Un plateau profond. Il y a des panneaux, mobiles. Il y a des tables, des chaises, qui se mêlent. Des dames emperruquées, chapeautées, poudrées, des hommes costumés. Du rouge, du jaune, du blanc. Qui sont-ils ? Où vont-ils ? On ne le saura pas. Dans un mouvement perpétuel, ils livrent des textes par bribes, une parole fragmentée. Tour à tour déclament et murmurent. En français, en allemand, en italien. Pirandello, Dante, Lucrèce, Büchner, entre autres. Certaines scènes jouent la carte de l’impressionnisme, il y a de l’humour, de l’incongruité, de la cocasserie. Il y a de la musique, fulgurante, éclatante. Verdi, Chostakovitch, Stravinsky. Des symphonies, des moments plus doux. C’est précisément que le Ricercar, qui donne son titre à la pièce du théâtre du Radeau, évoque une forme musicale, « moins élaborée que la fugue » et qui « enchaîne des épisodes différents qui peuvent être sans lien thématique », précise le programme. Une grande beauté plastique se dégage de l'ensemble. Mais face à cette succession de notes et d’images, on s’interroge sur le sens de tout cela. Certains, y voyant un moment rare de poésie, se sont enflammés pour ce spectacle, créé au Théâtre national de Bretagne à l'automne dernier (lire ici). Mais ce radeau ne nous a pas embarqués, nous a laissés à quai dans un sentiment mêlé d’ennui et de vacuité.
Illus Christophe Raynaud de Lage. Festival d'Avignon.
"Ricercar", au Festival In d'Avignon jusqu'au 25 juillet, puis au Théâtre de l'Odéon du 23 septembre au 19 octobre, au Théâtre national de Strasbourg du 2 au 21 février, à Espaces Pluriels de Pau, du 25 au 28 mars.