Martin Crimp a le vent en poupe. Il n'y a qu'à se souvenir de la foule qui se pressait pour le rencontrer à la Maison des Métallos le 14 novembre dernier. Il faut dire que la rencontre faisait immédiatement suite aux représentations de l'extraordinaire Face au mur qu'avait présenté Hubert Colas au théâtre de la Colline.
Lors du débat, il avait beaucoup été question des deux manières d'écrire de l'auteur anglais : d'un côté une écriture éclatée, fragmentée, faite de style indirect (Tout va mieux, Face au mur, Atteintes à sa vie...), de l'autre, une écriture a priori plus classique, avec des personnages et des actions, comme dans La Ville et La Campagne.
On peut justement voir ces deux dernières pièces à Paris actuellement . La ville est donnée au théâtre des Abbesses. Le couple, l'amour, les enfants, l'écriture, le vrai, le faux, l'horreur jamais très loin, tous les grands thèmes crimpiens sont là. Mais les comédiens de Marc Paquien jouent les mots au plus plat, en incarnant les personnages de manière parfaitement stéréotypée, et avec une certaine fausseté dont il n'est pas clairement évident qu'elle soit voulue. Même si l'on finit par soupçonner, malgré tout, combien cette pièce pourrait surprendre, il est recommandé d'ignorer cette Ville toute aplatie, au risque d'envisager de reléguer Crimp au rang des auteurs sans grand intérêt.
En parallèle, et dans une configuration beaucoup plus intimiste, il est possible de voir La Campagne à la Maison des Métallos. Pour ce pendant bucolique à La Ville, la metteur en scène Corinne Frimas n'a pas vraiment opté pour l'un ou l'autre des deux styles revendiqués de l'auteur : musicalité des mots ou réalisme incarné ? Le mari et la femme jouent "poétique" - bien qu'avec hésitation- quand la comédienne qui joue la maîtresse, formidable Marianne Legall, plonge à fond dans une incarnation engagée de son personnage. Et nous voici rassurés : oui, le verbe de Crimp fonctionne à merveille dans une interprétation réaliste, pourvu que celle-ci soit talentueuse et un tantinet exacerbée. Et du coup, c'est La campagne qui l'emporte, avec une belle longueur d'avance.
La Ville, de Martin Crimp, mise en scène Marc Paquien, avec Hélène Alexandridis, Marianne Denicourt, André Marcon et Janaïna Suaudeau
jusqu'au 13 février au théâtre des Abbesses
La Campagne de Martin Crimp, mise en scène Corinne Frimas, avec Valérie Fontaine, Marianne Legall, François Pick
jusqu'au 14 février à la Maison des Métallos