
C’est un spectacle fascinant que l’Iranien Koohestani propose, jusqu’au 18 novembre, au Théâtre de la Bastille. Certains avaient vu, dans le même lieu, son Dance on glasses. Cette fois, avec Recent experiences, c’est l’adaptation en farsi d’un texte d’auteurs canadiens que nous livre le metteur en scène.
Dans un montage minimaliste, largement inspiré par l’écriture cinématographique, la parole circule, distribuée entre six acteurs répartis autour d’une table familiale quasi nue. Rien n’est gratuit, dans ce théâtre choral : la moindre inflexion, un sourire, une larme, un regard permettent de camper un personnage, une situation et d’égrener le destin sur un siècle d’une famille mixte canadienne.
Là est le plus fascinant : l’on se rend compte, au fur et à mesure que les générations entrent en scène, que les « mains blanches » dont le premier homme semblait tant amoureux, l’attiraient parce que lui était noir. Au début du XXè siècle, un tel mariage mixte avaient figure d’exception. Etonnement aussi lorsque les références à la religion catholique pratiquée dans la famille s’inscrivent dans le texte et la gestuelle. Le sel de cette interprétation, par des Iraniennes portant le voile, et de cette mise en scène posée, toute en nuances, c’est la notion d’acceptation du destin qui s’en dégage. D’autres pourraient donner au même texte une couleur plus révoltée, plus politique, plus socio-centrée. Koohestani lui offre une paix douce, comme résignée. Le monde continue.
Recent experiences,
Mis en scène par Amira Reza Koohestani,
Au Théâtre de la Bastille, jusqu'au 18 novembre