Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

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Angelin Preljocaj sur le fil

Posté par Nedjma le 31.08.09 à 12:45 | tags : danse, théâtre de la ville
C’est le coup d’envoi de la dense saison du Théâtre de la ville… et c’est de la danse.

Angelin Preljocaj, grand orchestrateur de spectacles flamboyants, de fresques spectaculaires (42 spectacles à son actif aujourd’hui), revient à l’essence, au solo.

La cinquantaine assumée, il s’est écrit un solo –spectacle créé au festival Montpellier danse cet été- pour « se retrouver face à lui, tout contre le mur, sans artifices, sans autre corps que le sien ».

Point de départ, le texte court, fulgurant, de Jean Genet, « Le Funambule », ode magnifique à son amant, funambule.

Le danseur et chorégraphe dira, et dansera ce texte. « Tu dois risquer la mort physique. La dramaturgie du cirque l’exige. Il est, avec la poésie, la guerre, la corrida, un des seuls jeux cruels qui subsistent », y écrit-il notamment.  Constance Guisset signe la scénographie.

« Le funambule », Théâtre de la Ville, du 3 au 15 septembre.




Le clown Arletti en un beau livre

Posté par Catherine le 28.08.09 à 08:00 | tags : théâtre, édition

"Nous pouvons à plusieurs acteurs jouer le même personnage, mais pas le même clown". C'est en 1986 que Catherine Germain a dessiné les traits d'Arletti sur son visage pour la première fois, d'un seul coup de crayon, sans chercher. A l'époque, il n'était pas question de clown mais d'ange. Pour le spectacle qu'elle répétait alors, elle devait inventer une créature qui rêvait de s'incarner. Vingt ans et quelques spectacles plus tard, Arletti est toujours là. Toujours présente. Il existe maintenant un très beau livre qui relate la naissance, la route, le mystère, de ce clown au maquillage emprunté à Albert Fratellini, et au nom évocateur d'une certaine gouaille atmosphérique.
Dans ce livre, Catherine Germain s'exprime elle-même sur sa vie avec le clown Arletti : la genèse du "personnage" - comme elle n'hésite pas à le nommer parfois - la naissance d'un spectacle, le rituel du maquillage, le rire, le public, les instants de grâce... Ses mots sont simples, précis, généreux. Elle laisse toutefois la part belle au témoignage de François Cervantes, avec qui elle chemine depuis les débuts d'Arletti. L'auteur et metteur en scène a beau travailler avec Arletti / Catherine Germain depuis tant d'années, avoir vécu avec elle tant d'heures de répétitions, avoir fixé tous les mots qui sortent de la bouche du clown, avoir vécu avec elle des représentations aux quatre coins du monde, l'insaisissabilité de la créature qu'il a en face de lui le fascine toujours.
Les amoureux d'Arletti - et ils sont nombreux - dévoreront cet ouvrage avec le souvenir précieux de celle qui sait si bien "réveiller leur intérieur comme un volcan" - selon l'expression de François Cervantes. Ceux qui n'ont pas encore eu la chance de croiser Arletti au détour d'une scène apprécieront tout autant ce livre pour l'occasion unique qu'il offre d'approcher la dimension clown, à travers une foule d'anecdotes, quelques paroles intimes, et de nombreuses et magnifiques photos signées Christophe Raynaud de Lage.

 

Le clown Arletti - vingt ans de ravissement, par François Cervantes et Catherine Germain. MAGELLAN & Cie / Editions Maison, 2009







Aurillac : la rue enfin retrouvée !

Posté par Floriane le 27.08.09 à 09:17 | tags : festival, arts de la rue
La Patritico interesante24è édition du festival. Moins de jeunes errants dans les rues piétonnes, moins de spectacles Off attachants en centre ville. Et pourtant une rue retrouvée, réinvestie par deux troupes solides, commissionnées par le festival pour « mettre le chaos » : Generik Vapeur et Xarxa. Une affiche également très internationale. Au final : un bon cru.

Des Pays-Bas, Tuig et sa scénographie rétroversible, la roue du temps et du karma devenue une sorte de Playmobil. De Pologne, Biuro Podrozy (l’« agence de voyages ») et un Macbeth plus théâtral que jamais, où s’égrennent les images chères à la compagnie : du feu, des échassiers noirs et des échaffaudages mobiles. D’Allemagne, Titanick et ses machines grandioses pour une Odyssée revue, corrigée et largement arrosée d’hémoglobine. Non, décidément, l’hexagone n’a pas l’exclusivité des arts de la rue.

L’engagement
C’est d’ailleurs du Chili que vient l’une des propositions les plus fortes (à mes yeux) de cette édition 2009. La Patricotico interesante et son Kadogo enfant soldat porte une parole vigoureuse comme savent en développer les troupes de ce pays (le Teatro del Silencio en tête). Ici, tout est fort : le jeu des acteurs, d’une énergie et d’une maîtrise corporelle incroyables, la mise en scène, rapide comme un jeu vidéo, affutée comme une image d’Epinal, et les images précisément, tirées d’une réalité relayée par les photos de presse, les reportages télé. Certains reprocheront à la pièce trop d’évidence, un message trop direct, asséné plus que nuancé. Moi, c’est ce que j’aime : un spectacle qui secoue physiquement le spectateur, parce que les acteurs s’y donnent à fond.

Le chaos
Ce plaisir immense, de retrouvailles avec le corps, bousculé, tiraillé mais vivant, d’un public foule tanguant sur la place du square après s’être faufilé tant bien que mal dans les rues étroites de la ville, c’est Generik Vapeur et Xarxa qui nous l’ont offert avec G178. Après des années d’interdiction (plus ou moins tacite) des déambulatoires de grand format en centre ville, le spectacle de rue regagne enfin le droit au pavé. Ce n’est pas un hasard si Xarxa, la troupe de Valencia (Espagne) est de la partie : là, les Fallas se brûlent à quelques centimètres des maisons, en plein cœur des quartiers, et la population responsabilisée sait jusqu’où s’approcher pour éviter l’accident. A Aurillac, comme retrouvant ces réflexes, les spectateurs ont suivi le flot lancé par les artistes, plongeant volontairement dans le bouillonnement et n’en sortant la tête qu’une fois les derniers pétards éclatés. On aurait tort de croire pourtant, que seul le mouvement de masse importait aux artistes. L’image d’un Ubu juché sur un caddie et lançant à tour de bras des corn flakes dans le public ne vaut-elle pas cent fois mieux que tous les discours sur la PAC et le gaspillage ?

Théâtre du CentaureLa poésie
D’un tout autre style, à l’écart du bruit et de la fureur, le Théâtre du Centaure avait investi le haras où, lors de la première édition du festival, s’était d’ailleurs produit Zingaro. Flux se développe comme un poème, une série de tableaux évoquant la quête, à travers les mers Noire, du Nord et la Méditerrannée, d’un couple de centaures. Peut-on encore parler ici d’écuyers ? Sans doute pas, tant ils font littéralement corps avec leurs chevaux, qu’ils nomment leurs partenaires et avec qui ils travaillent depuis plus de quinze ans. Un tel degré d’intimité, une telle connaissance mutuelle permet aux acteurs de libérer totalement le haut du corps et de ne guider le cheval qu’avec les membres inférieurs, soudés à leur monture, comme l’est le centaure. Cette balade dans la nuit, parsemée de textes murmurés à l’oreille ou d’ambiances entourant les spectateurs, le tout diffusé à travers des casques, est aussi rythmée par des projections de films, tournés aux quatre coins de l’Europe et de ses confins. Odessa, Constanta, Istanbul, Terschelling, Marseille : autant de ports, d’attache et de détachement, de fuite et de retrouvailles, que traverse le couple, au final réuni.
De l’engagement, de la fête, de la poésie : une palette assez représentative de ce que développent les arts de la rue aujourd’hui.

Ill : La Patriotico interesante
Théâtre du Centaure © Frédéric Chehu









Un hommage à Roussillon en septembre

Posté par Nedjma le 19.08.09 à 17:56 | tags : théâtre, comédie française

Quand Jean-Paul Roussillon s’est éteint le 30 juillet dernier, Muriel Mayette, administrateur de la Comédie-Française qu’il a si longtemps –et si bien- servie rendait hommage à sa « voix profonde, caverneuse, patriarcale, primaire, étrangement musicale ».

Et disait de lui : « Cette manière d’être là, cette présence absolue, cette vitalité, cette vivacité, toujours lumineuse, au fil des ans apparaissaient chaque fois plus admirables dans la résistance au temps, aux épreuves, à la fatigue. Il a bouleversé la Comédie-Française pendant les décennies d’une remise en cause fondamentale de l’art de la mise en scène et de la direction d’acteur. Son exigence, sa rigueur et sa passion ont fait des chefs d’œuvres de Molière ou de Racine qu’il a montés, des succès historiques et des jalons inoubliables de l’histoire de notre maison (…) C’était  un génie de la scène qui avait l’humilité d’ignorer sa grandeur. »

La maison de Molière et sa troupe consacreront la soirée du vendredi 11 septembre 2009 à la mémoire de leur sociétaire honoraire. Sur le plateau de la Salle Richelieu, à 20h30, les membres du Français lui rendront hommage.

Illus Jacques Pourchot.

 




Vers toi terre promise, tragi-comédie dentaire

Posté par Nedjma le 18.08.09 à 17:46 | tags : théâtre

L’auteur Jean-Claude Grumberg a plongé dans ses souvenirs pour nourrir le fil de cette pièce singulière, sous-titrée « tragédie dentaire ». « La qualité médiocre de mon émail m’a conduit à fréquenter, enfant, puis adolescent, un dentiste proche de mon domicile. Pourquoi ce dentiste, son épouse et leurs deux filles se sont-ils imposés à moi, la soixantaine venue comme l’incarnation de notre douleur d’après-guerre, de l’après Shoah comme on dit aujourd’hui et qu’on ne disait pas hier ? », s'interroge-t-il.

Les Spodek, c’est donc un dentiste chassé de son cabinet, une fille disparue dans les camps, l’autre retirée chez des religieuses, qui avec son épouse va chercher un ailleurs –meilleur ?- en Israël…

Antoine Mathieu, Philippe Fretun, Clotilde Mollet et Christine Murillo : un quatuor du tonnerre, mis en scène par Charles Tordjman sert cette pièce magnifique, toujours sur le fil entre rires et larmes, qu’on découvrait lors de sa création en janvier dernier à la Manufacture de Nancy. Depuis le spectacle a fait son chemin, raflant le prix de la critique 2009 pour la meilleure création, tandis que Grumberg remportait le Molière de l’auteur en avril. La tragi-comédie a réjoui des salles combles au Théâtre du Rond-Point en mars dernier, et elle reprend sa route, dans un théâtre privé cette fois, à Marigny, pour 60 représentations exceptionnelles. Ne ratez pas ce voyage…

Illus © Christine Sibran

« Vers toi terre promise ». Du 15 septembre au 22 novembre, Théâtre Marigny, salle Popesco.




Belle moisson à la Mousson

Posté par Nedjma le 17.08.09 à 13:05 | tags : festival, théâtre
"Quelle tête ça a un auteur? Est-ce que c'est vieux un auteur? Est-ce que c'est gros, gras, barbu, chauve, édenté? Est-ce que c'est sexy un auteur? Est-ce que c'est vivant?" Quelques-unes des questions essentielles auxquelles ambitionne de répondre la Mousson d'été 2009.

 

Le théâtre contemporain toujours au cœur de ces rencontres qui célèbrent en douceur la fin de l’été, dans la belle Abbaye des Prémontrés. Sous la houlette du metteur en scène Michel Didym –qui vient par ailleurs d’être nommé directeur du Centre dramatique national de Nancy-Lorraine, La Manufacture-, professionnels du théâtre, acteurs, auteurs et spectateurs se retrouvent, une fois de plus pour un bain de mots. Dense et revigorant. L’Espagne est au cœur de cette quinzième édition qui offre une belle moisson d’invités. Quentin Baillot, Norah Krief, Judith Magre, Julie Pilod notamment côté comédiens, Marion Aubert, Rodrigo Garcia, David Lescot, Fabrice Melquiot, Fausto Paravidino, Lluisa Cunillé et tant d’autres côté auteurs.

Le maître des lieux, Michel Didym (illus dr) met en scène Fellag dans « Bashir Lazhar » d’Evelyne de la Chenelière.  

Quinzième Mousson d'été, du samedi 22 au vendredi 28 août, Pont-à-Mousson. Programme complet ici.




Tous à Bussang !

Posté par Nedjma le 13.08.09 à 11:17 | tags : théâtre, festival
Une heure trente de Nancy, trois heures de Paris, une heure de Mulhouse. Le chemin n’est pas toujours rapide, mais l’escale à Bussang vaut évidemment le déplacement.

C’est dans ce village de 1500 âmes, en plein cœur des Vosges, qu’un beau jour de 1895, Maurice Pottecher, enfant du pays, bâtit de ses mains le Théâtre du Peuple, ancrage d’une utopie toujours vive : créer un répertoire, une pratique théâtrale et des spectacles dédiés à « l’éducation et au divertissement des populations des hautes vallées vosgiennes ».

Au fil des décennies on a joué ici des textes de Pottecher et Shakespeare, Hugo et Molière, James Ollivier et Labiche. En 1991, le metteur en scène François Rancillac arrive à Bussang où il souhaite offrir une pièce du répertoire et une création au public. Olivier Py, Jean Giraudoux, puis Heinrich von Kleist et Edmond Rostand se partagent alors la vedette. Après lui, place à Philippe Berling puis Christophe Rauck. Aujourd’hui, Pottecher repose avec son épouse dans le parc du Théâtre, qui voit chaque été affluer une foule dense (plus de 25000 personnes) et hétéroclite pour un bain de théâtre. Auteur et metteur en scène, Pierre Guillois est désormais aux manettes du théâtre.

Spécialement conçues pour ce lieu rare, deux créations passionnantes à voir cette année, dans l’écrin de bois dont le fond de scène s’ouvre sur la forêt. Vision étonnante !
L’après-midi, « Un cœur mangé », épopée chevaleresque qui revisite le temps des croisades. Ecrite et mise en scène par Pierre Guillois, la forme qui semble au départ traditionnelle prend un virage trash dans la deuxième partie. La création qui mêle sur scène adultes et enfants, professionnels et amateurs de haut vol est tour à tour effroyable et drôle.

Le soir, « Gilles » (très beau texte de Cédric Orain) se retourne sur la vie d’un vieux monsieur paumé qui choisit d’être clown quand tout le monde voulait le calmer. Magnifiques numéros de mât et de roue, contorsions, danses fugaces, ce qui fait la préciosité de ce cabaret poétique orchestré par le très brillant David Bobee c’est notamment les êtres qui l’animent. Gilles Defacque, David Amelot, Pierre Cartonnet, Elza Davidson, Clément Delliaux, Eric Fouchet, Stéphane Hainaut, Caroline Leman, Tanguy Simonneaux.

Une troupe composée à la fois d’acteurs, danseurs professionnels et artistes en situation de handicap mental de la compagnie de L’Oiseau-Mouche. Toujours sur le fil, fragile et pudique, poignant et beau. Après Bussang, « Gilles » s’offrira une tournée au long cours de novembre à mai.

 


 

Illus 1 "Un coeur mangé", illus 2 "Gilles cabaret poétique". Victor Tonelli/Artcomart.

Théâtre du Peuple, jusqu’au 29 août : Un cœur mangé à 15h, Gilles à 20h30. www.theatredupeuple.fr




Un festival Pierre Notte

Posté par Nedjma le 12.08.09 à 09:05 | tags : théâtre

 


 

Cet homme-là, bien qu’à peine quadragénaire a déjà eu mille vies. Au moins. Longtemps critique de théâtre (pour « l’Evénement du jeudi » notamment ou la revue « Théâtres » qu’il dirigea), il a également officié comme secrétaire général de la Comédie-Française aux côtés de Muriel Mayette. Il s’apprête désormais à quitter la maison de Molière.

Car Pierre Notte est aussi auteur et metteur en scène. Il signa « Moi aussi, je suis Catherine Deneuve ! », comédie féroce et débridée qui rafla notamment le Molière du meilleur spectacle privé, encore « Journalistes » satire inégale de l’envers du décor ou « Deux petites dames vers le nord », récemment présenté au Théâtre Pépinière Opéra. En cette fin d’été, c’est quasiment un festival Pierre Notte que proposent deux scènes parisiennes.

Les Déchargeurs d’abord qui l’accueillent en résidence, pour sept créations (spectacles, cabarets, spectacles jeune public) autour de la thématique de la famille. Ouverture de saison ce 18 août avec "Les Couteaux dans le dos, Les Ailes dans la gueule". La première mise en scène de l’auteur. L’histoire d'une jeune femme qui fuit le foyer, traverse les continents, rencontre la mort, apprivoise des fantômes et des héroïnes de théâtre, avant de rencontrer une sorte de douceur d'être au monde en compagnie d'un petit gardien de phare
Au Rond-Point, place à « J’existe foutez moi la paix », fin octobre… On en reparle bientôt.

Illus "Les couteaux dans le dos..." i-fou lepolemedia 2009.




Moderne Tartuffe à Grignan

Posté par Nedjma le 10.08.09 à 09:43 | tags : festival, théâtre

S’il restait quelques amateurs de théâtre égarés dans le Haut Vaucluse après la clôture du festival d’Avignon, qu’ils aillent donc faire un tour du côté de Grignan. Ce qui fut la résidence de la marquise de Sévigné et qui accueille début juillet un riche festival de la correspondance célèbre également l’art dramatique dans un théâtre à ciel ouvert, monté devant la majestueuse façade du château…

Bienvenue aux « Fêtes nocturnes ». Après Adel Hakim invité à monter Labiche et Shakespeare les années précédentes, c’est la metteuse en scène Brigitte Jaques-Wajeman qui s’y colle cette fois. Elle s’empare de « Tartuffe ».

Seul élément de décor, une table colossale, au centre du plateau. Cachette pour des espions de passage –Orgon qui tente de démasquer Tartuffe-, couche d’Elmire et Tartuffe, point de rassemblement d’une famille encore heureuse et insouciante au début de la pièce. Dans l’interprétation énergique d’une solide troupe d’acteurs, le texte résonne avec force. Louis Jouvet clamait: « Le jour où l’on rejouera "Tartuffe", il faudra trouver un garçon charmant, inquiétant, très intelligent, et qu’on sente, pendant la scène d’Elmire et de Tartuffe, ce qu’elle a de scandaleux. Il n’y a aucune déclaration d’amour, dans aucun théâtre, qui soit aussi suave, aussi charmante que celle de Tartuffe à Elmire ».

La metteuse en scène prend la recommandation au pied de la lettre. Son Tartuffe (excellent Thibault Perrenoud) est jeune, rageur, sensuel, Dorine généreuse et drôle, Valère et Marianne insouciants et pleins d’appétits, Orgon débordé comme il se doit… Sombre et drôle tour à tour, le spectacle suscite une attention rare, des éclats de rire, et souvent des applaudissements entre les scènes. C’est que ce festival-là voit venir à lui un public joyeusement mélangé, des lettrés, d’autres moins, des enfants, des adultes, des familles. Mais tous sont suspendus aux vers de Molière dans une attention rare. C’est intelligent et virevoltant, c’est généreux enfin et populaire.

Illus © Mirco Cosimo

Festival « Les fêtes nocturnes » de Grignan jusqu’au 22 août.





Deneuve sifflée en Italie

Posté par Nedjma le 08.08.09 à 13:39 | tags : théâtre, festival

Ça fait quand même un peu désordre.

Invitée du festival toscan de théâtre Versiliana, à Lucques, l’actrice Catherine Deneuve, qui devait lire « Je me souviens » de Georges Perec a suscité l’ire du public qui a hurlé en rafale des « voleurs, remboursez ! » car elle s’exprimait en français. Pas très bon camarade, son partenaire Michele Placido, Italien lui, a commenté : « Peut-être que Catherine Deneuve devrait faire un effort et jouer en italien ». Il aura fallu l’intervention de la police pour calmer tout ce petit monde…




Bartabas intime à Paris quartier d'été

Posté par Floriane le 08.08.09 à 13:29 | tags : paris quartier d'été

Après avoir assisté à la forme singulière proposée par Bartabas dans le cadre de "Paris quartier d'été", on peut saluer la sobriété dont il fait montre, impassible, sur son cheval qui lui obéit pourtant de manière organique. On n’est, en effet, pas là dans la représentation, mais dans l’intimité du cavalier qui travaille sa monture à l’aube, ce moment si particulier où la nuit tente de s’attarder, mais est finalement vaincue par le jour.

Le soleil, lui, ne se lèvera que plus tard ; précisément une heure après le rendez-vous de 5h30, qui tire les Parisiens du lit en pleine obscurité. Cavalier et monture auront alors disparu, évanouis dans la blancheur crue du petit matin. Contrairement à ce que son titre indique, ce n’est donc pas tout à fait le « lever du soleil » que salue cette proposition, qu’il ne faut pas nommer « spectacle », le concepteur en attraperait des boutons. Proposée dans le cadre de Paris Quartier d’été, cette variation s’inscrit dans la Saison de la Turquie en France. Bartabas et le Caravage ne sont, en effet, pas seuls à fêter la venue du jour : Kudsi Erguner et Nezih Uzel, deux musiciens soufi, célèbrent eux aussi ce passage vers la clarté. Leur présence est véritablement déterminante, voix et ney se répondant et comme impulsant le rythme au cheval qui se met à danser avec légèreté sur ces hymnes au Seigneur.

"Lever de soleil" avec Bartabas, les 8 et 9 août, dernières présentations.




Chalon dans la rue 23è

Posté par Floriane le 07.08.09 à 11:15 | tags : arts de la rue, festival
MementoC’est drôle, cette envie, cette année, de prendre (à nouveau) la parole dans la rue, d’y dire des choses directes, liées à la société, aux préoccupations du quidam. Cela semble (presque) bizarre, tant cette portée inhérente à la rue semblait avoir déserté les trottoirs, non que les compagnies aient rechigné à s’emparer de l’espace public pour s’exprimer, mais parce que certains programmateurs, à la solde des décideurs financiers (souvent les politiques), n’osaient tout bonnement pas jouer le jeu de la diffusion. La compagnie Kumulus en a, plus souvent qu’à son tour, fait les frais ; d’autres aussi.
Bref, ce vent de prise de parole, qui rend à la rue son véritable sens (qui n’est, faut-il le rappeler, pas de seul divertissement), a soufflé allègrement sur la vingt-troisième édition de Chalon dans la rue. Cet engagement a su pourtant ne pas prendre le masque grimaçant de la dénonciation brutale. Les artistes se sont aguerris dans l’art de faire passer en douce les messages, tout en travaillant la forme. KompleXKapharnaüm a choisi de mélanger street art (graff, collages) et montages vidéo et sonores pour exalter un certain esprit de résistance. Memento s’inspire, en effet, des mois précédant la Libération, et veut rappeler à chacun, documents d’époque (passée et présente) à l’appui, la nécessité de ne pas prendre pour argent comptant ni les préjugés, ni les discours bien pensants qui se veulent rassurants mais au final nous manipulent. La vraie force de ces parcours tient en fait dans les traces laissées sur les murs de la ville, avant et après les soirs de spectacle. Des silhouettes blanches, presque livrées à l’expression populaire (dont bizarrement personne ne semble oser profiter pour s’exprimer), aux textes qui seront recouverts d’autres images, biffés, tagués, c’est comme si le « plastiquage » de ces murs leur rendait enfin leur force de support de l’expression, et donc de résistance, tant il est vrai qu’aujourd’hui poser une affiche est passible d’amende pour peu que l’endroit ne soit pas officiellement prévu pour.
C’est une démarche assez semblable qui a poussé Délices Dada, l’une des compagnies pionnières des arts de la rue, à sortir cette année RUSHs, sans fable ni paroles, simplement basé sur des déplacements, des personnages et une composition musicale, mixée en direct, plus expressive que tous les discours du monde. Et si la seule, l’unique solution face à la violence qui sourd à chaque instant dans nos vies (violence des hommes les uns vis-à-vis des autres, des politiciens ivres de pouvoir, des « hommes de l’ordre » qui font tout sauf garder les citoyens en paix), si face à tant d’absurdité dans les rapports urbains, le seul recours était finalement le nez rouge ? Une simple bille de couleur à (se) poser sur le visage, pour défigurer l’ennemi, le rendant ainsi dérisoire, et se protéger, en prenant la distance du clown face à une réalité insupportable. On connaît l’humour, souvent caustique, dont sait faire preuve Délices Dada. Cette fois, la compagnie prend parti, se prononce (de façon muette mais combien éloquente) sur ce qui merde aujourd’hui dans l’hexagone, et si les personnages ne profèrent pas un mot c’est, avouent les acteurs, parce que tout cela les laisse sans voix …
Il faisait bon, cette année, être à Chalon pour se rappeler pourquoi on aime les arts de la rue quand ils se font les porte-parole d’une critique qui ailleurs a souvent bien du mal à s’exprimer.
KompleXKapharnaüm et Délices Dada sont également programmés au festival d’Aurillac, qui se tiendra du 19 au 22 août prochain.
Ill : Memento, © Michel Wiart







Sautes d'humour au Tarmac

Posté par Catherine le 06.08.09 à 08:00 | tags : théâtre, one man show

Et puis à Paris, l'été, il y a aussi le Tarmac. Des vacances ? Pour quoi faire ? Faisons plutôt un festival ! Et c'est à de sympathiques Sautes d'humour que le Tarmac nous invite.

Il est trop tard maintenant pour goûter l'humour de Souâd Belhaddad, mais il sera possible de retrouver Valéry Ndongo, qui avait conquis le public à l'ouverture du festival, pour une nouvelle semaine du 18 au 22 août. La semaine prochaine, c'est Diogène "Atome" Ntarindwa qui présente Carte d'Identité, le spectacle qu'il donnait le mois dernier au festival d'Avignon et dont nous vous avions parlé ici.

Et cette semaine, jusqu'au 8 août encore, on peut applaudir Marcel Mankita, Congolais Bourguignon qui se rit aussi bien du racisme ordinaire que des nouvelles technologies, des profs de théâtre ou de l'accent morvandiau. La vie n'est pas toujours rigolote mais le comédien met tout son coeur, toute sa sueur, pour nous la rejouer avec le sourire.

 

Festival Sautes d'humour, au Tarmac de la Villette
Jusqu'au 22 août

Illus © Pascal Colrat



Le rêve de Chagall et Boulgakov

Posté par Floriane le 06.08.09 à 07:07 | tags : arts de la rue, international
FaberfEstC’est un rêve en couleurs, à la fois très doux et plein d’énergie. Après son spectacle Emigranti, la compagnie italienne Faber Teater s’est emparée cette fois de l’univers de deux maîtres russes, Chagall et Boulgakov, et a mis à leur service tout son savoir faire en matière de danse, de mime, de musique et de joie de vivre parfois teintée de mélancolie.
Un jeune maestro, cheveux longs, redingote et chapeau claque, s’endort dans la rue et son rêve le mène de banquet en mariage, de meurtre en fantasmagorie. On reconnaît, ici et là, telle figure peinte, telle scène décrite, le tout rythmé par des chants et des musiques slaves qui emportent tout. Le plus surprenant est sans doute que, de la commedia dell’arte propre aux Italiens, le Faber Teater réussit, dans ce FaberfEst, à faire le pont avec les clowns russes, si célèbres pour leur force et leur inventivité.
Il est rare qu’un spectacle de rue propose, sous une forme joviale et enlevée, des sources d’inspiration si bien assimilées. Présenté en Off au festival de Chalon, ce spectacle a déjà parcouru l’Europe mais étonnamment peu l’hexagone. Dans la région de Turin, le Faber Teater a également la responsabilité d’un festival, Teatri di confine, qui dure cette année jusqu’au 20 septembre. Ceux qui séjournent dans le Piémont peuvent y faire un tour ; ils ne seront pas déçus.




Risque ZérO ? : mon œil !

Posté par Floriane le 05.08.09 à 10:41 | tags : cirque
GalapiatMais où donc ont-ils appris ça ? A Rosny ? Au CNAC ? Leurs CV mettent en avant ces formations académiques. Il y a longtemps pourtant que l’on a vu (si l’on en vit) des lanceurs de couteaux, de haches, de fléchettes et de pétards sortir de ces cursus. Eux s’en donnent à cœur joie, bousculant le public trop proche du tapis énorme où ira se poser le voltigeur ou de l’échafaudage enflammé où s’envolera l’acrobate. Les guitares et la fille hurlent comme des damnées, les garçons galopent, les spectateurs tentent de suivre.
C’est fou ce que ces galapiats-là ont de Cirque Aligre. Il faut, en effet, remonter aux années 70 pour trouver cet esprit frondeur, casse-cou, cette énergie pure et communicative qui n’a pas peur de malmener le public. Ça change des mièvreries nombrilistes de certaines autres propositions. Vivre à 200 à l’heure et à 300% pourrait être leur devise. Et pour les Parisiens qui auront besoin d’une bonne dose d’adrénaline à la rentrée, c’est au Village de cirque de 2r2c qu’ils pourront retrouver cette équipe de choc, du 21 octobre au 1er novembre.
Ill : © Nelly Sabbagh





La première pièce d'Edmond Rostand publiée

Posté par Nedjma le 05.08.09 à 08:01 | tags : théâtre, édition

L'auteur de "Cyrano de Bergerac" n'a pas toujours connu le succès. Avant le triomphe de Cyrano à Paris, Edmond Rostand essuya un cuisant échec avec sa pièce "Le gant rouge", qui semblait avoir totalement disparu de la circulation.

Aujourd'hui, Michel Forrier et Olivier Goetz ont sorti le texte de l'oubli. Une pièce en quatre actes signée par Rostand lui-même alors tout juste âgé de 20 ans et par celui qui serait son beau-frère.

Alors que toute la critique descend l'oeuvre en flèche, seule la plume du "Moniteur universel", révèle le quotidien Le Figaro loue l'esprit et l'imagination de "ce petit Marseillais".

A juger sur pièces, puisque "Le gant rouge" sera de nouveau mis entre toutes les mains qui le souhaitent dès le 10 août prochain avec en prime, la correspondance de l'auteur avec sa fiancée Rosemonde Gérard... (Editions Nicolas Malais).




Théâtre à Paris : ça continue (parfois) l’été

Posté par Nedjma le 04.08.09 à 16:34 | tags : théâtre, avignon off, théâtre marigny

Bon, c’est vrai, au mois d’août, l’activité théâtrale tourne un peu au ralenti. Avignon a remballé ses trompettes, scènes et gradins. Ici et là, comme à Ramatuelle ou Gordes, quelques festivals continuent d’inviter des bêtes de scène.

Et à Paris ? Paris quartier d’été célèbre ses vingt ans avec Bartabas notamment.

Les théâtres publics, eux, ont baissé leur rideau en juin et le rouvriront en septembre.

Bon nombre de théâtres privés aussi. Outres les temples de l’humour, restent pourtant quelques oasis qui accueillent les amateurs de mots au calme…

La preuve en trois escales...


Jacques Weber seul en scène.  L’interprète de Cyrano de Bergerac, qui campait un colossal César chez Francis Huster voilà quelques mois est de retour, seul en scène pour partager des petits bijoux de textes, entre drôlerie et émotion. Sous le regard de Christine Weber, il reprend un exercice rôdé voilà de longues années déjà. La Fontaine et Vian, Courteline et Devos, Duras et Rimbaud se marient joliment dans ce festival Weber, réjouissant et parfois mélancolique. Théâtre Marigny jusqu’au 29 août.

Le jour de l’italienne.   Plongée dans les coulisses d’un spectacle, en compagnie… d’une jeune compagnie. C’est « Le jour de l’italienne », créé au festival Off d’Avignon en 2007 et qui, depuis, taille joliment sa route. Après le Théâtre 13, où il a été repéré par Gérard Maro, directeur de l'Oeuvre, il est donc à l’affiche du Théâtre de l’œuvre jusqu’au 8 septembre.

Antigone. On n’a pas encore vu ce spectacle, qui vient tout juste de commencer mais on aime la démarche du Théâtre permanent de Gwenaël Morin qui, depuis le 1er janvier dernier et jusqu’au 31 décembre prochain accueille le public chaque soir pour des représentations et chaque matin pour des ateliers de transmission. On plonge là aussi dans les coulisses de la création avec des œuvres du répertoire qui portent toutes un nom de héros. Après "Tartuffe" et "Bérénice", place à "Antigone" et bientôt "Hamlet". Jusqu’au 24 septembre, Laboratoires d’Aubervilliers. Illus dr.





Ramatuelle, festival des grands succès

Posté par Nedjma le 03.08.09 à 19:37 | tags : théâtre, festival

C'est Anne, Madame Gérard Philipe qui aurait soufflé l'idée de ce festival de théâtre à ses fondateurs, Jean-Claude Brialy et Jacqueline Franjou.

Cette année voit le cinquantième anniversaire de la disparition de l'acteur... et les 25 ans du festival de Ramatuelle. Michel Boujenah joue les directeurs artistiques depuis la mort de Brialy et l'événement conserve la même recette.

Aux côtés de concerts, une programmation théâtrale basée sur des succès éprouvés: "Mon père avait raison" de Sacha Guitry, avec les Brasseur père et fils samedi, "Le malade imaginaire" avec Michel Bouquet hier.

A voir ce soir, la très réjouissante "Divine Miss V" (Illus Brigitte Enguerand), portrait de la très féroce papesse de la mode Diana Vreeland.

Egalement à l'affiche, Pierre Palmade et son "Comique", la très moliérisée comédie "Cochons d'inde" et, en baisser de rideau, monsieur le directeur artistique dans "Enfin libre!".

Festival de Ramatuelle jusqu'au 11 août.




Jean-Paul Roussillon est mort

Posté par Nedjma le 01.08.09 à 12:19 | tags : théâtre, cinéma

 


 

Voilà quelques mois, en campant Firs, le vieux valet oublié dans « La Cerisaie » d'Alain Françon, à la Colline, il bouleversait… Jean-Paul Roussillon, grand homme de théâtre et de cinéma est mort hier à l’âge de 79 ans. Il avait eu un cancer du poumon voilà dix ans et avait subi récemment une nouvelle opération. Marié à Catherine Ferran, autre figure de l’institution, il a fait partie de de la Comédie-Française, pendant plus d’un demi-siècle et en était sociétaire honoraire. Il y fut comédien puis metteur en scène. L’administratrice du Français, Muriel Mayette a évoqué "un camarade d'une humilité inouïe. Son exigence, sa rigueur et sa passion ont fait des chefs-d'œuvre de Molière ou de Racine qu'il a montés des succès historiques » et salué  « une voix profonde, caverneuse, patriarcale, primaire, étrangement musicale ». On l’a également vu au cinéma dans des films de Bertrand Tavernier ou Joseph Losey et, plus récemment dans « Un conte de Noël » d’Arnaud Desplechin où il incarnait l’époux de Catherine Deneuve, ce qui lui valut un césar du meilleur second rôle.

Dans "Un conte de Noël", illus dr.

 






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