Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Jean Vilar à la barre

Posté par Nedjma le 21.07.08 à 11:52 | tags : festival d'avignon

Avignon emboîte le pas au cortège de célébrations de mai 68 –célébrations à foison, jusqu’à l’overdose- car on ne le sait pas forcément, mais le mouvement a cheminé jusqu’au sud, quelques mois après la France entière. Et s’est déplacée depuis le social jusqu’à la culture. C’est à la Maison Jean Vilar que ça se passe, au travers d’une expo qui rappelle combien Jean Vilar, maître du festival fut mis à mal après celui de l’Odéon,Jean-Louis Barrault, à l’été 68 par une légion de jeunes enflammés que lui voyait comme des fils de bourgeois. D’un côté l’extrême gauche, de l’autre l’extrême droite, lui furent endosser, dans le bruit et la fureur tous les maux de la terre théâtrale. Julian Beck et son Living Theatre tenaient le haut du pavé, le off naissait dans la foulée. Passionnante revue de presse –Le Monde titrant « Vilar est-il un traître ? » !-, photos d’archives et films se succèdent pour rappeler ces temps pas si lointains où le fondateur du TNP était cloué au piloris au son de « Béjart, Vilar, Salazar ». Egalement des affiches d’époque où on peut notamment lire « Non à la culture du papape » ou encore « Les ouvriers au théâtre non, le théâtre aux ouvriers ». Clou du parcours, une suite de notes prises par Vilar en réponse au mouvement, un texte inédit. « Ce n’est pas l’imagination que vous avez amenée au pouvoir, c’est la masturbation, l’emmanuelisation (…) Vous défendez extrêmement mal une cause juste (…). Après le dialogue, j’ignore toujours quelle est votre doctrine politique et –si cela est trop ardu pour vos petites têtes de fils de bourgeois quel but vous souhaitez atteindre. »

Ironie du sort, c’est lui-même qui, d’une certaine façon initiait le débat avec une réflexion s’interrogeant sur le devenir des festivals et, au-delà, de la culture. « Il s’agit de savoir si les festivals ont fait leur temps, ce qu’ils ont désormais dans le ventre. Que représentent-ils aux yeux du public. Tourisme ? Passe-temps ? Esthétisme des petits loisirs ? Perception des taxes municipales ? Accroissement des recettes des commerçants ? Le théâtre n’est utile que s’il secoue ses manies collectives, lutte contre ses scléroses, dit comme le père Ubu : Merdre ». C’était dans la revue Janus. En 1964…

« Vilar, Béjart, le bazar », exposition à la Maison Jean Vilar, jusqu’au 26 juillet.

Commentaires

De Konvalink, posté le 18.08.08 à 17:13 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Le passé on le raconte souvent pour le conformer au sens que l'on souhaite lui donner.
C'est une période riche et complexe. Mais c'est curieux il y a des voix que l'on n'endtend pas souvent.
Il y a pourtant des miettes de souvenir qui dérangent. Je lis le mot Kathangais. Je suis surpris. J'en avais vu au mois de mai, alors que je campais à la Sorbonne. Mais à Avignon, pas entendu parler. Par contre, dès l'exclusion du Living Theatre du festival j'ai bien assisté à des représailles. Une belle ratonnade. Des drôles de bandes qui chassaient en petit groupes. Chemises ouvertes, chaînes en or, la jeunesse bien propre méridionnale. Un grande partie de nuit le centre d'Avignon à connu sa petite nuit de cristal. Je croyais qu'il s'agissait de bandes d'extrême droite qui ratissaient, pour approvisionner en prisonniers les cars des gardes mobiles, le jeune gauchiste ou hippie ou tout ce qui représentait pour eux l'idéfinissable gueule de liberté. (Baba cool serait un anachronisme). J'ai appris par la suite qu'il s'agissait probablement de groupes rassemblés par le fils du maire d'Avignon... Socialiste.
J'ai moi même subi cette violence. Alors que j'avançais vers le Palais des Papes, pour assister à la rencontre entre Julian Beck et Jean Villar (j'avais alors de la sympathie pour les deux) j'ai été saissi par quatre types pendant qu'un cinquième me défonçait la tête à coup de manche à balai. Grâce à l'intervention de deux piliers de Rugby Avignonnais indignés il ne me reste de cet incident que le nez tordu. Pendant ma fuite vers le petit lycée où la troupe du living theatre était ébergée j'ai assisté à de nombreuses scènes de violences dont je pourrais encore témoigner.
Si on veut que la vérité soit partagée il est sain que les sources soient multiples et que certaines zones d'ombres ne soient pas évacuées et remplacés par des images mythiques qui font bien peur comme celle des Kathangais par exemple.
 

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