Alors que la compagnie des Lucioles nous régalait avec
Eva Peron dans la grande salle du
Théâtre de la Bastille (chronique par
ici, interview de
Martial di Fonzo Bo par là) ; elle nous présente maintenant une tout autre facette de son travail, toujours à la Bastille, la pièce de Lars Norén
Automne et Hiver, mise en scène par Mélanie Leray et Pierre Maillet. Même compagnie donc, mais ambiance radicalement différente : ici point de travestissement, de carnaval grandiloquent, ni d’orchestre délirant ; tout ce qui fait habituellement la marque des Lucioles est absent. Les spectateurs prennent place alors que les comédiens sont déjà sur scène, confortablement installés autour de la grande table Ikea pour le sacro-saint dîner familial. La mère, formidable Catherine Riaux, toute de rose vêtue, virevolte autour de son mari et de ses deux grandes filles, ne cessant de sanctifier la réussite familiale. Evidemment, on sait déjà que cette apparence de bonheur ne va pas durer. Ann, la cadette, va faire exploser le consensus. Marginale, élevant seule son fils, elle vomit l’hypocrisie parentale, hurle à tout rompre sa douleur et cherche désespérément un coupable. Qui est responsable de sa souffrance, de son délabrement ? Le père trop aimant ? La mère perverse et hystérique ? Ann exige des explications. Malaise garanti tant cette famille concentre à elle seule toutes les névroses possibles et imaginables. Mais le plus intéressant dans la pièce de Norén est le refus d’identifier un coupable ou un crime. Tour à tour, chacun des personnages apparaît à la fois comme victime (de sa propre souffrance) et bourreau (de ce qu’il fait subir aux autres). Et l’on comprend alors que c’est la cellule familiale elle-même qui sécrète angoisse et frustration. Le parti pris réaliste ne fait que renforcer le mal-être, ici point de catharsis possible, point d'issue : la famille ne meurt jamais...
Automne et hiver, au théâtre de la Bastille, jusqu'au 8 avril (
photo Christian Berthelot)
De Alex, posté le 01.04.06 à 21:57 
ça semble ressemblait un peu à festen qui avait été adapté en pièce de théâtre il y a quelques temps.