Yves Noël Genod est un metteur en scène fougueux et coloré. Déjà présent dans l'édition 2005 du Festival 100 Dessus Dessous avec sa pièce Lacroix n'est pas Dieu, il revient cette année avec Hamlet, une création qui ne laisse personne indifférent.
Fluctuat : Lorsqu’on est devant votre Hamlet, on est peu dérouté. On ne sait pas bien si les acteurs ont une liberté absolue pendant le spectacle ou si, au contraire tout est savamment orchestré dans le détail, et les petites choses. Quelle place occupe l’improvisation dans votre travail ?
Improvisation totale pendant le temps de travail ; rien - ou le moins possible - n'est prévu avant le temps de plateau ni même la distribution. Un pied sur le plateau, tout commence, tout est improvisé, les solutions affluent. Avec le téléphone, on appelle les gens au fur et à mesure selon le besoin organique du travail, de l'invention. Il faut peut-être juste une idée de départ. Ici, par un effet du hasard, c'était un titre : Hamlet et un acteur, Julien Gallée-Ferré. Un mois plus tard, le spectacle ressemble à tout sauf à un solo de Julien sur le thème d'Hamlet. Quoique... on peut le voir aussi comme ça. Aucune - j'insiste : aucune - improvisation pendant le temps de la représentation, sauf celle inhérente au fait de jouer ."Jouer, c'est improviser." Bob Wilson.
Fluctuat : Hamlet est construit autour de textes d’origines diverses. Les mots de Johnny, Jean-Jacques Goldman, Eddy Mitchell côtoient ceux de Shakespeare, Corneille et d’auteurs plus contemporains comme Fabrice Melquiot. Est-ce que vous faites cette distinction ?
Le logos, ce sont toutes les matières textuelles qui traversent le spectacle. Ce terme était employé au Théâtre du Radeau, un terme grec signifiant la raison, le verbe, le principe créateur et rationnel, etc. Il y a de grands et sublimes textes (qui peuvent être mal dits) et des choses beaucoup plus dérisoires qui peuvent sembler belles elles-aussi. Comme disait Rimbaud, "J'aimais les peinture idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs." Il n'aimait certes pas que ça. Mais ça aussi. Cher Rimbaud.
Fluctuat : Vous avez travaillé entres autres avec des metteurs en scène et chorégraphes comme Claude Régy, François Tanguy et Loïc Touzé, quel héritage vous ont-ils légué ?
Je leur dois tout - tout au moins à un niveau conscient - pour le reste, je ne sais pas... Claude Régy, dans une lettre de recommandation à mon égard qu'il avait gentiment envoyée à François Le Pillouer, le directeur du Théâtre National de Bretagne (et qui n'eut d'ailleurs aucun effet) terminait en disant : "En voilà un, au moins, qui ne me plagie pas !" J'ai essayé de faire des spectacles très différents les uns des autres et il y en a eu vingt ! Celui-ci est le vingt-et-unième. Certains sont plus Régy, d'autres plus Tanguy, d'autres encore plus Touzé (ou plus précisément, dans le cas de Touzé, se réfèrent à Morceau, le spectacle matrice qui m'a lancé personnellement, dans la possibilité d'en produire à l'infini - comme les univers-bulles de champagne en création permanente que visionne l'astrophysicien Michel Cassé.
Hamlet, d’Yves Noël Genod
Les 12 et 13 décembre, rendez-vous à 19h à la Maison de la Villette
Le blog d’Yves Noël Genod (www)
Le site du Festival 100 Dessus Dessous (www)
De Maggo, posté le 10.12.07 à 17:55 
J'adore ce mec, c'est un géni... Je crève d'impatience de voir Hamlet!