Une comédie noire dans une boîte claire. Quand le rideau se lève, ça fume, ça boit, ça s’embrasse à pleine langue devant des films porno. La famille d’Orgon part à la dérive et lui se réfugie dans l’adoration d’un imposteur providentiel, Tartuffe. Tout comme son petit monde s’abîme peu à peu dans la découverte de la vérité, le décor s’enfonce un peu plus à chaque acte. Les murs lisses s’affaissent et se lézardent, dévorés par la moisissure : le salon devient cave lugubre. Un avant-goût de l’enfer ? Spectaculaire, comme souvent les scénographies de
Stéphane Braunschweig, qui signait ici sa dernière mise en scène pour le Théâtre National de Strasbourg, avant de succéder à
Alain Françon au Théâtre National de la Colline. Etriqué dans son col roulé blanc, collier de barbe, lunettes fines, gestes empruntés, Claude Duparfait campe un Orgon saisissant et drôlissime. Clément Bresson, jeune, sec, est une alternative crédible au personnage gras qu’on nous sert habituellement dans les adaptations classiques de
Molière. Un «
Tartuffe » rageur, brillant.
Tartuffe mis en scène par Stéphane Braunschweig, Théâtre de l'Odéon jusqu’au 25 octobre. Théâtre du Nord, Lille, du 6 au 16 novembre.