Sterijino Pozorje : 54è édition Novi Sad, à une petite heure au Nord de Belgrade, en plein cœur de la Voïvodine aux ethnies multiples et aux champs de blé à perte de vue : qui ne connaît son festival EXIT ? Un conte de fées, semble-t-il. Après la guerre des Balkans et les bombardements de l’OTAN sur la ville, un groupe de jeunes décide de s’emparer de la forteresse du XVIIIè siècle pour y installer les podiums qui accueilleront des groupes de musique actuelle ; la Serbie a besoin de miser sur sa jeunesse. L’opération dépasse tous les espoirs puisque, l’an dernier, EXIT a été désigné comme le meilleur festival d’Europe. L’un de ses inventeurs, Ivan Lalic, a récemment pris la direction artistique de l’un des piliers de la culture en Serbie : Sterijino Pozorje, le festival de théâtre (à l’origine national) qui connaissait cette année sa cinquante-quatrième édition. Et bien sûr, il n’a pas pu s’empêcher de traîner son public … dans la forteresse. Coup de maître : par sept degrés et sous une pluie grincheuse, sept cents spectateurs ont suivi, pendant quatre heures, un Roi Lear interprété par l’une des vedettes de l’ex-Yougoslavie : Rade Serbedzija. L’endroit, incontestablement, offre des potentialités de mise en scène, que la troupe aguerrie a su exploiter. Depuis 2001, Ulysses Theatre a développé son travail in situ sur l’île de Brijuni (Croatie), créant le Roi Lear dans la forteresse et explorant la plage, entre autres lieux de spectacles. L’affiche de Sterijino Pozorje, aujourd’hui internationale, proposait fin mai une vaste programmation, systématiquement surtitrée, en serbe ou en anglais. A l’opposé de l’aventure « learesque », confiné dans un petit théâtre, étranglé (à juste titre) dans une scénographie en angle fermé, un grand classique national, La Mort et le derviche, a recueilli tous les suffrages. Montée par le Théâtre National de Belgrade, la pièce a le mérite de la simplicité et de l’efficacité. Un jeu intériorisé, pas d’effet inutile de mise en scène, un thème assez universel : la compromission par le pouvoir, il n’en faut pas plus pour que l’œuvre de Mesa Selimovic, adaptée par Borislav Mihaljovic Mihiz et mise en scène par Egon Savin, touche les spectateurs. Ramenée dans les années cinquante, l’intrigue éveille des échos chez les ex-yougoslaves « non alignés », mais elle peut sans aucun doute faire mouche auprès d’un plus vaste public, et pourquoi pas français ? Il suffirait qu’un programmateur fasse preuve d’un peu d’audace. Illust : La Mort et le derviche, DR Commentaires
Pas encore de commentaire
Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur le forum théâtre :
|