Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Hamlet bouffon

Posté par Nedjma le 22.07.08 à 10:37 | tags : festival d'avignon

Quatre ans après "Woyzeck", lors d'un festival d'Avignon dont il était l'artiste associé, Thomas Ostermeier revient dans la Cour avec « son » Hamlet. Un Hamlet de plus ? Pas vraiment. Dans une nouvelle traduction de son accolyte, Marius von Mayenburg, le directeur de la Schaubühne berlinoise offre une nouvelle lecture de la pièce. « En colère contre Hamlet », et désireux de lui mettre un « coup de pied aux fesses », le metteur en scène montre la figure shakespearienne, non pas comme un héros tourmenté, romantique, mais plutôt comme un bouffon lourdaud et paranoïaque, qui commence par jouer la folie, avant d’y sombrer véritablement. Pourquoi pas ? Le brillant Lars Eidinger, paré d’un costume rembourré, traîne sa carcasse imposante, depuis les obsèques de son père –qui, pour une fois ouvrent la pièce, plutôt que les secondes noces de Gertrude- jusqu’à la représentation théâtrale d’Elseneur, aux allures de cabaret. Il se balade caméra au poing et filme en temps réel une action projetée sur un écran de rideaux or. C’est très réussi. Ils sont six seulement, pour endosser tous les rôles. Simplicité et virtuosité de l’illusion. Gertrude devient Ophélie en un simple glissement de perruque, Polonius est aussi Osrik et Claudius Fortinbras, tandis que Laert joue également les fossoyeurs maladroits. Comme toujours, Ostermeier fait merveille dans une direction d’acteurs énergique et une mise en scène fulgurante. Un plateau mobile recouvert de terre figure à la fois l’obscurité du dehors et la lumière du dedans.

Musique rock à fond la caisse, images coups de poing, glissements burlesques, table de banquet recouverte de cubis de rouge et briques de lait… Le lever de rideau est magistral. Dommage que cette tragédie majeure sombre parfois dans une comédie à gros bouillons : un duel Laert/ Hamlet transformé en match de tennis, Gertrude qui entonne la chanson « Ma came » de Carla Bruni, des allers et venues limite dans le public, une adaptation du texte à l’humour facile… L’équilibriste Ostermeier, d’habitude d’une grande habileté, tire trop sur la corde potache plutôt que de rester sur le fil.

Illus © Christophe Raynaud de Lage. Festival d'Avignon

"Hamlet", Cour d'honneur du Palais des Papes puis à la Schaubühne de Berlin du 17 au 21 septembre et aux Gémeaux de Sceaux scène nationale, du 28 janvier au 8 février 2009.

 





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