Comme la plupart des spectacles de Heiner Goebbels, Stifters Dinge est déconcertant : spectacle musical et machinique, sans acteurs, où le spectateur est invité à pénétrer un univers étrange, fascinant et parfaitement maîtrisé.
La scène est étroite et profonde, attirant le regard sur la perspective au fond de laquelle se dressent les machines ( sortes de pianos verticaux ou xylophones mécaniques) et arbres secs, qui selon l'éclairages et les projections d'images évoquent tour à tour une jungle et un paysage industriel.
Devant cette installation, des pièces d'eau, étale ou bouillonnante contribue à l'étrangeté de l'impression ressentie. Le calme, la tempête, l'orage qui est figurée comme une réponse visuelle et sonore au texte d'Adalbert Stifter, l'écrivain autrichien du XIXe siècle qui a inspiré le spectacle (d'où son titre).
Car enfin ce qui frappe dans ce spectacle, c'est au delà de l'avant-gardisme affirmée (machines, absence d'acteurs, hybridation du spectacle aux arts sonores et plastiques), c'est le classicisme qui finit par gagner. J'entends classicisme au sens noble : la sensation de situer finalement hors des délimitations chronologiques préétablies, dans un monde où la voix de Claude Lévy-Strauss répond à celle d'Adalbert Stifter.
Stifter Dinge, d'Heiner Goebbels, les 12, 13, 14 juillet à 15h et 18h, les 12 et 13, à 21h, à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon
Crédit photo : Mario del Curto