L'an passé, le Standard Idéal avait permis de découvrir Dimiter Gotscheff. Allemand d'adoption, ce Bulgare d'origine présentait à la MC93 en 2007 un Ivanov de toute beauté. Un plateau habillé de brouillard, une interprétation toute en finesse, son Tchekov était un pur moment de théâtre. Autant dire que cette année, le metteur en scène était attendu au tournant. Pour cette nouvelle édition du festival, Dimiter Gotscheff a choisi de présenter le Tartuffe. Comme il l'avait fait avec le brouillard pour Ivanov, il reprend un principe unique de scénographie: ce seront des confettis et des serpentins propulsés sur la scène au tout début de la pièce en un grand feu d'artifice multicolore. Dimiter Gotscheff soumet la pièce de Molière à un petit traitement de choc en l'amputant de quelques scènes, en lui adjoignant pas mal de citations bibliques, et en y injectant une bonne dose de textes de Heiner Müller. Et aussi quelques ajouts de son cru, dont pas mal de commentaires sur l'actualité... française bien sûr. Assez marrant d'entendre Dorine râler comme nous, mais en allemand et avec l'accent bulgare par dessus le marché ! Mais sous la caricature à gros trait - Dorine en travailleuse immigrée à forte gueule, Orgon en doux illuminé tendance sectaire, Marianne en petite fille gâtée et boudinée dans un mini-short rouge, Damis en fils dégénéré à pull jaune, Madame Pernelle en martyre hystérique - sous l'apparente comédie, Gotscheff propose la vision noire d'une société des apparences, totalement dépourvue d'humanité et, heureusement, en décomposition. Au milieu de toute cette vanité, son Tartuffe, seul lucide, est loin d'être totalement antipathique. Juste un peu roublard, juste suffisamment malin pour prendre aux riches ce que lui pauvre n'a pas. Du théâtre engagé, du théâtre décomplexé, du théâtre allemand comme on l'aime !
C'était les 8, 9 et 10 février, à la MC93, dans le cadre du Standard Idéal
Der Tartuffe, d'après Molière, mise en scène Dimiter Gotscheff
Illus ©Arno Declair