
Fin du vingtième siècle. Une actrice célèbre sur le déclin tente de faire revivre un théâtre au bord de la ruine. Tel est le point de départ d'Une nuit dans la montagne, deuxième volet d'un projet que le Théâtre de l'Erre avait inauguré en 2007 avec la création de Quand nous nous réveillerons d'entre les morts, d'Henrik Ibsen. Une nuit dans la montagne fait écho à la pièce d'Ibsen et s'en inspire dans la forme. Christophe Pellet, auteur de ce texte très dense et plein de mystères, a accepté de répondre à nos questions :
Ecrite sous la forme d'une joute verbale, votre pièce ne suit pas vraiment l'air du temps qui est plutôt à la concision, la fragmentation, et même à l'absence de mots.
En réalité, de nombreux spectacles fonctionnent sur le mode de la joute verbale, avec de longues tirades, mais il s'agit de pièces classiques. Je ne vois pas pourquoi les auteurs contemporains devraient abandonner cette forme d'écriture dramatique. Cela dit, il m'arrive aussi d'écrire des arguments avec peu de mots.
Une nuit dans la montagne est une pièce de théâtre sur le théâtre...
Sur un théâtre, plus précisément. C'est l'histoire d'un lieu et des femmes qui le traversent. La quasi totalité des personnages sont des femmes. Le seul personnage masculin est un jeune homme un peu à part, un peu fantomatique. C'est le seul qui reste tout au long de la pièce. Il est en quelque sorte une image symbolique de la pérennité du théâtre. Mais ce que ma pièce dit surtout, c'est l'évolution du féminisme des années 80 jusqu'aux années 2010. Je pense en effet qu'il y a aujourd'hui un grand renouveau du féminisme et je voulais l'évoquer, même si je ne me considère pas spécialiste en la matière ! Je voulais associer la transformation d'un lieu avec la transformation des êtres. Pour moi, les deux thèmes sont indissociables. Le lieu est plus passif, tandis que ces femmes, héritières d'un passé, se battent.
Deux d'entre elles se suicident tout de même.
Mais au moins elles se seront battues. Elles n'auront pas été un lieu qu'on investi, comme le corps de la femme l'a souvent été depuis des siècles.
Ces destins tragiques figurent-ils l'avenir que vous présagez pour le théâtre ?
J'ai écrit cette pièce il y a dix ans et il se trouve qu'il y est question d'une crise économique dont le théâtre subit les conséquences. Le théâtre subira inévitablement les conséquences de la crise économique actuelle. Il va rencontrer des difficultés encore plus grandes, et les femmes vont devoir continuer à se battre pour tenter de résister à la misogynie qui règne dans ce milieu. Avant le vingtième siècle, les femmes au théâtre mourraient, était monstrueuses ou bien leur rôle était subalterne. Aujourd'hui, les personnages féminins ne sont plus aussi maltraités. Il n'en reste pas moins que le nombre de femmes à la tête d'institutions théâtrales publiques importantes est extrêmement faible. Malheureusement, le théâtre aujourd'hui est encore une affaire d'hommes.
Une nuit dans la montagne, de Christophe Pellet, mise en scène Jacques David
au Théâtre du Soleil jusqu'au 7 décembre 2008
Illus © Pierre Grosbois