Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Le nouveau Maguy Marin à Avignon - tristement vide

Posté par Catherine le 09.07.09 à 21:18 | tags : festival, danse, festival d'avignon

La clim' souffle à plein régime dans le gymnase du lycée Aubanel et l'on pense d'abord à se couvrir, à protéger son cou d'un petit foulard - accessoire indispensable, malgré la chaleur extérieure, afin d'éviter l'inconfort d'une trop grande différence de température. La salle est comble, les spectateurs de dernière minute n'en finissent pas de remplir les ultimes places libres, et ceux qui étaient arrivés avec le bon quart d'heure d'avance règlementaire commencent à s'impatienter. Certains en savent déjà beaucoup sur ce qu'ils vont voir, pourtant en sa toute première présentation ce soir : "attention, chez Maguy Marin, la danse, c'est pas de la danse" prévient un monsieur bien informé.

Soudain, ils sont là, en face de nous. Une dizaine de personnes, hommes et femmes, en pantalon et haut dans les tons de gris. Ils nous regardent, micro HF collé à la joue. Noir. Ils commencent à parler à tour de rôle. La reprise des voix au micro, qui concentre le son sur une même source, rend l'identification du locuteur difficile. Mais bientôt, nous abandonnerons toute idée de mettre un visage, un corps, sur une voix : les comédiens brisent la ligne et vont maintenant arpenter sans cesse le plateau, dans des déplacements ponctués de courts arrêts synchrones, et il deviendra tout simplement impossible de savoir qui parle. La pensée nous viendra qu'à ce compte-là, un texte pré-enregistré aurait aussi bien fait l'affaire. Oui, mais alors, objecterez-vous, quid de la magie de l'instantané, des modulations uniques à chaque représentation ? En l'occurrence, la politique adoptée ici est celle d'un ton défini et reproduit à l'identique sur chacune des phrases. Bonne articulation, ponctuation correctement marquée, fins de phrases bien ouvertes, enthousiasme mesuré de circonstance. Il est question de guerre.

Il est des personnes que La retraite de Russie de Victor Hugo transporte. Ces gens-là sont de ceux qui pourront être sensibles à la dernière création de Maguy Marin. "Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche. Après la plaine blanche une autre plaine blanche. On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau. Hier la grande armée, et maintenant troupeau." Les textes d'Hugo, d'Homère, Charles Péguy, Lucrèce, Ezra Pound, Heinrich von Kleist, Elisabeth Ière d'Angleterre et Dolores Ibarruri (pas tous connus au bataillon), s'entrecroisent et se ressemblent. En tout cas, se fondent en une seule et longue litanie. La guerre, la guerre.

Un habillage sonore évoque le grondement incessant des canons. Sur le plateau, nous l'avons dit, les comédiens marchent, lentement et régulièrement. Ils ramassent au sol des tissus, s'en drapent. Les étoffes étaient argentées, elles deviennent rouges. Parfois, ce sont des drapeaux qui sont relevés. La scène représente un champ de bataille. Petit à petit apparaissent des armures étalées sur le sol. Les morts. La litanie continue. Les grondements se poursuivent. Ne reste qu'à attendre que toutes les étoffes soient ramassées et que le gravier apparaisse. Attendre. Laisser faire. Laisser dire. Ne plus tenter de saisir le texte. Il est indiqué que le spectacle dure 1h06. On ne doit plus être très loin. Encore un peu. Encore la guerre, la guerre. Des tissus ramassés. Deux comédiens s'arrêtent en même temps et reprennent aussitôt leur marche. Les grondements. Encore. Presque. Oui, voici les graviers. Les silhouettes s'éloignent. Noir.

Alors la salle se partage entre "Ouh ! Remboursés !" et "Bravo ! Bravo !". Pour ma part, je sors de cette première expérience avignonnaise habitée d'un triste sentiment de vide. Mon lit, mon lit, mon royaume pour un lit !

 

La Description d'un combat, conception et réalisation Maguy Marin
vu le jour de sa création, le 8 juillet au Festival d'Avignon

Du 8 au 16 juillet 2009 au Gymnase du Lycée Aubanel, à 18 heures

Illus © Christophe Raynaud de Lage





Commentaires

De Stéphane, posté le 10.07.09 à 02:04 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je trouve triste une critique aussi négative et expéditive pour un spectacle d'une telle force poétique, d'une telle radicalité, d'une telle intelligence lumineuse...

De Arturo, posté le 10.07.09 à 12:38 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Des goûts et des couleurs, c'est pour ça que la critique existe, Stéphane. Moi je n'ai pas encore vu celui-là mais je trouve que Maguy Marin tourne un peu en rond ces derniers temps...

De Stéphane, posté le 10.07.09 à 18:23 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

certes mais il y a une irresponsabilité navrante à mépriser comme cette critique le fait une oeuvre aussi brillante. parce que nous sommes cernés par la médiocrité, et la vulgarité, et le déni. je suis désolé pour l'auteur si elle reste insensible à la qualité de ce travail, tant pis, mais je ne suis pas daccord quon détruise ça pour écrire ensuite des articles enthousiastes sur de mauvais divertissements déguisés en pièces d'art. je réagis içi parce que c'est possible, et je le fais parce que je lis d'autres critiques du spectacle qui toutes me surprennent par leur facilité, une ignorance voir de la bétise.



De Catherine, posté le 10.07.09 à 19:58 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Mon Cher Stéphane,
Il me semble que je ne fais pas grand-chose d'autre que décrire le spectacle dans ce billet. Et oser avouer que j'y ai été totalement insensible. Et même noter que pour une moitié de la salle, c'était tout le contraire. Ce qui nous intéresserait, puisque vous faites justement partie des enthousiastes, serait de savoir exactement ce que vous trouvez de brillant dans cette oeuvre. ça oui, ça nous intéresserait.
Merci !



De jean-marie, posté le 14.07.09 à 19:49 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Cher amis de la danse et du théâtre, Un avis, une critique sont toujours subjetcif et parcellaire. La description de Catherine l'est et les réflexions que je pourrai livrer le sont également. Ce spectacle n'est certes pas facile et il ne se donne pas à voir tout tranquillement. Il faut de la patience, de l'assiduité tranquille. Le ton de "Description d'un combat" s'écarte du souffle épique des textes homérique, de ce monde entre dieux et héros substrat de notre civilisation méditérannéenne, qui n'en finit pas de résonner dans notre mémoire collective et de se répéter sans cesse dans d'infinies variations. Les guerres se succèdent depuis l'aube des temps et l'homme dirait-on est incapable de sortir de ce cercle, de cet orgueil incommensurable qui le fait se précipiter vers ses armes pour un peu de gloire vaine, pour un morceaux de territoire, pour la femme de son voisin, pour l'eau bientôt ... Peu importe finalement le motif de la guerre... Le titre du spectacle est " Description...", il y a dans ce terme quelque chose d'analytique, comme un constat éloigné de la passion. Le ton est ainsi proche d'un récitatif. Qu'il nous est difficile de supporter cela. Qu'il nous est difficile d'être posé en nous même et simplement d'écouter et de voir ce qui se déroule et que l'on sait inexorable. On a l'impression que ça ne vit pas. La vie n'est pas comme cela. Il faut que ça remue, il faut se secouer, plonger dans l'activité trépidante, suivre le flux et l'accélération constante, vivre des émotions fortes. Oui ! Mais ce spectacle n'est pas comme cela, il est plus une réflexion, une méditation ambulante, presque hallucinée et le texte de Péguy en est sans doute une des clés majeures. Il y a de la poésie et de la beauté dans ces images, dans ces reliefs, ces textures, ces couleurs, on peut y voir des tableaux qui sans cesse se composent, se décomposent, se recomposent semblablement sans jamais être identique. Il y a de la poésie et de la beauté dans ces voix qui se tissent, dans ces langues différentes qui se chevauchent. Il y a de la poésie et de la beauté dans ces personnages qui à peine ébauchés, disparaissent. Si on se pose cette question : "mais dans le fond, comment est-ce que cela fonctionne, comment est-ce que cela s'articule : les prises de paroles, les déplacements, les manipulations ? ", on peut se rendre compte qu'il s'agit d'une partition, qu'il n'y a pas place à l'improvisation et que cela représente un travail de composition et d'interprétation tout simplement énorme. Il n'y a pas de facilité, pas de concession, ni pour la chorégraphe, ni pour les interprètes, ni pour le spectateur tandis que la conclusion que constitue le texte de Charles Péguy laisse entendre un amour de l'humanité inaltéré. Ce spectacle éveille une réflexion sur notre monde hors de la passion qui nous entraîne au extrême... Voilà, un peu d'eau au moulin, mais .... allez voir le spectacle et forger vous votre opinion... PS les récits fondateurs des grandes civilisations de par le monde font état de guerres où se mêlent dieux, demi dieux et êtres légendaires. Ces modèles psychiques continuent de perdurer et d'avoir la vie longue.

De remy, posté le 18.07.09 à 16:09 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Je ne suis pas un arpenteur de salle de spectacle, mon amie se faisait un plaisir de me faire découvrir Maguy Marin et sa danse.

J'ai eu durant mes années d'étude une passion pour les textes de l'illiade, je me suis surpris de la fraicheur de ma mémoire lors du spectacle, car bien souvent j'étais capable de poursuivre les phrases entendues. Je regrette juste qu'il me parait réaliste de penser que j'aurai pu le faire sans que le spectacle ne change beaucoup me transformant alors en artiste. C'est en pensant cela que j'ai regardé ces 10 artistes et me suis demandé dans quelles mesures des danseurs pouvaient se sentir à l'aise dans la lecture d'un texte souvent lourd. C'est avec soulagement que je lis dans toutes ces remarques que l'intonation monocorde était volontaire. (j'ai donc compris quelque chose !)

Je me rappelle d'une époque où je me rendais à Avignon, où le prix des spectacles encore abordables dans le in et le off me permettait d'avoir la choix d'être transporté par une scéne et être déçue par une autre. J'accepte très bien mon ignorance et mon manque de sensibilité, j'en suis navré et je m'excuse envers tous les commentaires précédents de personnes qui sont plus à même que moi de juger de la qualité d'un spectacle. Pour ma part, j'étais venu voir de la danse, poliment je suis arrivé une heure en avance, je me suis installé sans bruit, je n'ai pas parlé pendant le spectacle, j'ai attendu la fin avec patience et je suis parti avec une déception profonde. Certe je conçois que le spectacle puisse être novateur, magnifique même, mais moi je n'y ai trouvé aucun intérêt.  



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