C'est un conte des frères Grimm qui a inspiré à Bertolt Brecht cette pièce de jeunesse. Inédite, inachevée, retrouvée dans les archives du Berliner Ensemble voilà une dizaine d'années, elle porte en elle certains traits des héros brechtiens à venir, le brave soldat Chveik, le tout aussi brave Galy Gay. Et interroge la place de la bonté, de la vérité, dans un environnement affreusement opportuniste et vénal. Voici donc Jean, homme ordinaire, paysan crédule, candide, proie idéale, qui, de rencontres funestes en trocs bien peu inspirés, perd son cheval, sa femme. Il lui reste la vie... mais jusqu'à quand? Derrière l'apparente légèreté de ce conte initiatique, derrière le tourbillon dans lequel Jean se laisse entraîner, une obscurité certaine, un corps qui s'abîme dans la quête, le froid, la faim, l'alccol.
Jean est en blanc (l'absolue pureté?), les autres en couleurs (une récitante en robe rouge sang délivre les didascalies). Un halo de lumière magnifique (création lumière signée Julien Barbarin) nimbe le plateau surélevé d'où apparaissent et disparaissent les personnages. Malgré un rythme parfois bancal et quelques maladresses dans le jeu, les dix comédiens mis en scène par Elisabeth Hölze s'emparent avec générosité et énergie de cette oeuvre dense, poignante.
Illus Loïc Loeiz Hamon.
Jean la chance, jusqu'au 14 décembre, centre dramatique de la Courneuve.