Gustave Akakpo - le sort des filles façon façon*
![]() Aux antipodes du monde en perte de repères que décrit le Suédois Lars Norén (voir notre billet d'hier), la société que dépeint le Togolais Gustave Akakpo est tout emprunte de traditions. De traditions, de tabous, de préjugés... Et, d'un côté comme de l'autre, au Nord comme au Sud, avec un fort tissu familial (chez Akakpo) ou sans plus aucun sens moral (chez Norén), le constat est le même : la vie parmi les autres humains ne tient qu'à un fil. Dans les deux pièces du jeune auteur africain actuellement visibles au Tarmac de la Villette, ce fil s'appelle virginité... A ceux qui pensent que le drame que vivait la Fanny de Pagnol est d'un temps révolu, Gustave Akakpo rappelle que certains croient encore qu'une bonne épouse doit être bonne cuisinière et qu'une femme infidèle mérite la mort. Dans A petites pierres, la future épouse surprise dans les bras d'un autre est condamnée à la lapidation. Thomas Matalou monte cette pièce assez courte selon les principes du théâtre de foire, comme on pourrait monter une farce de Molière. Les comédiens jouent à jouer. La mise à distance est bienvenue étant donné le sujet de la pièce, pour le moins effrayant. Il faut noter que la troupe est constituée exclusivement de "blancs" quand l'action se situe dans une contrée reculée, en Afrique. Autre bonne raison de traiter le texte avec le respect d'une certaine distance. L'intrigue est de toute façon clairement farcesque, avec son mariage arrangé, ses vieux pères trompés et sa jeunesse qui se rebelle. Avec son côté "théâtre de bouts de ficelles", son texte plein d'humour et de poésie, A petites pierres est un vrai moment de théâtre populaire, à la fin heureuse et optimiste.
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Optimiste, Habbat Alep l'est beaucoup moins. Dans cette pièce du même auteur, que le Tarmac propose en deuxième partie de soirée, un jeune écrivain togolais se retrouve quelque-part au Moyen-Orient. Autres cieux, mais même croyance : l'honneur d'une famille se mesure à la virginité de ses filles. Eclairée au néon, cette histoire de bébé à naître qui cherche un père a posteriori est désespérée au plus haut point. Ici, la distance est amenée par le mode narratif mi-conté mi-joué. Moins facile d'accès, certainement à cause d'une scénographie un peu lourde, cet Habbat Alep finit pourtant par emporter l'adhésion du public qui se laisse rapidement ensorceler par le verbe si délicieux de Gustave Akakpo. Un auteur, un poète, à découvrir de toute urgence.
* façon façon ? En Afrique, lorsqu'on dit que quelque-chose est "façon", c'est qu'il a été modifié par la tradition orale ou par l'humeur du moment. Et doubler les mots est une des particularités de ce "français d'Afrique" si délicieusement imagé dans lequel s'expriment les personnages de Gustave Akakpo...
Au Tarmac de la Villette jusqu'au 1er novembre, deux pièces de Gustave Akakpo A petites pierres, mise en scène Thomas Matalou, à 20 heures Habbat Alep, mise en scène Balazs Gera, à 22 heures Photos : Eric Legrand Commentaires
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