Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Les justes prennent la Bastille !

Posté par JdF le 18.11.08 à 12:42 | tags : théâtre

 

C'est à première vue un spectacle de fous furieux. Des acteurs surexcités vont et viennent dans un décor minimaliste : scène délimitée par du scotch jaune, tel qu'on en dispose sur les lieux d'un attentat, chaises en plastique, table en carton, le tout éclairé par néons qui éblouissent les yeux des spectateurs et qui s'éteignent périodiquement, au moment où le texte indique des silence. Effet douche écossaise garanti !

Tout cela n'irait pas bien loin si le dispositif qui prend de grandes libertés avec le texte et empêche toute identification avec les personnages, ne prenait pas le texte très au sérieux. L'ironie portée par ces prodédés distanciatoires répond à la question de savoir comment monter aujourd'hui une pièce aussi datée. Lorsque Camus a écrit Les Justes, il répondait aux Les Mains sales de Jean-Paul Sartre pour donner son propre point de vue sur l'usage de la violence à des fins politiques. Ce n'est pas de la Russie de 1905 dont il s'agit ici (d'ailleurs le texte ne fait jamais mention de la révolution manquée qui a pourtant eu lieu à l'époque des événements racontés). Il s'agit dans cette pièce, représentée pour la première fois en 1949, de la Résistance avec une majuscule, c'est-à-dire du mythe forgé à la Libération qui héroïsait le combat des maquisards contre l'occupant nazi. Héroïsation bien compréhensible dans le contexte. Mais aujourd'hui ? Qu'entend-on par "terroriste" ? Oussama Ben Laden, ou à la rigueur les membres de la Rote Armee Fraction, qu'un film très controversé vient de rappeler à notre souvenir. Pas de héros donc, mais au mieux des idéalistes imbéciles, au pire des criminels qui représentent autant d'ennemis irréductibles.

C'était donc un pari risqué que de présenter à un public qui en entend parler tous les jours à la télévision, des terroristes comme des braves, dont les choix stratégiques sont discutables, mais dont la cause est juste. Pour se sortir de ce guépier, Gwénaël Morin choisit de rompre continuellement l'équilibre entre la compréhension et la distance. Pour ce faire, il emploie des procédés déjà vus, mais en les détournant. Je ne les décrirai pas plus avant afin de pas gâcher la surprise de ceux qui iront les découvrir, mais le fait est que le pari de rendre actuelle la pièce de Camus est tenu.

Les Justes d'Albert Camus, mise en scène de Gwénaël Morin, jusqu'au 23 novembre au Théâtre de la Bastille (www)

Crédit photo : Marc Domage 





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