
Un bon boulevard de temps en temps n'a jamais fait de mal à personne. Et pour ceux que le trio infernal la femme, le mari, l'amant, insupporte, Jean-Christophe Barc invente le quatuor le curé, sa bonne, le maire et l'ex-taularde. Pour le dépaysement, l'histoire se passe dans le Jura. Le Haut-Jura bien reculé, là où les prêtres ont encore des bonnes justement, et où le nombre ridicule d'habitants au mètre carré justifie à lui seul le huis-clos qui se joue au presbytère. Cette histoire du village qu'il faut sauver à tout prix de l'exode rural, quitte à fermer les yeux sur la provenance des fonds qui serviront à réouvrir l'épicerie, est menée tambour battant par cinq comédiens réunis autour de Thierry Lavat à la Comédie Bastille. On pardonne les trop nombreuses envolées hystériques, fatigantes - n'est-ce pas là un travers quasi inévitable du boulevard ? On pardonne les quelques clichés grossiers - la soutane noire du curé, 50 ans après Vatican II. On pardonne les incursions de pathos facile - la maladie rare pour justifier de la vocation du prêtre. On pardonne car le texte est vraiment bien ficelé. Aucun temps mort, aucune action inutile. Quelques scènes d'intense jubilation théâtrale comme ce sermon avec ce qu'il faut d'écho cathédralesque dans les micros. Les comédiens se lâchent, les répliques fusent, le public s'esclaffe. Et, grâce à dieu, le dénouement est amoral.
Chacun sa croix, de Jean-Christophe Barc, mise en scène Thierry Lavat
A la Comédie Bastille du mardi au samedi à 21h00, matinées samedi à 17h, dimanche à 15h30