Tragédies romaines : tout ça pour ça !Posté par JdF le 14.07.08 à 10:52 | tags : festival d'avignon
Las ! Les six heures que dure le spectacle ne sont qu'une suite de scènes où Coriolan César, Antoine et Cléopâtre habillés en costumes contemporains semblent nous jouer un téléfilm dont l'action se déroulerait en Dallas et Washington (Dallas pour Alexandrie et Washington pour Rome, s'il faut préciser la métaphore). Car ce qui émerge de ce dispositif qui se veut ultrabranché (une scène immense comprenant plusieurs espaces fonctionnels et équipés de canapés confortables et d'écrans sur lesquels les spectateurs qui ont souhaité pénétrer sur le palteau suivent le déroulement des événements. Il faut dire que le plateau est alléchant, on y propose un sevice bar, on peut y acheter la presse et même surfer sur le net... Génial ! Comme si les concepteurs du spectacle convenaient que leur travail est à ce point anecdotique qu'on pouvait aisément zapper le déroulement de l'action. Et, en effet, malgré des comédien d'envergure, les tragédies shakespeariennes sont totalement écrasées par le rouleau compresseur d'une mise en scène qui affiche sa fascination pour les media contemporains et les images qu'ils produisent. On en ressort avec l'impression de nausée qu'on ressent après avoir trop regardé la télé. Tragédie Romaines, Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre, d'après William Shakespeare, par Ivo van Hove et le Tonelgroep, les 12, 13 et 14 juillet à 16h, au Gymnase Gérard Philipe. Crédit photo : Jan Versweyveld Commentaires
De pense-free, posté le 04.08.08 à 13:41
![]() Merci pour cette analyse juste. Cette mise en scène était une forme de fausse popularisation réductrice des œuvres extrêmement complexes. La grande difficulté de Shakespeare reste la transmission de l’image par la parole, par la rhétorique, et non pas l’imposition d’images superficielles par un metteur en scène. Le danger de ce type de manifestation est qu’il satisfait un désir immédiat dans le public de comprendre et de s’identifier avec des œuvres difficiles, compliqués : ce désir satisfait, on ne fait pas l’effort de pénétrer plus loin. D’ailleurs, il n’y a plus la possibilité, toute l’espace est remplie. Par conséquent, le public est rendu stupide, exactement comme par la télévision : la suite est évidente, plus en plus de spectacles de ce genre. Notons aussi que ce type de projet semble remplir le cahier de charges d’un financeur public, puisqu’il « popularise » le répertoire. Mais à quel prix. Ajouter un commentaire |
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