Mefisto on stage
Au vu de la montée de la droite nationaliste en Flandres, et bien que le Vlams blook ne puisse soutenir la comparaison avec le parti nazi, le choix de Guy Cassiers trouve des échos dans l'actualité. Guy Cassiers, qui fut directeur d'un grand théâtre municipal flamand s'interroge sur la situation du personnage et sa propension à faire passer ses convictions après sa carrière d'acteur, de metteur en scène et de chef de troupe, laquelle se scindera entre ceux qui acceptent de plier face au régime nazi et ceux qui choississent la résistance ou l'exil.
Une pièce de circonstance, qui ouvre un triptyque du pouvoir mêlant la seconde guerre mondiale, la guerre de Troie et les guerres qui se mènent actuellement. Si l'on en juge par Mefisto for ever, c'est un beau parcours qui s'ouvre au Théâtre de la ville. Ce premier opus est en effet un chef d'œuvre. Guy Cassiers structure son spectacle autour de scènes pivots : le départ de l'actrice juive et son remplacement par sa caricature aryenne (jouée par la même actrice), l'altercation entre le directeur Müller, cadre du parti, et l'acteur Niklas, militant nazi de la première heure, qui dénonce la ploutocratie du nouveau pouvoir (tout nazi qu'il est, ce dernier sera livré au peloton d'exécution), la dernière scène enfin où après la guerre, Kurt désemparé se voit repêché par un représentant du nouveau pouvoir.
Ces scènes sont jouées par des acteurs qui donnent parfaitement à saisir les ressorts qui animent leur personnages, tout en sachant s'en distancier : le geste suicidaire de Niklas qui préfère mourir que taire sa rage contre les nazis qui ont trahi leur promesses, suscite à la fois l'admiration pour son courage et la pitié devant l'aveuglement du personnage qui persiste à croire à un complot des "métèques". L'usage des écrans qui permets de distinguer les expressions des visages, notamment durant la scène entre Hamlet et sa mère, magnifiquement jouée par Kurt et Rebecca, est une splendeur. Le spectacle, dans son ensemble, est curieusement empreint d'une grande douceur : comme si l'action était enveloppée dans le cocon du théâtre qui ne laissait filtrer que partiellement la violence extérieure, car c'est bien cette tour d'ivoire qui est objet de fascination pour le spectateur et d'interrogation pour le metteur en scène.
Mefisto for ever d'après Klaus Mann, mis en scène par Guy Cassiers, jusqu'au 27 septembre au théâtre de la ville (www) Crédit photo : © Koenbroos Commentaires
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