Recroquevillées sous leurs foulards, elles dorment comme des enfants, dans le train qui ramène vers l’aéroport. C’est l’aube. La veille, elles ont enchanté l’Abbatiale de Saint Florent Le Vieil, avec leurs chants soufis. Dans quelques heures, elles auront regagné les montagnes marocaines. Sous la houlette de R’Houm El Bakkali, ces toutes jeunes filles de l’ensemble Akhawate el Fane Assil ont offert, aux spectateurs des Orientales, une éclosion semblable à celle des Voix Bulgares, il y a bien des années, quand l’Europe découvrit leurs harmonies si particulières. L’acoustique de l’Abbatiale se prêtant particulièrement bien à la musique sacrée, leurs voix fraîches et sûres à la fois ont éclairé d’un rayon acidulé et apaisant la fin du premier week-end de festival.
La veille, dans une clairière en contre-bas, les Bhutas avaient offert, en première mondiale hors du Karnataka (Sud de l’Inde), un rituel masqué de toute beauté. Le film documentaire, projeté et commenté l’après-midi même par son auteur, Denis Gontard, était sans aucun doute nécessaire à l’appréhension de cet événement. N’empêche, même les néophytes ont pu apprécier dans toute sa rareté cette danse, enlevée et colorée, renvoyant aux rites agraires ancestraux.
Le festival Les Orientales creuse cette année le sillon du soufisme (deux groupes de Mayotte en donnant un écho de l’Océan Indien) et de l’Inde (sous toutes ses latitudes), y piquant quelques touches balkaniques. Ce week-end, ce seront les moines danseurs de Majuli qui se produiront, en grande première, hors de leur île du Nord de l’Inde. Un moment rare, accompagné par le film déjà diffusé sur Arte, « Dans les brumes de Majuli ». Le Duo Balkany (Bulgarie) et les polyphonies de Dalmatie (Croatie) apporteront la touche balkanique à un programme qui, chaque année, réussit à faire redécouvrir l’Orient dans toutes ses senteurs.
Jusqu’au 6 juillet, à Saint Florent le Vieil
© Denis Gontard