Une bande de jeunes, en jeans slims ou jeans usés et sweat-shirt à capuche (capuches qu’ils ont remontées sur leur tête), nous tournent le dos et tapent le rythme d’un son électro-rock répétitif. Une immense boule noire sur le carré blanc de la scène, non sensible au son, reste, elle, imperturbable. Une plaque carrée est pendue à trois mètres du sol, parallèle à celui-ci. Le tout est baigné dans une fumée blanche qui confère une épaisseur plastique à l’espace.
-10 minutes, un quart d’heure, l’entrée du public, longue et périlleuse pour cette salle de 560 places.-
Ce sont les premières images du spectacle de Christian Rizzo, elles marquent l’esprit tant elles sont stimulantes, denses et solides.
Vont suivre des balais de plantes vertes, de chaises en bois et de boules noires captivantes. La chorégraphie oscille entre le mouvement pur, la danse contact et la danse. Les interprètes se portent beaucoup, et se déportent souvent. Sans vraiment d’attache. Pour repère le vert des plantes, éléments qui composent une nature en pot mais bien vivante, efficacement luxuriante, et qu’ils déplacent sans cesse. Certains la transportent même dans leurs sacs : pour reconstruire un monde ?
May I touch you ?
Et comme second repère l’Autre, le plus important, qu’on essaie d’embrasser mais qui s’échappe, qu’on porte, qu’on supporte ou qu’on emporte, mais jamais de force. Ces contacts semblent exprimer la fragilité de celui qui est porté, et la force obligée de celui qui porte.
En fond sonore, s’ajoute aux mélodies trip-hop rock les paroles (in english) de poèmes de William Carlos Williams et des chansons de Morrissey, Marianne Faithfull ou Patti Smith interprétées par Mark Tompkins. Et celles-ci parlent de l’amour, de l’errance, du pardon, de la renaissance, de l’enfance, de l’autre, de la fuite, de la porte ouverte. Les mots créent une nappe englobante, qu’on écoute ou qu’on n’entend plus vraiment par moment mais qui berce et caresse.
« May I touch you ? » comme une litanie que répète Tompkins au micro, sur des longs rifs de guitares - Les instruments sont à demi-visible derrière un tulle noir en fond de scène, batterie, contrebasse, table de mixage.
« May I touch yoooouuu » comme un chant d’amour désespéré mais qui se risque à l’expression.
En écho à ces possibles rencontres, on voit sur scène des pas de deux ou des expéditions solitaires, des gestes simples et des éclats frénétiques. Sans forcément de grâce rigide, sans aucun académisme, mais dans l’harmonie, dans la complicité des corps. On verra petit à petit le visage des danseurs et des morceaux de peau. Et plus tard une invasion de boules noires et Tompkins seul dans ce désert absurde et enfumé, écho d'une douce apocalypse.
Et ça évoque Gus Van Sant, une innocence déchue, une délicatesse qui devient parfois abrupte, et la sensualité du jean, le rock et les plantes… si vertes…
Illustr©Marc Domage
Mon amour de Christian Rizzo au Théâtre de la Ville (www) du 11 au 14 mars. Réservez vos places pour les prochains spectacles de Christian Rizzo.
De Zigott, posté le 13.03.08 à 22:35 
Mais Gus Van Sant EST chorégraphe

Merci pour ce texte sensible et bien troussé.
De Anna V, posté le 22.03.08 à 19:18
C'est fatiguant ces écrits sur la Danse, je comprends pourquoi elle ne trouve plus de public.
De LouD, posté le 24.03.08 à 14:53 
J'ai fait un beau voyage en voyant ce spectacle et un nouveau en lisant ce texte!
c'est bien vu!
De claire, posté le 26.03.08 à 17:59
je suis allée voir ce spectacle qui est très bien fait.
je ne suis pas une spectatrice de danse puisque je suis dans le théâtre. je découvre donc un autre univers très riche. et la danse trouve son public c'est juste qu'elle va au delà des limite stéréotypé que nous en avons.
il faut nous laissé surprndre