
Il y a deux ans, Stefan Kaegi, jeune metteur en scène suisse-allemand créait la surprise à Avignon avec son Mnemopark, objet théâtral alors non identifié, où des modélistes passionnés venaient montrer et parler de leurs maquettes. Aujourd'hui, un nom a été trouvé pour ce nouveau genre théâtral : le programme fait mention de "théâtre documentaire". Et voilà, tout s'éclaire. Stefan Kaegi fait du théâtre documentaire. Donc, ne pas chercher si c'est du théâtre ou si "c'est pas du théâtre", c'est du théâtre documentaire. Tout comme sur une bobine on peut faire une fiction ou un documentaire, sur scène on peut faire beaucoup de choses, et Stefan Kaegi, lui, fait du théâtre documentaire. C'est clair.
Mais pourquoi faire du théâtre documentaire ? Stefan Kaegi s'en expliquait lorsque nous l'avions rencontré en 2006 : "Les acteurs ne m’intéressent pas trop. Le jeu du comédien est un peu pour moi un acte de prostitution : quelqu’un parle pour gagner de l’argent, il parle pour flatter son égo, il dit des choses auxquelles il ne croit pas vraiment. Cela ne m’intéresse pas. Je préfère trouver des gens qui sont réellement quelqu’un et chercher à découvrir qui ils sont."
Avec Mnemopark, le sujet était tellement spécial, pour ne pas dire bizarre ou ridicule (la passion pour les maquettes, je vous le rappelle), qu'il était permis de se demander si Kaegi ne jetait pas un regard moqueur sur son sujet. La rencontre avec le metteur en scène avait permis de vérifier que cela n'était pas du tout le cas. Il voulait simplement faire partager la passion de ces modélistes. Cette année, Stefan Kaegi revient avec des personnes sur lesquelles on n'imagine pas son regard autrement que bienveillant : des enfants.
Airport Kids rassemble une dizaine d'enfants de 7 à 14 ans qui ont la particularité d'habiter en Suisse mais d'avoir des parents venus d'autres pays. Eux-mêmes sont passés par d'autres endroits du monde avant d'atterrir à Lausanne. Ils parlent plusieurs langues, ont plusieurs passeports, fréquentent les aéroports. Ce sont ce qu'on appelle des "nomades mondiaux". Stefan Kaegi, accompagné cette fois de Lola Arias, les a rencontrés à l'occasion d'un atelier au cours duquel les enfants ont raconté leur vie, imaginé l'avenir, formé un groupe de rock, sans oublier de grandir pendant le même temps. Une poignée d'entre eux ont été retenus pour présenter cette pièce documentaire. Sur scène, l'univers de chacun des enfants est figuré par une grosse boîte qu'il habite. Un jeu de caméra permet de les suivre jusqu'à l'intérieur de leur boîte. Les enfants se présentent, montrent des photos d'eux, de leur famille, expliquent leur situation, se livrent à un jeu de questions/réponses entre eux, chantent la chanson de leur collège international, chantent leurs propres compositions. Ils disent leurs rêves, leurs envies, leur vision du futur. Ils ont préparé leurs répliques, ils ont appris leur texte, ils ont répété les déplacements et les enchaînements, et pourtant ils ne jouent pas. Ils font d'ailleurs face aux incidents du direct avec beaucoup de tranquilité. Ils sont eux-mêmes, ils se racontent. Et au moment de les quitter, le public ne peut s'empêcher de ressentir un petit pincement au coeur : une certaine émotion.
Airport Kids, de Lola Arias et Stefan Kaegi
Festival In, Gymnase du lycée Mistral, du 6 au 12 juillet 2008
Crédit photo : Mario Del Curto