Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Minetti fait débat

Posté par Nedjma le 27.01.09 à 14:32 | tags : colline, théâtre

Le spectacle "Minetti" qui se déroule en ce moment même au Théâtre de la Colline alimente bien des débats. Spectateurs et critiques de théâtre s'enflamment sur la question, depuis que la pièce a été créée le 9 janvier dernier.
Pour resituer le propos, sachez que ladite pièce devait être créée au Théâtre de Vidy Lausanne et que la première a été reportée "pour quelques réglages" officiellement, en vérité car Michel Piccoli n'était manifestement pas prêt du tout. L'était-il davantage, le soir de la première? Que signifie le mot "prêt" pour un acteur de théâtre? L'est-il jamais, prêt à surmonter le trac, à affronter la bête, public et plateau confondus?

Qu'a t-on vu donc, ce soir de première? Le très beau texte de Thomas Bernhard dit la décrépitude d'un vieil acteur qui, dans un hall d'hôtel un soir de Saint-Sylvestre, attend un directeur de théâtre venu lui confier le rôle du roi Lear. Mais le directeur ne viendra jamais. Et l'acteur ressasse, fulmine, rabâche, à qui veut bien l'entendre. Son chagrin, sa déception, sa gloire passée (a t-elle existé, réellement?), sa rencontre avec James Ensor qui aurait créé pour lui le masque de Lear...

Voilà quelques années, Michel Bouquet, droit comme un I livrait un Minetti sec, haineux, dur, dans une mise en scène de Claudia Stavisky. Celui de Michel Piccoli mis en scène par André Engel -qui, voilà quelques années lui avait justement confié le rôle de Lear...- est fragile, mélancolique, au bout du bout du rouleau. Il confie sa "peur de perdre son texte". Et Piccoli l'a perdu son texte, le soir de la première. Et souvent, nécessitant de se faire aider par un compagnon de plateau. C'était terrible et poignant à la fois. Cette vision de fin de règne et de crépuscule se confondait étrangement avec celle du texte. Théâtre, réalité, réalité, théâtre. Etranges résonances. Certains ont été émus, d'autres ont crié au massacre. La presse dans son ensemble s'est enflammée et a sacré Piccoli roi de la scène, incarnation de l'absolu théâtral. La vérité est sans doute entre les deux. Face à des papiers trop dithyrambiques, certains de nos confrères ont même reçu des lettres d'insultes. Le spectacle se poursuit et va tourner, beaucoup. Gageons qu'il évoluera durant les semaines à venir.

Enfin, tout ce débat en fait naître un autre: oreillette ou pas oreillette, telle est la question. A l'heure où nombre de comédiens (même jeunes) bénéficient d'une assistance technique, façon animateurs de télévision, Michel Piccoli lui, aurait refusé de porter une oreillette. Et c'est tout à son honneur. On préfèrera toujours une mémoire défaillante à une aide artificielle. Car le théâtre est l'art du risque, et de l'imperfection.  De l'humain en somme.

Illus Michel Piccoli dans "Minetti" © Richard Schroeder

"Minetti" de Thomas Bernhard, mis en scène par André Engel. Avec Michel Piccoli, Evelyne Didi, Julie-Marie Parmentier, au Théâtre de la Colline jusqu'au 9 février.





Commentaires

De valérie, posté le 28.01.09 à 12:04 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Comme j'aurais voulu la voir cette pièce, hélas c'est complet. je ne suis pas contre l'oreillette, après tout Marlon Brando en utilisait une dans le parrain et cela lui permettait de conserver une fraicheur avec le texte, que quand on joue rejoue travaille et retravaille un texte on perd! mais ici c'est du théâtre, et ça fait partie du metier de savoir son texte, et puis pour incarner un texte il faut aussi l'avoir absorbé!

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