Sacrée Yvette ! Il est des spectacles qui ont le goût rose thé, légèrement sucré du souvenir. « Je ne sais quoi », présenté jusqu’au 20 décembre au Théâtre de la Tempête (www), est de ceux-là. Pendant une heure, Nathalie Joly évoque celle que Freud jeune, de passage à Paris, admira au caf’ conc’ : Yvette Guilbert. C’est à l’occasion de son 150è anniversaire que la Société Psychanalytique de Paris fit la commande de ce spectacle. Guilbert et Freud, en effet, ont entretenu une correspondance (que l’on retrouve dans le livre-CD du spectacle) où l’un et l’autre comparent leur vision de l’acte d’interprétation. L’artiste cherche-t-il à exprimer ce qu’il n’est pas ? Ou au contraire dévoile-t-il malgré lui des parts cachées de sa personnalité ? Vaste et intéressant débat.« Je ne sais quoi », tout en convoquant la gestuelle et la gouaille de Guilbert, s’appuie sur une réelle maîtrise de son interprète. Comme jamais, Nathalie Joly excelle dans le « chanté parlé » qui font d’elles une rare « chanteuse de théâtre », sans les vibratos lyriques mais avec des changements de registre vocal qui paraissent on ne peut plus naturels. Guilbert en était la reine. Une partie du public, chenu, fredonne avec l’artiste les airs qui ont vaincu le temps dans le répertoire des chansonniers : « Madame Arthur » (d’où le spectacle tire son titre), « Le fiacre » (que Mireille et son petit Conservatoire ont porté à l’écran). Les plus jeunes trouveront sans doute un peu décalées ces histoires d’amants sorties tout droit d’un Toulouse-Lautrec. Mais justement, c’est un bond dans le temps qui nous est offert là, sans besoin de technologie avancée, par le seul charme de la citation, de l’élégance et de la « vérité », si chère à Guilbert. Commentaires
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