C'est bizarre, pendant toute la durée de la pièce, on se demande si Marcel Aymé a vraiment pu écrire "ça". Ou bien on se dit qu'il doit probablement s'agir là d'une oeuvre de jeunesse. Une intrigue très basique, pas mal de répliques inutiles, une action qui peine à évoluer et qui met du temps à aboutir, une fin plutôt floue... Cette histoire de l'individu parfaitement ignoble qui agit soudain en saint parfait, apparaît bien binaire, bien moralisatrice, et pour tout dire bien désuète. Alors quoi ? Marcel Aymé a vraiment écrit cette pièce ? Et il était vraiment nécessaire de la monter à nouveau aujourd'hui ?
Après recherches, il s'avère que Clérambard a été écrite en 1950 : pas du tout une oeuvre de jeunesse. A cette époque-là, l'auteur avait déjà écrit La jument verte et Le passe muraille. Et puis le texte, quand on y revient, bien qu'à la morale très appuyée, n'est pas si long, pas si mal ficelé, pas si insupportable - même s'il n'est sans doute pas à ranger parmi les oeuvres majeures de Marcel Aymé. Alors nous vient un doute : et si c'était la production de Nicolas Briançon qui ne rendait pas justice à la pièce ? Si, par manque d'imagination, le metteur en scène avait rabaissé la dimension fantastique du texte au niveau de l'exposé de bons sentiments ? Et s'il avait un peu trop compté sur le charisme évident de l'interprète principal, Jean-Marie Bigard, sans chercher à jouer sur la palette quand le comédien propose une interprétation du personnage de Clérambard en une seule couleur ? Si les seconds rôles étaient trop mal dirigés, pour ne pas dire négligés ? Quant à l'expression corporelle présentée en interludes, cela ne fait aucun doute, elle affaiblit largement l'ensemble. Finalement, et c'est vraiment étrange, avec sa kyrielle de comédiens qui ne bougent pas très bien sur le plateau, qui récitent un peu, qui surjouent souvent, mais qui mettent tout leur coeur dans leur rôle, jusqu'à laisser échapper par intermittence des moments de grâce théâtrale, avec ses beaux costumes colorés et son curé en soutane, ce Clérambard finit par avoir des airs de... spectacle de patronage pas nécessairement désagréable.
Clérambard, de Marcel Aymé, mise en scène Nicolas Briançon Au théâtre Hébertot, jusqu'au 17 janvier 2009
De vigilant!, posté le 21.10.08 à 10:25
Que voilà une critique intelligente, pensée, qui nous sauve des stupidités écrites par Armele Héliot et Gilles Costaz.
Oui, c'est un assez mauvais spectacle, et sans doute avec beaucoup de contresens, sans doute plus anticlérical qu'il n'y parait. On s'y ennuie ferme, et tout ceci n'a aucun intérêt, sans pensée, raboté au plus basique, au plus ringard. Bravo pour votre papier! De théo57, posté le 07.11.08 à 23:03
Bigard confond comique et vulgaire, les spectateurs et les critiques, non. Il suffisait de lire le texte pour se rendre compte pourquoi il n'a été que rarement représenté.
Et, à l'image de son personnage, Bigard n'a même pas le courage d'expliquer pourquoi il a retiré la pièce de l'affiche : il a fallu lire pour cela le Canard enchaîné.
De lolo, posté le 29.12.08 à 10:50
Je ne suis pas du tout d' accord avec ces commentaires : cette pièce-que j' ai vu trois fois- était excellente. On passait un excellent moment à savourer ce chef-d' oeuvre de Marcel Ayme. J' ai été très deçu que la pièce s' arrete si brusquement. De Faf, posté le 01.03.09 à 22:12
"C'est bizarre, pendant toute la durée de la pièce, on se demande si Marcel Aymé a vraiment pu écrire"...pour Jean Marie Bigard! Cette pièce est une bonne surprise, une possibilité de
réconcilier le public « populaire » avec le théâtre…mais les critiques, et sûrement un peu les dires « étranges » de M. Bigard, ont en décidé autrement.