Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Bloody niggers : la rage, mais contre qui ?

Posté par JdF le 06.11.07 à 11:42 | tags : théâtre, spectacle à paris
Groupov
Au Tarmac, dans le cadre des rencontres de la Villette se joue Bloody niggers !, de Dorcy Rugamba, mis en scène par Jacques Delcuvellerie. Delcuvellerie et sa compagnie, Groupov, se sont fait connaître avec le spectacle Rwanda 94 qui a tourné dans le monde entier. Nous avions parlé d'Anathème, spectacle présenté durant la très controversée édition 2005 du festival d'Avignon. Une fois de plus, le propos laisse perplexe : comme dans La comédie indigène, présentée dans le même théâtre, l'auteur entend dénoncer le passé colonial de l'Occident, l'exploitation, les pillages, les violences et les massacres de la colonisation. Certes, mais la manière dont ce discours entend rompre un silence séculaire, est en complet décalage avec l'évolution récente qui conduit aujourd'hui à une déplorable concurrence et surenchère mémorielle.

Le spectacle ne verse pas dans la concurrence mémorielles et considère, a contrario, les exterminations des peuples pré-coloniaux comme précurseurs des grands massacres du XXe siècle et, en particulier, de la destruciton des Juifs d'Europe. Ce qui pose problème, en revanche, c'est la notion d'"Occident" telle qu'elle est définie dans le spectacle. Qu'est-ce que l'Occident après tout ? Une ère géographique ? une culture portant en elle une conception fixe et monoliythique du monde ? Non, bien entendu ! Car si l'histoire nous apprend qu'en Occident (je préfère quant à moi, user du terme sous la forme du circonstanciel), ont émergé des théories iniques justifiant la violence, les massacre et la réduction en esclavage au nom de l'inégalités entre les supposées races, Dorcy Rugamba n'ignore pas que ces théories ont eu très tôt des adversaires. Or le seul socialiste nommé dans le spectacle est Saint-Simon, le théoricien utopiste du début du XIXe siècle, confiant dans l'entreprise privée et scientiste, il rêve d'une société coercitive dirigée par une technocratie d'insdustriels et d'ingénieurs. En faire un "socialiste" (il ne se définissait du reste pas ainsi), c'est-à-dire le représentant d'un mouvement qui, dès la fin du XIXe siècle a poser l'anti-militarisme et de l'anti-colonialisme au cour de son projet politique relève donc de la mauvaise foi.

Le colonialisme a bien eu des adversaires au sein même de cet l'Occident qui, à mon sens ne constitue aucunement une entité substancielle. Peut-on en effet considérer l'ensemble des Européens (de naissance ou d'adoption) comme partageant une même vision du monde ? L'époque, mais aussi l'appartenance sociale, familiales, l'expérience et les convictions personnelles font de chacun un partisan ou adversaire plus ou moins fervent de la colonisation ou aujourd'hui du néo-colonialisme. Les déserteurs de la guerre d'Algérie ont-il à répondre des crimes du gouvernement de Guy Mollet (celui-là qui se disait socialiste) ? L'auteur dénonce à juste titre la France comme patrie des droits de l'homme. Cette conception est érronnée noin pas parce que des Français ont colonisé l'Afrique, mais parce que les principes n'ont aucune patrie, et n'existent qu'à travers ceux qui les portent et luttes pour les faire respecter, qu'ils soient Français, Rwandais, Belges ou Birmans.

Bon, voilà que je me suis laissée emportée à discuter le propos du spectacle et que je n'ai pas fait allusion à ce à quoi il ressemble, alors un dernier mot pour dire que Delcuvellerie a mis ses trois acteurs/chanteurs devant trois micros, vêtus de costumes cravates. Deux d'entre eux, les noirs, se changeront, l'un se costume en femme, l'autre pour, torse nu, tenir, à la fin du spectacle, un discours sur la nécessaire et pourtant impossible union des Africains (j'aurais encore des choses à dire sur la question, mais j'ai déjà trop péroré). Et puis, en fond de scène, il y a un écran qui montre des images d'archives (Twin towers, reportages coloniaux, etc...)

Décidement, les spectacles de Delcuvellerie et du Groupov, à défaut de convaincre de leur bien fondé, font au moins parler d'eux.

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