Minetti fait débat
Qu'a t-on vu donc, ce soir de première? Le très beau texte de Thomas Bernhard dit la décrépitude d'un vieil acteur qui, dans un hall d'hôtel un soir de Saint-Sylvestre, attend un directeur de théâtre venu lui confier le rôle du roi Lear. Mais le directeur ne viendra jamais. Et l'acteur ressasse, fulmine, rabâche, à qui veut bien l'entendre. Son chagrin, sa déception, sa gloire passée (a t-elle existé, réellement?), sa rencontre avec James Ensor qui aurait créé pour lui le masque de Lear... Voilà quelques années, Michel Bouquet, droit comme un I livrait un Minetti sec, haineux, dur, dans une mise en scène de Claudia Stavisky. Celui de Michel Piccoli mis en scène par André Engel -qui, voilà quelques années lui avait justement confié le rôle de Lear...- est fragile, mélancolique, au bout du bout du rouleau. Il confie sa "peur de perdre son texte". Et Piccoli l'a perdu son texte, le soir de la première. Et souvent, nécessitant de se faire aider par un compagnon de plateau. C'était terrible et poignant à la fois. Cette vision de fin de règne et de crépuscule se confondait étrangement avec celle du texte. Théâtre, réalité, réalité, théâtre. Etranges résonances. Certains ont été émus, d'autres ont crié au massacre. La presse dans son ensemble s'est enflammée et a sacré Piccoli roi de la scène, incarnation de l'absolu théâtral. La vérité est sans doute entre les deux. Face à des papiers trop dithyrambiques, certains de nos confrères ont même reçu des lettres d'insultes. Le spectacle se poursuit et va tourner, beaucoup. Gageons qu'il évoluera durant les semaines à venir. Enfin, tout ce débat en fait naître un autre: oreillette ou pas oreillette, telle est la question. A l'heure où nombre de comédiens (même jeunes) bénéficient d'une assistance technique, façon animateurs de télévision, Michel Piccoli lui, aurait refusé de porter une oreillette. Et c'est tout à son honneur. On préfèrera toujours une mémoire défaillante à une aide artificielle. Car le théâtre est l'art du risque, et de l'imperfection. De l'humain en somme. Illus Michel Piccoli dans "Minetti" © Richard Schroeder "Minetti" de Thomas Bernhard, mis en scène par André Engel. Avec Michel Piccoli, Evelyne Didi, Julie-Marie Parmentier, au Théâtre de la Colline jusqu'au 9 février. Commentaires
De valérie, posté le 28.01.09 à 12:04
![]() Comme j'aurais voulu la voir cette pièce, hélas c'est complet. je ne suis pas contre l'oreillette, après tout Marlon Brando en utilisait une dans le parrain et cela lui permettait de conserver une fraicheur avec le texte, que quand on joue rejoue travaille et retravaille un texte on perd! mais ici c'est du théâtre, et ça fait partie du metier de savoir son texte, et puis pour incarner un texte il faut aussi l'avoir absorbé! Ajouter un commentaire |
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