, pas de distribution fixe, les rôles sont tenus alternativement par tous les acteurs de la troupe, scène de groupe, chants, cris, altercations, le dispositif bifrontal renvoie au ring de boxe que Brecht appréciait particulièrement. Le modèle de la pièce, La Pucelle d'Orléans de Schiller est transposé dans les abattoitrs et la bouse de Chicago où sévit la grande dépression. Comme cela tombe bien ! Tous les commentateur de l'actualité économiquene se privent pas de faire le rapprochement entre les temps troublés où nous vivons et ceux de la terrible crise de 29. Mauler, c'est l'homme qui fait et défait les marchés et conduit tout le monde à la faillite. Jeanne, c'est une missionnaire qui cherche à faire naître l'amour de Dieu chez les ouvriers qui crient famine. Opposition frontale doublées de scènes où se nouent et se dénouent les alliances entrefinanciers et industriels et où Jeanne descendant dans les bas-fonds pert la foi et devient révolutionnaire. Mécanique implacable de la pièce, émergie et ferveur des acteurs qui s'en donnent à cœur joie et tiennent en haleine les spectateurs durant les trois heures que dure la représentation. Sainte Jeanne des Abattoirs jusqu'au 21 octobre à la MC 93 (www)

Alors voilà, après quelques jours de débats, annonces, rectificatifs, jeux sur les mots, c'est officiel: la Comédie-Française va se "délocaliser", en partie, à la MC93 de Bobigny. Patrick Sommier et Muriel Mayette, respectivement directeur de la MC93 et administratrice de la Comédie-Française ont assuré qu'ils travailleraient ensemble et Christine Albanel, initiatrice de ce singulier projet a argué que "les mariages forcés, ce n'était pas si mal". Diantre! Il faudra voir comment la Maison de la Culture va pouvoir préserver sa singularité, et son exigence sans être avalée par l'institution... Pour l'anecdote, et parce que ça en dit long, les journalistes invités à la mise au point sur ce projet polémique se sont vus mettre à disposition un bus, pour les transporter! Bobigny est pourtant, à notre connaissance, déjà desservie par le métro. Est-ce à dire que le chemin qui y mène est trop ardu pour les Parisiens de l'intra-muros? Un bus sera-t-il affrété à chaque spectacle du Français à Bobigny? On est impatient de le savoir...

 Après le succès -public- de "Sur la route de Madison", adaptation ratée du film culte de Clint Eastwood, Alain Delon devait revenir aux planches en janvier prochain dans "Le bateau pour Lipaïa", sur la scène du Théâtre de Paris. Il devait y partager l'affiche avec Line Renaud dans une mise en scène d'Anne Bourgeois. Mais l'acteur a été trop gourmand et le directeur du théâtre a jeté l'éponge. Stéphane Hillel explique, dans les colonnes du Parisien: "Les cachets représentaient 60% de la recette nette. Trop pour équilibrer les comptes". On est déçus...

L'histoire d'une héros romantique affublé de ciseaux en lieu et place de mains et amoureux d'une fille elle tout à fait normale... Restituer la singulière, poignante poésie du film de Tim Burton à la scène? Pas gagné d'avance. Mais comme c'est le metteur en scène et chorégraphe Matthew Bourne qui s'y colle, on est en droit d'espérer le meilleur. Souvenez-vous, c'est lui qui avait signé une version réjouissante du "Lac des Cygnes", avec exclusivement des danseurs masculins... "Edward aux mains d'argent" donc, initialement interprété à l'écran par Johnny Depp donnera donc des larmes et des lames vêtu d'une combinaison de cuir, dans un décor gothique comme il se doit, entouré d'acteurs et danseurs. Côté musique, le compositeur de la BO du film, Danny Elfman a collaboré avec Terry Davies pour imaginer de nouveaux morceaux. On y court...
Edward aux mains d'argent au Théâtre du Châtelet du 8 octobre au 2 novembre. www

La polémique -ou "débat", pour parler en termes plus diplomatiques- enfle entre la Maison de la culture de Bobigny et la Comédie Française. S'estimant victime d'une OPA hostile de la Maison de Molière, Patrick Sommier n'entend pas en rester là. "Pour des théâtres et non pas un seul", clame un texte publié sur le site du théâtre, qui assure également: "La MC 93 n'est pas une salle dont on pourrait disposer comme d'un bien immobilier, c'est un théâtre. Sa disparition, son avalement par la Comédie-Française serait un coup très dur porté à la diversité (...) Notre art est contradictoire de la concentration. En temps de paux, on n'a jamais vu un théâtre en faire disparaître un autre pour s'aggrandir. Sommes-nous un guerre?" Les réactions de soutien ont afflué vers le lieu, implanté depuis 40 ans en Seine SAint-Denis. Elles sont nombreuses, diverses: metteurs en scène (parmi lesquels Lev Dodine ou Frank Castorf), acteurs (Anne Alvaro notamment), directeurs de salles (Lucien et Micheline Attoun) mais aussi spectateurs ont tous dit leur attachement à ce haut lieu de la création. Une centaine de professionnels se sont également rassemblés dans le hall du théâtre en fin de semaine dernière. Devant l'agitation grandissante, le Ministère de la culture et la Comédie-Française ont annoncé qu'ils tiendraient une conférence de presse. A suivre, donc...
Maison de la Culture de Bobigny www

 Vivants ? Sans aucun doute, lorsque et homme et cette femme se rencontrent par hasard, aux abords d'un cimetière, ils sont bien vivants. Ils se sont connus autrefois. Elle est bien déterminée à se "mettre avec" lui, comme elle dit. Elle y parvient, en quelques minutes, malgré la réticence de l'homme à abandonner sa femme, son fils, malgré sa défiance face à une nouvelle relation. Puis une première couronne mortuaire apparaît, le temps se resserre puis se dilate, les morts défilent et les certitudes établies s'étiolent. Vivants, morts ? On ne sait plus, et là n'est même pas la question. Ainsi en va-t-il du théâtre de Jon Fosse, auteur Norvégien que la France a découvert au début des années 2000. Mais quand Claude Régy, avec Quelqu'un va venir en 1999 ou Variations sur la Mort en 2003, enveloppait les mots de Fosse dans un écrin de lenteur et de lumières irréelles, David Géry choisit aujourd'hui une option beaucoup plus réaliste. Alors, dans sa robe rouge informe et mal assortie à un imperméable mauve, et avec son sourire trop éclatant, la femme ( Irène Jacob) peine à évoquer le désir, quand, dans la bouche d'une Judith Magre heureusement au meilleur de sa forme, les dites et les redites du texte tournent très vite aux ressassements d'une malade d'Alzheimer. Ainsi revêtu d'habits trop quotidiens, ce Rêve d'Automne est un peu pâlichon. Rêve d'automne, de Jon Fosse, mise en scène David Géry Au Théâtre de l'Athénée jusqu'au 18 octobre 2008 Illustration Pierre Grosbois

L'édition 2008 de la Nuit Blanche, déjà septième du nom c'est demain soir. Si les arts plastiques, expositions et installations sont toujours à la fête, cette Nuit de toutes les folies célèbre plus occasionnellement l'art de la scène. Une raison de saluer l'événement mitonné par le Théâtre du Rond-Point. Un marathon de lecture qui aligne rien moins que les acteurs les plus savoureux de leur temps, appelés à se succéder au pupitre, pour lire les courts textes de Régis Jauffret, issus de son livre "Microfictions", présenté comme suit par son auteur: "1kg60, une sorte de catalogue général de l'humanité. Lisez-le, on parle sûrement de vous dedans."
Pour 130 microfictions, ils seront rien moins que 130 comédiens. Parmi lesquels Pierre Arditi, Evelyne Bouix, Judith Magre, Sophie Duez, Sara Forestier, Tonie Marshall, François Morel, Micheline Presle. L'entrée est libre, face à une telle affiche, ça va certainement se bousculer au portillon... Samedi 4 octobre, de 17 heures à 2 heures du matin. Théâtre du Rond Point, Paris. www

Le lundi, c'est relâche au théâtre... Et pour ceux qui, quand ils ne sont pas au spectacle, veulent remuer leurs méninges sur la question, le Conservatoire national supérieur d'art dramatique propose des lundis de "pensée du théâtre". Là, écrivains, philosophes, psychanalystes, plasticiens, viennent proposer des "ouvertures de réflexion théorique sur le théâtre, depuis d'autres disciplines". Et les intervenants sont effectivement d'horizon pour le moins divers, jugez plutôt: le journaliste Philippe Val, l'écrivain Hélène Cixous, l'auteur Jean-Claude Carrière, Régis Debray ou encore Jean-Luc Nancy... Pensée du théâtre, les lundis, 20h, Conservatoire d'art dramatique.

 Fidèle à son habitude, la coopérative De Rue et De Cirque s’installe, tout le mois d’octobre, sur la Pelouse de Reuilly. Spectacles, afters, cartes blanches, brunchs, ateliers, films, lecture : cette année, 2r2c y va fort ! « Nous pensons que le cirque a sa place dans le tissu urbain et parions sur la création circassienne contemporaine », affirment ses responsables. Quatre compagnies (Cie La Valise, Cie Le Nadir, Cie Cirque Electrique, Nikolaus/Cie Pré-O-Ccupé) présenteront des propositions accessibles à partir de 2, 4 ou 10 ans. La Fédération Française des Ecoles de Cirque, Clowns sans frontières et le théâtre-école du Samovar se verront offrir des cartes blanches le mardi soir. Les vendredis soir, après le spectacle, seront occupés par la programmation musicale concoctée par Le Petit Bain ; les autres soirées seront mitonnées par les compagnies invitées. Des ateliers de pratique pour tout âge, encadrés par Les Noctambules et des ateliers de découverte scientifique donnés par les Petits débrouillards viendront compléter les nombreuses activités de ce fourmillant village, posé comme « un moment de résistance à la normalisation ». Ill : Cie Cirque Electrique, DR

Ne surtout pas manquer la reprise du vibrant "Ebauche d'un portrait". Bien plus qu'une ébauche, une plongée poignante et profonde en terre lagarcienne. A Théâtre Ouvert, chez Lucien et Micheline Attoun, qui ont tant fait pour la découverte de Jean-Luc Lagarce, cet auteur et metteur en scène rare emporté par le sida en 1995. C'est l'immense Laurent Poitrenaux qui l'incarne dans une mise en scène signée François Berreur, compagnon de route de longue date et co-fondateur des Solitaires intempestifs. Il a plongé dans les dizaines de cahiers rédigés par l'auteur pendant 20 ans, et qui disent sa vie théâtrale et intime, ses coups de coeur et de gueule, ses projets avortés et succès inespérés. C'est très beau. Ebauche d'un portrait, Théâtre Ouvert jusqu'au 18 octobre.

Voilà qui fait jaser professionnels et publics de théâtre, à Paris: la maison de Molière (notre photo) pourrait être, en partie "délocalisée" en Seine Saint-Denis. Christine Albanel, ministre de la culture, avait demandé à l'administratrice de la Comédie-Française de se pencher sur la question, d'un investissement en banlieue parisienne. Muriel Mayette a remis un rapport allant dans ce sens voilà quelques jours. Pour "aller à la rencontre du public de banlieue", il s'agirait d'ouvrir une antenne... à Bobigny et ce, dans la MC 93, haut lieu de création, dirigé par Patrick Sommier. Mais ce dernier regrette vivement de ne pas avoir été mis dans la confidence en amont. S'il se dit, dans les colonnes de nos confrères, pas opposé à une alliance, pas question d'une OPA menée sur son théâtre! L'an dernier, les acteurs de la vénérable institution avaient investi le théâtre de Gennevilliers dirigé par Pascal Rambert. Pour faire découvrir aux spectateurs de banlieue "un texte du répertoire classique", le Centre dramatique national et le Français avaient ainsi coproduit "Les métamorphoses" d'Ovide dans une mise en scène ébouriffante de Martial di Fonzo Bo. Créée sur place en mai, la pièce est actuellement visible au Studio-théâtre. Une collaboration fructueuse, dans ce cas.

|
|